Philémon – L’intégrale #1

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22 août 2013 par Lunch

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Lunch

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Fred fait partie de ces grands auteurs qui nous ont quitté il y a peu et qui ont laissé derrière eux de grandes œuvres, marquant à jamais la (plus si) petite bulle de la bande dessinée. Tout le monde devrait lire au moins une fois un épisode de Philémon ou un autre de ses classiques (L’histoire du Corbac aux baskets, L’histoire du conteur électrique…) et s’imprégner de cet univers déjanté qu’il brille de nous présenter.

Philémon, son héros fétiche, s’évade d’aventures en aventures, sur le continent du « A » et ailleurs, durant 16 tomes. Son quotidien est fait de bizarreries et d’un brin de magie (merci oncle Félicien). Ses rencontres sont aussi inattendues que saugrenues et ses exploits… méconnus. Difficile de croire à de pareilles sornettes pour le commun des mortels, et c’est dans cette extravagance que l’auteur excelle : lui-même magicien des mots et des situations, il parvient à nous transporter dans l’onirisme le plus loufoque qui soit, celui-là même qu’on ne croirait trouver qu’au fond de son lit, bercé par un sommeil profond fait de rêves sans fin.
Je pourrais ajouter que l’Art du conte n’est pas la seule qualité de Fred, qu’il a toujours cherché à s’affranchir, par le biais du récit mais aussi par ses folles expériences, de son support bande dessinée. Il joue avec les codes et le livre devient alors un terrain de jeu aux multiples dimensions.

Pour découvrir Philémon, les intégrales éditées par Dargaud en 2011 demeurent un objet agréable et peu onéreux (35 euros pour 5 albums, l’avantage des intégrales). Avec leur aspect de roman et leur papier épais, elle présentent une finition soignée. La récente sortie du tome 16 de la série et le décès de Fred risquent fort de faire fleurir de nouvelles éditions sur les étals des libraires (parions sur 4 intégrales de 4 volumes, soyons fous)…
Cette première intégrale contient donc les cinq tomes introductifs de Philémon, à savoir le pré-quelle Avant la lettre paru en 1978 (que j’ai trouvé un poil moins bon que les suivants), puis les vrais premiers tomes parus entre 1972 et 1974 (Le naufragé du « A », Le piano sauvage, Le château suspendu et Le voyage de l’incrédule).

Ne soyez pas surpris d’y croiser un bestiaire fantastique et hautement hallucinogène, composé de plantes-horloges, de lampes-naufrageuses, de zèbres-geôles, d’un piano-sauvage, d’un phare-hibou, d’une baleine-galère ou de pélicans-baleiniers…
Des composés de mots pour des concepts bicéphales aussi géniaux que les idées qui parsèment les récits, de la bouteille-navire à la lorgnette, des miroirs qui retardent aux nids-théâtres… et bien sûr les lettres de l’Atlantique !

« Voici une carte du monde… enfin, je ne sais pas dessiner mais c’est à peu près ça… Ici se trouve l’Amérique, là l’Europe… Et entre ces deux continents, l’océan Atlantique. Eh bien, nous sommes ici, sur le « A ».
_ Vous voulez dire que cette île a la forme d’un « A » ?
_ Elle n’a pas la forme d’un « A », C’EST LE « A » !
_ Mais voyons… euh… ces lettres n’existent pas… elles ne figurent sur la carte que pour…
_ JUSTEMENT ! Ah là là, justement !… Ces lettres n’existent pas et pourtant nous sommes sur l’une d’elles. ALORS ?
_ Mais c’est impossible !
_ Eh oui, impossible, impossible !… C’est ce que je me répète depuis quarante ans…
»

Avec Philémon, impossible de s’ennuyer. On se demande bien où Fred est allé chercher toutes ces idées. La recette fonctionne encore 40 ans après, si bien que l’effective vieillesse de la série, avec son style graphique qui peut paraître un peu désuet, ne se remarque même pas.
Il en résulte une lecture à l’inventivité jouissive qui se boit comme du petit lait. Alors buvez-en !

 

Badelel

Badelel

Addendum du 16/12/2013

Philémon a pour moi un parfum d’enfance. Quand j’étais gamine, j’allais parfois piquer une BD ou deux dans la bibliothèque paternelle, et entre deux Valérian, on y trouvait aussi Simbabbad de Batbad que j’ai lu, relu et re-relu.
D’ailleurs, à mes yeux, c’est une BD jeunesse qui peut très bien être lue par les adultes, et non l’inverse. Le côté « sans queue ni tête » de Philémon a vraiment quelque chose des albums jeunesse de Claude Ponti, qui plonge tellement dans l’univers enfantin que le cerveau aseptisé des adultes est complètement dépassé.
Philémon, c’est un peu pareil, mais amené avec plus de douceur, puisqu’il part du postulat que ce n’est pas vraisemblable. Donc les personnages sont surpris, et le scepticisme récurrent du père de Philémon apparaît un peu comme la voix de la raison (même s’il est surtout présenté comme l’élément comique et décalé qui ne veut rien comprendre).

Bref, c’était quand même un titre qui manquait vraiment à notre bédéthèque, et il est bien triste que ce soit le décès de Fred qui nous a décidé à passer le pas.
En tous cas, j’ai retrouvé Philémon avec grand plaisir grâce à une très belle collection d’intégrales en 3 volumes, dont j’apprécie la grand sobriété.

Un autre avis : Mo’
Philémon L’intégrale #1 (Tomes 1 à 5)
Scénario : Fred
Dessin : Fred
Édition : Dargaud 2011 (T1 : 1978 / T2 : 1972 / T3 : 1973 / T4 : 1973 / T5 : 1974)
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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3 réflexions sur “Philémon – L’intégrale #1

  1. Lunch dit :

    Par Mo le 23/08/2013 :

    J’ai adoré de pouvoir te lire sur cette intégrale. Ton plaisir est communicatif et me rappelle celui que j’ai eu quand j’ai découvert cet univers

    Par Lunch le 23/08/2013 :

    Moi c’est ton commentaire qui me fait plaisir 🙂

    Par Eric the Tiger le 23/08/2013 :

    Il s’agit de la série qui me transporte le plus !

    Par Lunch le 23/08/2013 :

    Ah ça je suis d’accord avec toi Eric, Fred à l’art et la manière de nous transporter ailleurs. C’est tellement disproportionné et surprenant à chaque page, un monde à part !

    Par Moka le 18/12/2013 :

    J’ai justement le tome 1 sur ma PAL !

    Par Lunch le 18/12/2013 :

    Y’a plus qu’à le déplacer de la PAL au canapé 🙂

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  2. […] bien souvent le travail de scénographie dans la mise en page (et un petit clin d’œil au Philémon de Fred p.89). Là encore, rien à redire, c’est du beau travail […]

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  3. […] y a un petit air de ressemblance (volontaire ou pas) avec l’univers loufoque de Fred (Philémon, L’histoire du corbac aux baskets…) dans ces fortuites rencontres. Si l’ambition […]

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