L’âge de bronze #1 : Un millier de navires

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29 août 2013 par Lunch

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Lunch

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La guerre de Troie est un récit à la fois fantastique et légendaire.
J’ai toujours eu une affection particulière pour cette histoire, attribuée à Homère (dans L’iliade et L’odyssée), dont l’historicité est contestée (l’existence même d’Homère l’est par ailleurs).
La guerre de Troie a-t-elle réellement eu lieu ? Il est avéré que la ville de Troie a bien existé, des fouilles attestent d’une certaine véracité mais montrent aussi des incohérences… le mystère subsiste mais le mythe fascine, depuis le 7ème siècle avant J.C. et aujourd’hui encore.
Homère était un aède, c’est à dire un barde. Il était aveugle, ce qui le prédisposait en quelque sorte à la poésie (une qualité propre aux poètes à l’époque) et fit de lui un grand orateur. La guerre de Troie repose certainement sur des faits historiques mais compose aussi avec une dose de fiction. L’art du conte en somme, et c’est aussi ce qui fait son charme.

Au fil des âges, de nombreux auteurs ont contribué à compléter l’histoire de la guerre de Troie (Virgile, Sophocle, Racine, Giraudoux…), évoquant d’autres visions du conflit, densifiant le mythe ou développant la personnalité des protagonistes. De fait, toutes ces œuvres forment une base solide pour un épisode (en partie) fantasmé, et un terreau fertile pour L’âge de bronze d’Eric Shanower.

Le récit homérique est bercé par l’onirisme propre à la mythologie : ce sont les dieux qui font la loi et qui régissent les hommes.
Eric Shanower a pris ici le parti de tenir les dieux à l’écart tout en collant au plus juste à l’histoire de la guerre de Troie. Ils ne sont pas absents pour autant mais il n’apparaissent pas, rendus à la simple expression de prières, de coutumes ou de rêves.
Il en résulte un récit plus crédible qui retranscrit tout de même fidèlement les textes originaux. J’ai apprécié cette version des faits, une vision plus contemporaine qui s’absout de la contrainte divine pour se focaliser davantage sur la psychologie des hommes.

« Et notre fils. Il va grandir si vite et je ne serai pas là pour le regarder. Avant que tu ne t’en aperçoives, ces joues se couvriront de barbe et alors… alors, écoute Pénélope… Si cela arrive… si notre fils devient adulte et que je ne suis pas rentré… tu seras libre. Libre de te défaire des charges de cette maison. Libre d’épouser un autre homme.
_ Non ! Jamais…
_ Chh… Au revoir… femme bien-aimée !
_ Au revoir, Ulysse…
»

Un millier de navires est le premier tome de L’âge de bronze, un ouvrage d’introduction qui nous prépare à la guerre à venir.
Il débute avec Pâris qui redevient le fils du roi Priam (l’élément perturbateur), se poursuit avec l’enlèvement de la belle Hélène à Ménélas (la cause du conflit) et jusqu’à l’arrivée d’Achille, célébré en héros pour mener les Achéens à la victoire. La flotte levée par Agamemnon est impressionnante et file vers Troie avec la bénédiction des dieux et du serment d’Ulysse…

L’âge de bronze est un récit incroyable de la guerre de Troie, d’une agréable cohérence et d’une étonnante douceur. Les personnages sont dépeints avec beaucoup d’humanité, ils sont en proie aux doutes et leurs faiblesses leur donnent du caractère.
Eric Shanower a consacré de nombreuses années à l’élaboration de cette série. Elle est le fruit d’importantes lectures et de recherches sur la région grecque telle qu’elle était dans l’Antiquité, jusque dans le mode vestimentaire de l’époque.
Son travail graphique est également remarquable, un trait juste, fin et riche en détails, qui se passe allègrement de colorisation tout en restant lisible dans les scènes de jour comme de nuit. Les rayons se soleil sont palpables sur les cases  » d’extérieur « , les jeux d’ombres sont parfaitement rendus, les postures sont dynamiques et les visages expressifs.

Une attention particulière a été portée dans la construction du récit jusque dans les dialogues et la présentation des personnages.
Il eut été facile de se perdre avec tous ces protagonistes (et d’autant plus si l’on considère que le roi Priam a eu plus de 50 enfants) mais le récit, s’il en présente pléthore, ne s’égare pas dans des complexifications hasardeuses qui nous perdent.
Y’a pas à dire, c’est bien plus facile et agréable à lire (pour un non-initié de l’idiome grec entendons-nous bien) que L’iliade.
Une belle réussite, et primée par ailleurs puisque Eric Shanower a reçu la double distinction meilleur scénariste/dessinateur en 2001 et 2003 aux Eisner Awards pour L’âge de bronze !

 

Badelel

Badelel

Dans l’Âge de Bronze, Eric Shanower propose un récit très classique de la mythique Guerre de Troie. Classique dans le sens où il ne bouleverse en rien le mythe tel qu’il a traversé les âges comme d’autres ont pu le faire plus récemment (je pense en particulier à Herakles ou au Héros). Il s’écarte néanmoins du récit d’Homère en cela que Homère (s’il a bien existé… le débat fait rage à la maison) n’a pas retranscrit la totalité des événements d’une part, et que Shanower a voulu écarter l’aspect fantastique et divin du récit d’autre part. Voilà d’ailleurs une démarche bien intrigante quand on considère que la Guerre de Troie est l’événement « humain » de la mythologie grecque dans lequel les dieux sont le plus présents. Et ma foi, pour l’instant il ne s’en tire pas mal au sortir de ce premier album en jonglant entre les éléments naturels et les bobards d’un beau parleur.

Ce que j’y ai trouvé d’intéressant, c’est justement l’aspect humain. Les colères, les jalousies, la vanité, l’amour… tous les sentiments qui prennent une tournure impersonnelle dans la grande majorité des récits sont ici mis en valeur et intégrés dans une histoire euh… ben humaine quoi. Les grands noms prennent alors vie et on se met à comprendre pourquoi aucun de ces idiots de Troyens ne croyait Cassandre (parce qu’elle avait vraiment tout d’une folle, genre ?), pourquoi cette idiote d’Hélène, fidèle épouse, est allée suivre ce bellâtre de Pâris, comment Achille s’est planqué aux milieu des filles du roi de Skyros…
On y retrouve aussi d’autres mythes entremêlés, tels que ceux de Thésée, des Argonautes ou d’Héraklès, rappelant au passage que tout dans la myhtologie grecque est intimement imbriqué. D’un côté ça donne le vertige et de l’autre ça clarifie vraiment un grand nombre de situations.

D’un autre côté les décors et les usages vestimentaires sont extrêmement travaillés. On ressent dans l’ensemble un gros travail de recherche de la part de l’auteur, et on en sort avec tout simplement l’envie de connaître la suite et de se replonger dans les univers légendaires de l’Antiquité grecque.

D’autres avis : Yvan, Yaneck
L’âge de bronze #1 : Un millier de navires
Scénario : Eric Shanower
Dessin : Eric Shanower
Édition : Akileos 2004
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