Saveur Coco

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12 octobre 2013 par Lunch

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Lunch

Renaud Dillies, consacré à Angoulême pour son premier album Betty Blues (Alph-Art du meilleur premier album 2004), est entré par la grande porte dans le petit monde de la bande dessinée. Il enchaîne les livres, tous aussi beaux les uns que les autres, y appliquant la même patte personnelle qui a fait sa consécration. C’est ainsi que naissent des albums comme Bulles & Nacelle ou Mélodie au crépuscule, en solo, ou quelques collaborations avec Régis Hautière, avec Mr Plumb et plus récemment Abélard.

Valeur-refuge

Ce qui fait la grande force des œuvres de Renaud Dillies, et on ne peut pas lui enlever ça, c’est qu’elles donnent toutes envie de les lire.
Le dessin revêt toujours des habits de tendresse. Sous des traits traditionnellement animaliers, les personnages sont emprunts d’une grande humanité, ils sont mignons et attachants (on pourrait aussi parler de naïveté), tout simplement.
Saveur Coco n’échappe pas à la règle : un graphisme engageant qui donne envie de poser le livre sur ses genoux et de partir à l’aventure.
Nos compagnons se nomment Jiři et Pôlka : l’une est cigogne longiligne, fumeuse de pipe aux nuageuses volutes et cithariste à ses heures, parfait Mexicain poncho et sombrero ; l’autre est fennec aux longues oreilles et à la noix de coco, surmonté d’un vieux pépin en toute saison, parasol plus que parapluie.

« Il était une fois, dans un pays fort proche du soleil…
Une bien modeste construction sans toit. Et dessus, Jiři et Pôlka contemplant, de leurs quatre yeux grands ouverts, l’immense et aride désert de sable à l’horizon vaporeux…
Et toujours point de nuages à l’horizon !
Ni Jiři ni Pôlka ne se rappelant depuis quand belle pluie n’était plus venue…
»

Le désert à perte de vue, avec tout ce qu’il a de vide et de jaune, est au contraire un théâtre à ciel ouvert, investi et coloré.

Un découpage surprenant.

Renaud Dillies, abonné au gaufrier (pas systématique mais récurent dans ses livres), s’émancipe un peu et se risque au-delà du confort de ses habitudes. Le résultat est sans partage : un découpage surprenant qui, allié à sa douceur graphique, nous émerveille d’autant plus.
Les cases jouent avec les formes et les motifs, les contours s’embellissent, se superposent ou s’entrelacent parfois, prennent même de la rondeur. Un délice où le fond devient forme.
Ce faisant, il insuffle à sa narration une part de rêve et de poésie.
Symboles omniprésents (à l’exception de quelques rares planches), la lune chasse le soleil, monte et redescend, exposant ses croissants au milieu des étoiles jusqu’au lever du jour, et son soleil de plomb. Les jours se suivent et se ressemblent sans se ressembler, ils donnent le tempo.

Résurgences

Ainsi va la vie de ces deux personnages en quête d’eau ou d’un marteau (pour casser la noix de coco).
L’histoire, poétique à souhait, reproduit les thèmes de prédilection de l’auteur : la musique, l’amitié (et une certaine forme de naïveté), l’anthropomorphisme et l’utopie d’un monde meilleur.
Je n’irai pas jusqu’à dire que tous les livres de Renaud Dillies se ressemblent mais il semble éprouver des difficultés à s’éloigner de ses habitudes.

« Ainsi, illico presto, Jiři et Pôlka coururent… jusqu’au bout de la nuit.
Mais le jour se fit…
… Le poisson, lui, s’en fut.
Un nuage de désespoir enveloppa nos amis… malheureusement, point climatique.
»

Dans Abélard, Régis Hautière avait montré ô combien les dictons (en quasi-overdose) pouvaient former une poésie d’expressions. J’ai cette désagréable impression que Renaud Dillies a bien retenu la leçon. Les proses s’amoncellent, forment une farandole de mots et sonnent presque comme une musique. Mais ils sont parfois difficile à suivre, aussi.

Une autre chose qui m’a gêné : les deux personnages ont des caractères opposés (complémentaires ?)… L’intérêt d’utiliser le caron tchèque sur le R de Jiři m’échappe. Si ce n’est pour la forme opposée au circonflexe de Pôlka. Poésie des formes ?

Le fond de l’air est chaud !

Dès le départ, cette quête (trouver de l’eau) a un côté surréaliste.
Ces animaux-héros vivent en plein désert mais ne semble pas se soucier vraiment de l’eau, ils ont soif mais ne donnent pas l’impression que ce soit vital : ils semblent vivre un jour sans fin.
En fait, tout paraît improbable dans l’album. Les personnages sont farfelus, des poissons volants aux invités des trois montagnes.

Moi qui ai lu bien attentivement l’avis de Mo’ (voir le lien plus bas), c’est vrai qu’il y a un petit air de ressemblance (volontaire ou pas) avec l’univers loufoque de Fred (Philémon, L’histoire du corbac aux baskets…) dans ces fortuites rencontres.
Si l’ambition est là, le ressenti reste différent. Peut-être est-ce dû à cette impression que les personnages de Renaud Dillies sont moins vivants que ceux de Fred.

Conclusion

Je reste sur un sentiment très mitigé au sujet de cette œuvre.
Je me suis un peu perdu et je n’ai pas vraiment réussi à rentrer dans les dialogues, ni à trouver un réel intérêt à l’histoire.
Pour autant, je me suis régalé graphiquement. C’est un livre qu’on peut feuilleter plusieurs fois, agréable à l’œil et possédant une grande richesse dans son embellissement.

Souvenirs, souvenirs… les palmiers, la noix de coco, moi ça m’a rappelé ça, pas vous ?

D’autres avis tout aussi contrastés : Yvan, Moka
D’autres encore, plus enjoués : Mo’, Jérôme, Marion, Noukette
Saveur Coco
Scénario : Renaud Dillies
Dessin : Renaud Dillies
Édition : Dargaud 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Saveur Coco

  1. Lunch dit :

    Posté par Mo le 13/10/2013 :

    On dit sensiblement la même chose en fait ^^ Petite merveille graphique mais ça pèche côté scénar ^^
    Je n’avais pas pensé aux Cocoshaker par contre. Quant au parallèle avec d’autres œuvres, j’avais en effet plus pensé à celui de Fred qu’à ceux que Dillies a fait précédemment (malgré la présence d’éléments narratifs redondants : l’amitié, la musique etc). Pourquoi ? Parce que je trouve cela beaucoup plus absurde que ce qu’il avait fait avant. Et comme il y allie la poésie, oui, ça ressemble plus à ce qu’avait fait Fred sur « Philémon ». Le hic c’est qu’ici, la quête reste inaboutie et que j’ai trouvé difficile de lui donner du sens. Le postulat de départ se tient (il fait chaud, allons trouver de l’eau) mais ça ne suffit pas.

    Posté par Lunch le 13/10/2013 :

    Oui nos avis convergent.
    Je vois bien le parallèle avec Fred. Je pense que ça ne fonctionne pas autant parce que, comme tu le dis, le postulat de départ ne rend pas les protagonistes vivants (et c’est là que Fred est fort, parce qu’il nous fait croire à une certaine magie).
    Ici les personnages sont des animaux, ça joue peut-être en leur défaveur aussi.

    Par Votre pseudo le 13/10/2013 :

    Je ne sais pas. Je ne crois pas que cela s’explique juste avec la présence de personnages anthropomorphes. Dillies utilise beaucoup de running gag (le marteau, les jeux de mots autour de la dépression climatique etc). Mais à la longue, même si cet humour fait sourire, il lasse je trouve. Rien n’aboutit et le nombre de quêtes va croissant : l’eau, le marteau, le poisson… L’objectif du poisson est à la rigueur atteint mais bon, on ne comprend pas vraiment comment l’appeler. La musique ? ^^

    Je vois vraiment bien le truc où Dillies proposera une suite dans quelques années…

    Posté par Lunch le 13/10/2013 :

    Ah oui, le poisson, j’avais oublié d’en parler : Une cigogne, techniquement, ça vole déjà… alors pourquoi s’entêter à capturer un poisson volant pour s’en faire une monture ?

    L’effet de surenchère m’a un peu lassé je crois.

    Posté par Moka le 14/10/2013 :

    Pourtant fan absolue de Dillies, ça ne prend pas avec moi ! Je suis restée subjuguée par les images mais demeure peu convaincue par le reste… Un poil déçue donc…
    Merci pour le lien !

    Posté par Lunch le 14/10/2013 :

    Oui j’ai lu ton avis.
    On dirait qu’avec cet album ça passe ou ça casse. Quand je lis Noukette par exemple, elle est dithyrambique !

    Y’a pas de quoi pour le lien 🙂

    J'aime

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