Come Prima

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24 janvier 2014 par Lunch

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Lunch

Comme avant…

« Si tu avais su que je venais, j’imagine que t’aurais filé…
J’ai pas voulu prendre le risque.
 »

Come Prima (comme autrefois) raconte l’histoire d’un jeune homme, Giovanni, venu en France pour retrouver son frère Fabio, qu’il n’avait plus revu depuis 10 ans.
Fabio, c’est l’aîné, celui sur qui les espoirs de la famille étaient fondés mais qui éprouvait un viscéral désir d’ailleurs. Il a fui l’Italie et sa région natale, abandonné les siens, jusqu’à renier son origine pour vivre au plus près la grande aventure, sa grande aventure…
Cet affranchissement acquis au mépris de son père, il ne le regrette pas. Alors voir son frère rappliquer expressément pour lui ne lui inspire pas mieux que de la colère, d’autant plus que Giovanni n’est pas venu seul… il porte avec lui les cendres du paternel…

Comme un uppercut dans le foie, cette révélation nocturne met en branle les convictions de liberté que Fabio s’étaient forgées depuis tant d’années. Les soucis qui s’accumulent le tourmentent tout autant que la venue de son frère, qui l’attend pour ramener ce qu’il reste de leur père en Italie…
Entre déchirement et renouement.

Des personnages touchants

Giovanni et Fabio sont tous les deux très différents.
Le premier est nostalgique de son enfance et voue une admiration sans borne au frère que Fabio est resté dans sa mémoire : fort et fier, l’aîné exemplaire. C’est un rêve un peu fou qu’il essaie de mener tant bien que mal en renouant avec le passé, en voulant faire revenir le grand frère à la maison…
Fabio est plus âgé de quelques années, plus mur et aguerri d’une expérience qu’il a acquise de lui-même. Il porte en lui une certaine rage de la vie dont il dit profiter et qui s’exprime par un caractère sec et revanchard. S’il dit ne jamais rien regretter, on le sent souffrir de n’avoir jamais ressenti le besoin familial de le voir revenir. Trop fier pour faire le premier pas, trop lâche pour retourner au pays…

Giovanni comme Fabio ont leurs forces et leurs faiblesses, leurs jardins secrets… et dans leur différence, ils parviennent à nous toucher vraiment.
Ce road-trip qui va les faire traverser la frontière vers le pays natal à bord d’une vieille Fiat 500 va permettre de souder de nouveau la fratrie et de renouer des liens rompus depuis trop longtemps. Sentiments à fleur de peau pour un voyage teinté de souvenirs, parfois virulents, parfois nostalgiques, mais de moins en moins flous.

Dualité graphique

Pour accompagner ce beau voyage, Alfred met en scène son récit sous deux éclairages graphiques différents.

Le présent y est narré avec un trait fin et assumé, fait de formes simples et de lignes claires : contrairement à Je ne mourrai pas gibier, les ombres inquiétantes et les hachures nerveuses n’ont pas leur place ici.
On reconnaît bien ces gueules déformées par les expressions si caractéristiques au style de l’auteur. Mais c’est surtout la mise en couleur qui donne toute sa noblesse aux ambiances, de l’orange crépusculaire à l’indigo lunaire, de l’ocre des champs au vert des prairies.

Que l’on aime ou pas le dessin d’Alfred (on peut lui reprocher un trait un peu figé par moments, des corps un peu trapus ou des décors citadins un peu légers ; il est en revanche très bon lorsqu’il s’agit de croquer les paysages de campagne et la beauté du monde), il parvient à manier les styles et à les accorder aux circonstances, des ombres diffuses de la nuit noire aux déformations oniriques de l’alcool, en passant par ces silhouettes découpées sous un ciel pluvieux.

C’est surtout par son graphisme sur les événements du passé qu’Alfred subjugue, changeant complètement sa technique pour donner un caractère d’inspiration minimaliste (courant né aux États-unis dans les années 60, justement l’époque référence dans Come Prima) à ses scènes. Des séquences aux tons éclatants qui s’absolvent des traits et qui forment merveilleusement bien les contours par l’addition du rouge et du bleu sur un fond jaune pâle.
Comme autant de tableaux lumineux des souvenirs, ces cases marquent par la beauté et la poésie tout ce qu’elles représentent.

Travail d’auteur

Plus discret depuis quelques années, Alfred est parti se ressourcer 3 ans en Italie, à Venise plus exactement.
C’est là qu’il a puisé l’inspiration qui a fait de Come Prima non seulement un titre pour son album (repris d’un classique de la chanson italienne dont l’interprétation la plus connue en France est signée par Dalida) mais surtout une histoire d’italiens, de racines. Des racines qu’il n’oublie pas ni ne renie en axant son périple à mi-chemin entre la France et la grande botte.

Avec Come Prima, Alfred renoue avec l’œuvre d’auteur, une voie qu’il n’avait plus arpentée depuis près de 15 ans (Home sweet home ; Le chant du coq), si l’on excepte bien entendu les adaptations de Guillaume Guéraud (Je ne mourrai pas gibier) et de Roland Topor (Café panique).

On est heureux de le retrouver dans ce road-trip mêlant sentiments et couleurs, et également heureux de le voir revenir à Bordeaux après son périple vénitien. Alfred sera d’ailleurs le chef d’orchestre de la manifestation Regard 9 (du 19 mai au 1er juin 2014), pour laquelle il aura carte blanche et nous fera découvrir l’Italie par le biais d’expositions, de performances et de rencontres.

roaarrr

– Fauve d’or Angoulême 2014

D’autres avis : Mo’, Yvan, David Fournol, Jérôme, Noukette
Come Prima (One shot)
Scénario : Alfred
Dessin : Alfred
Couleurs : Maxime Derouen
Édition : Delcourt 2013
Le blog d’Alfred.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Come Prima

  1. Lunch dit :

    Par Moka le 25/01/2014 :

    En grande fan d’Alfred, il me le faut !

    Par Lunch le 25/01/2014 :

    C’est une très belle œuvre d’Alfred. Une très bonne surprise de l’année 2013 (et nominée à Angoulême qui plus est).

    Par Mo le 25/01/2014 :

    Une très belle chronique pour un très bel album Monsieur 😉

    Par Lunch le 25/01/2014 :

    Elle m’aura donné du fil à retordre celle-là… j’étais en mal d’inspiration 🙂

    Par Noukette le 25/01/2014 :

    Encore un excellent album d’Alfred !

    Par Lunch le 25/01/2014 :

    J’ai presque envie de dire « et même plus encore » parce qu’il s’agit d’une œuvre plus intimiste.

    J'aime

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