Heads

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20 décembre 2012 par Lunch

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Lunch

Dans la vie on croise toute sorte de gens. Des timides et des colériques, des calmes et des violents, des amoureux et des obsédés, des heureux et des dérangés, des peintres et des mélomanes…
De l’un à l’autre on peut décliner en autant de comportements différents.

Jun-Ichi Naruse est un jeune homme tout ce qu’il y a de plus gentil et serviable. Toujours prêt à rendre service et ce même si certains en profitent pour l’exploiter, il est du genre à ne pas savoir dire non. Quand il a fini son travail il s’adonne à sa passion : la peinture. Il aime prendre le temps de croquer les paysages dans un parc tout proche à défaut d’avoir un modèle pour dessiner des formes plus charnelles… Lorsqu’il lui manque du matériel, il aime bien aller au magasin de loisirs créatifs. C’est à dire qu’il est secrètement amoureux de Megumi Hamura, la vendeuse… alors il essaie d’y aller régulièrement même si c’est pour trois fois rien. Jusqu’au jour où elle s’intéresse à lui et lui pose des questions sur ce qu’il peint. Le début d’une belle histoire.
Les nouveaux amoureux partagent rapidement un peu d’intimité heureuse, entre les bons petits plats et les plaisirs de la peinture. Un matin, Jun-Ichi se rend chez Banba immobilier dans l’idée de trouver un appartement pour se construire leur petit nid douillet rien qu’à eux. C’est là qu’un homme armé entre dans l’agence pour réclamer de l’argent. Une fois son sac bien rempli il repartirait sans causer de dégâts… il suffisait d’attendre patiemment et tout serait fini… Il aperçoit alors une petite main tenter d’atteindre une fenêtre. C’est une fillette ! L’homme armé l’a vue lui aussi et n’hésite pas à faire feu sans la moindre sommation. Jun-Ichi s’interpose… Rideau !

Le jeune homme se réveille sur un lit d’hôpital. La balle lui a traversé la tête et arraché une partie du cerveau. Sa vie, il la doit au Professeur Dôgen, qui a réalisé sur lui une véritable prouesse médicale : une greffe de cerveau ! Une chance sur un million !
Jun-Ichi Naruse est vivant !

Appelons un chat un chat, ce qui arrive à notre jeune (super)héros (il n’aura pas volé ce superlatif) est un miracle. D’une part parce que son état a pu être stabilisé dans le coma le temps de trouver un greffon compatible, ce qui n’est pas monnaie courante (c’est peu de le dire). D’autre part parce qu’il fallait faire vite et que le patient B devait aussi être sur la liste des donneurs d’organes. Enfin une greffe de cerveau est une chimère pour la médecine, déjà tentée mais jamais réussie… Le Professeur Dôgen est donc en passe de devenir le médecin le plus connu de la planète après BlackJack… ah zut, ça aussi c’était un manga !
Vous l’aurez compris, voilà le point de départ d’une nouvelle vie. Pourtant, impossible de vous dire qu’elle sera heureuse…

C’est à Keigo Higashino, auteur de romans policiers de renom au Japon, que nous devons ce thriller psychologique d’excellence ! Oui oui, j’ai bien dit thriller psychologique ! Ce petit synopsis n’est que le point de départ d’une histoire qui va vous friser les moustaches, pour peu que vous en ayez, et qui devrait emballer votre rythme cardiaque le temps de votre lecture. Le cerveau c’est le berceau des souvenirs mais il dirige aussi tout le corps humain. Jun-Ichi va peu à peu se transformer contre son gré et nous allons le suivre tout au long de cette série courte (4 tomes) avec cette même appréhension : que va-t-il devenir ?

« Vous ne voulez pas m’écouter… vous refusez d’admettre que le cerveau est un organe « à part ». Le cerveau est spécial !
Vous ne pouvez pas imaginer… se réveiller jour après jour… à chaque fois différent de l’homme qu’on était la veille. Les souvenirs n’ont plus d’importance. La personnalité disparaît peu à peu dans le néant. Vous savez à quoi ça ressemble ?
Je vais vous le dire…
Ça ressemble à la mort ! »

De plus en plus noir, le récit nous emmènera de plus en plus loin dans les méandres du cerveau. Jun-Ichi, assisté ou pas (je vous laisse en juger) par l’équipe médicale, va enquêter lui-même pour retrouver le donneur et comprendre sa psychologie ? Ces dérèglements du comportement, d’où vient-il sinon du donneur ? Se fait-il des idées ?
Mystère !

Motorô Mase (aussi auteur d’Ikigami) nous livre un travail somptueux, adaptant le roman de Keigo Higashino avec brio. Ses traits sont fins et détaillés, ses personnages sont dynamiques et il sait agencer les cases pour donner plus de mouvement lorsque la tension monte. Ce qui est le plus remarquable à mon sens est l’évolution qu’il donne à ses portraits. En seulement 4 tomes il parvient à marquer des changements radicaux des comportements. On pourrait croire que seul Jun-Ichi est impacté mais c’est faux, car autour de lui tout le monde est obligé de s’adapter… ce qui rehausse encore la qualité du thriller.

Pour résumer, Heads est un manga magistral, dense et haletant, qui nous fait en prime nous poser de sérieuses questions sur l’éthique et nous montre presque deux visages de la société japonaise.
Saurez-vous y résister sans vous métamorphoser ?

Le 4ème tome reprend en plus trois histoires courtes de Motorô Mase.

Petit détail rigolo : en plaçant les quatre tomes qui composent la série à plat devant vous, vous pouvez reconstituer un portrait comme un puzzle. Ça n’apporte évidemment pas grand chose puisque vous ne les disposerez jamais comme ça dans votre bibliothèque… mais c’est amusant non ? 🙂

Un autre avis) : La chronique très complète de Mackie
Heads (série terminée en 4 tomes)
Scénario : Keigo Higashino
Dessin : Motorô Mase
Édition : Delcourt 2005
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

 

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Lunch

Heads #1

Ce tome d’ouverture marque d’emblée avec ce braquage qui tourne mal. Le héros, Jun-Ichi Naruse, nous est présenté comme un garçon sympathique à qui la vie sourit. On est bien à ses côtés à partager son bonheur, son idylle naissante, sa passion pour la peinture. L’auteur parvient rapidement à rendre le bonhomme et sa compagne attachants. Et très vite aussi il tire un trait noir sur le portrait heureux qu’il venait à peine d’esquisser avec le braquage de l’agence immobilière.
De quoi nourrir chez nous une réelle motivation à continuer notre lecture, soufflés, et à tenter de percer les mystères de la neurochirurgie.

On à l’impression que le malaise est latent, on le voit, on le sait. Mais on est encore loin d’imaginer le drame qui va prendre de plus en plus d’ampleur au fil des tomes. Ici au final, quand on a lu la série en entier, c’est encore très gentillet… et pourtant… 🙂

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Heads #2

Jun-Ichi commence à se rendre compte d’un changement certain dans son comportement, des choses qu’il n’aurait jamais faites auparavant, de nouvelles sensations… même de nouveaux sentiments. Le malaise s’accroit peu à peu, la distance se creuse entre celui qu’il a été et celui qu’il devient… et il en prend conscience.
Les relations avec son entourage (Megu, l’équipe médicale, ses collègues, ses voisins…) se font de plus en plus tendues.
Peu enclin à faire confiance aux médecins, il essaie d’enquêter de lui-même sur le donneur pour comprendre, pensant que le cerveau du donneur influe sur ses actes et prend le pas sur le sien.

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Heads #3

La métamorphose est de plus en plus prononcée. Tout va très très vite, le rythme s’emballe et les événement s’enchaînent. Les soupçons n’en sont plus, les énigmes s’estompent : c’est le tome des révélations !
La tension monte au fil des pages. Jun-Ichi change radicalement. Une belle prouesse de la part de l’auteur.

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Lunch

Heads #4

Jun-Ichi a fui pour s’isoler mais il n’est pas au bout de ses surprises. Heureusement il peut compter sur le soutien indéfectible de Megu, qui fait preuve d’une force qui rend réellement admiratif.
Résigné sur son sort, il a décidé d’arrêter de lutter contre sa nouvelle identité. Son cerveau lui rend cependant par à-coups sa liberté d’antan, lui occasionnant par la même d’intenables migraines.

En plus de la conclusion de Heads, ce dernier tome comprend trois petites histoires qui ont pour point commun de mettre en scène des personnages principaux en proie aux doutes. Le lecteur est lui aussi mis en abyme dans ce doute, malmené par des renversements de situation permanents.
C’est très intéressant narrativement et l’auteur à d’ailleurs été primé pour la première des trois nouvelles (Area) lors du 43ème Grand Prix de manga débutants de Shôgakukan. Un prémisse de son succès à venir.

Area
Tom bosse un peu pour gagner sa croute. Un boulot de merde pour une paye misérable. C’est alors que l’improbable survient : il est littéralement happé vers le ciel, lui et la parcelle de sol d’à peine un mètre carré sur laquelle il se tenait. Il est toujours dessus lorsqu’il se réveille. Au-dessus de lui : un grand dôme. En dessous : le néant. D’autres personnes sont dans le même cas que lui, prisonniers ici depuis quelques jours voire des mois… s’évader oui mais comment ?
Un récit mettant en scène un enlèvement extra-terrestre où le principal ennemi reste la peur et son seul atout le courage.

Rencontre nocturne
Jim va bientôt devenir papa. Mais il faut qu’il se dépêche, sa femme est sur le point d’accoucher dans la voiture qui file à vive allure vers l’hôpital. Perdu dans ses pensées, il voit trop tard le chevreuil qui traverse la route et s’encastre dans un arbre. S’ils s’en sortent a priori indemnes, sa femme est au plus mal et ils sont seuls au milieu de la forêt, à des kilomètres de l’hôpital le plus proche… avec le tueur en série qui rôde dans les environs, qui oserait s’arrêter pour leur porter secours ?
Cette histoire met Jim en détresse, en proie à de profondes réflexions intérieures alors qu’il doit sous peu devenir père. Un moment de vie déjà peu évident et qui est ici mis à mal par une situation inextricable : faire confiance ou ne pas faire confiance ?

Body
Deux frères jumeaux se retrouvent à l’hôpital. L’un a été porté là pour excès d’anabolisants tandis que l’autre explique au médecin de garde le déroulement de l’histoire. Il dresse un portrait sans concession de son frère, plus fragile que lui depuis tout petit et qui a trouvé dans le sport, et en particulier dans le culturisme, un moyen d’exceller par rapport à son frangin… jusqu’à son accident.
Mini thriller sympathique où le sport n’est qu’un cadre dans lequel va s’imbriquer un récit psychologique.

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