Pereira Prétend

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1 novembre 2016 par Lunch

Pereira prétend

Lunch

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Pereira prétend être un homme honnête, responsable d’une modeste page culturelle dans un modeste journal. Il prétend profiter de la vie, manger quand il a faim, boire quand il a soif.
Pereira sait en son for intérieur que les temps sont durs, que la guerre civile couve et qu’il ne faut se fier à personne. Mais il prétend que cela ne le regarde pas, tant que les lecteurs sont heureux de ses traduction de Balzac, de Daudet et autres de ses contemporains, tant que son directeur est fier du travail accompli.

Pereira ne prétend pas être naïf. Alors pourquoi ne se doute-t-il pas que le Lisboa est tout sauf un journal culturel et que les événements qui se trament autour de lui le concernent aussi ?

Pereira prétend que sa rencontre avec le jeune Francesco Monteiro Rossi a changé quelque chose dans sa raison d’être. Son discours révolutionnaire n’aurait pas dû toucher son cœur… Les raisons du cœur sont bien difficiles à sonder…

« Je t’emmenais sur la Praça da alegria, moi aussi… Et je dansais mieux que Monteiro Rossi !
_ Tu dansais divinement.
_ Est-ce que je peux te rejoindre ? Là, maintenant…
_ Tu sais ce qu’en dit le père Antonio…
_ Le père Antonio ne veut même plus me confesser, alors…
_ Ah bon ?
_ Laisse-moi venir… pas longtemps.
_ Allez. On ne dira rien à personne.
_ Merci. »

Si je ne prétend pas connaitre (promis, c’est le dernier !) l’œuvre originale d’Antonio Tabucchi, la version que nous livre ici Pierre-Henry Gomont est impressionnante de justesse. On se prend très rapidement d’affection pour ce Doutor Pereira et sa conscience malmenée. On s’identifie aisément au personnage : il est nos yeux dans ce Portugal à l’aube de la seconde guerre mondiale. Il est fébrile, peu à l’aise et se fait le plus discret possible par peur de perdre sa situation certes bancale mais à laquelle il s’accroche. Ses tourments prennent la forme de petites silhouettes avec lesquelles il échange et se confie, autant de moi intérieurs (avec le portrait de sa défunte femme) qui raisonnent son quotidien et qui, en plus des pictogrammes traduisant les pensées des personnages, amènent le lecteur à jouer le rôle de confident.

Le récit monte en puissance, la situation devient de plus en plus étouffante, ce qui renforce notre soif de lecture et nous permet d’avaler ce pavé de près de 150 pages sans nous en rendre compte. Le pays et son époque sont très bien dépeints et il faut dire que le trait et surtout la mise en couleur – à prédominance d’ocres clairs – nous aide à l’immersion. Si les décors ne sont pas toujours très riches, l’auteur compense avec ce double langage récit/conscience évoqué plus haut et par quelques motifs de moquettes d’escaliers ou de faïences.

Bref, Pereira prétend se boit comme une bonne citronnade (de préférence bien sucrée !), assurément l’une des excellentes lectures de cette rentrée.

Pereira prétend - Extrait

Pereira prétend – Pierre-Henry Gomont © Sarbacane 2016

D’autres avis : Mo’, Moka, Jérôme, Noukette
Pereira Prétend (One shot)
Œuvre originale (Roman) : Antonio Tabucchi
Scénario : Pierre-Henry Gomont
Dessin : Pierre-Henry Gomont
Édition : Sarbacane 2016
Le blog de Pierre-Henry Gomont.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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4 réflexions sur “Pereira Prétend

  1. Mokamilla dit :

    Sans avoir lu l’œuvre originale, j’ai aimé me plonger dans cette BD que j’ai adorée. (J’ai pris des billets d’avion pour revoir Lisbonne après l’avoir refermée !)

    J'aime

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