Churubusco

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28 février 2016 par Lunch

Churubusco

Lunch

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1847, à l’ouest du Texas, près du Rio Grande. Alors de Contreras vient de tomber sous l’assaut de la division du Général Scott, la guerre américano-mexicaine est sur le point de s’achever… Mais il reste un dernier bastion à conquérir avant de marcher sur Mexico : Churubusco !
Des Mexicains, mais aussi de nombreux déserteurs de l’armée américaine – des Irlandais pour la plupart, regroupés sous l’égide du bataillon San Patricios – s’unissent dans un ancien couvent pour cette ultime bataille contre l’envahisseur étasunien.
Parmi eux, il y avait peut-être un Italien. Churubusco est le point de chute de cette guerre, c’est aussi l’histoire de Rizzo.

Ce pan de l’histoire américaine, bien qu’inspirateur de nombreux westerns, est pour beaucoup de gens méconnu. Il s’agit pourtant là d’une conquête importante, avec pour enjeu l’accès à l’océan pacifique.

« Ce sont des crève-la-faim, mon Capitaine… des putains de catholiques. Irlandais, Polonais, Espagnols et Italiens… Comme toi, Rizzo.
C’est pour ça que tu ne voulais pas attaquer cette bicoque. Pour sauver les Mexicains. Des pouilleux, comme tous ceux de ta race.
On vous reconnaît à la puanteur que vous dégagez. Il suffit d’humer l’air pour savoir où est Churubusco. Toi, tu sais où se cachent les autres bâtards comme toi.
»

C’est dans ce contexte de fin de guerre qu’Andrea Ferraris a voulu inscrire son histoire. Celle de Rizzo, immigré italien enrôlé dans l’armée américaine pour ses multiples conquêtes. En échange de ses services, le rêve de pouvoir gagner le droit à un lopin de terre qu’il pourra cultiver comme le faisaient ses aïeuls. Mais Rizzo est étranger, il subit donc les insultes des américains « de souche », raillant entre autre le fait qu’il soit catholique – comme les Mexicains – et donc un traître en puissance (les américains étaient en majorité protestants).
Churubusco aborde un tout petit passage dans la grande Histoire, à l’aube d’une bataille majeure. Et dans ce tout petit passage, un chamboulement dans la vie de Rizzo.

Churubusco - Extrait

Churubusco – Andrea Ferraris © Rackham 2016

J’ai eu la chance de rencontrer Andrea Ferraris en dédicace à Angoulême, peu de temps avant la sortie de l’album donc.
L’auteur avait entendu parler de cette « guerre de 47 » et avait envie d’en faire quelque chose. Après quelques recherches, il a découvert que de nombreux étrangers avaient rejoints les rangs des États-Unis, dont pas mal d’Irlandais et 3 Italiens. Aucune liste ne faisait pourtant état du nom de ces 3 oubliés. Qu’à cela ne tienne, Andrea Ferraris a imaginé ce héros, originaire de Sicile…
Bien plus tard, il tombe fortuitement sur les noms des déserteurs de l’armée américaine, membres du fameux bataillon San Patricios, exécutés. Parmi eux, justement, un Italien de Messine. Quand la réalité rattrape la fiction !

En lisant Churubusco, je pensais être spectateur d’une bataille et en savoir plus sur cette guerre lointaine. Peut-être aussi entendre cette citation que je trouve merveilleuse, attribuée au Général Anaya, forcé à capituler après l’offensive : « Si j’avais des munitions, vous ne seriez pas ici. »
Force est de constater qu’il n’en est rien : quelques coups de fusil tout au plus et une scène encore fumante des ruines du dernier bastion mexicain. Pour aller plus loin, c’est dans les pages annexes de l’ouvrage qu’il faut chercher. L’auteur y détaille le conflit et dresse aussi un triste bilan de la frontière telle qu’elle est aujourd’hui et de l’immigration mexicaine, au moins aussi alarmante que celle en méditerranée…
Contre toute attente (j’ai l’impression que le synopsis m’a induit en erreur), ce livre ne traite pas de bataille !

Andrea Ferraris nous fait vivre son aventure dans un trait charbonneux, les paysages arides du Texas prenant vie sous ses coups de fusain. Il s’attarde sur un personnage en quête d’un avenir meilleur et en proie à des cauchemars récurrents. Sous forme de courts chapitres, on apprend à connaître Rizzo et on s’attache à ce bout d’homme, vraisemblablement pas à sa place dans l’armée.

C’est un beau livre, touchant et sincère. Il ouvre sur des paysages sauvages qui favorisent les temps morts et les non-dits. Rizzo n’était peut-être pas ce Sicilien parti dans le grand ouest. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !

Churubusco

Un autre avis : PaKa
Churubusco (One shot)
Scénario : Andrea Ferraris
Dessin : Andrea Ferraris
Édition : Rackham 2016
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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