Les équinoxes

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23 décembre 2015 par Lunch

Les équinoxes

Lunch

Lunch

Un jeune garçon se cache dans l’étendue d’eau. Son corps essaie de rester immobile malgré le froid, il n’a pas le choix : soit il retient sa respiration, soit il est mort… Dehors, le tigre guette, il a senti sa présence…
Des milliers d’années plus tard (au moins 500000 si je ne m’abuse), dans notre époque, des hommes et des femmes se questionnent sur leur existence, sur ce qu’ils sont et ce qu’ils ont envie de devenir. Des récits croisés qui sont autant de tiroirs d’une même commode.

C’est toujours un plaisir de retrouver Cyril Pedrosa (Trois ombres, Portugal). Il faut certes avoir un peu de temps devant nous pour apprécier ses romans graphiques, aussi beaux qu’épais. L’auteur ne s’épanche pas sur une suite d’albums, il préfère nous émerveiller tout d’un bloc.
Sous un premier regard étonné de croiser de longues pages de texte au milieu des planches dessinées – façon pompeuse et ambitieuse d’anoblir le média BD ? – je suis une nouvelle fois conquis.
Ces écritures s’intègrent parfaitement au récit, elles sont autant de portraits, d’instantanés de vie pris au hasard des photographies de Camille.

Les équinoxes - Extrait

Les équinoxes – Cyril Pedroda © Dupuis 2015

Les équinoxes est une histoire en quatre temps. Une histoire qui en croise plusieurs autres : Camille qui retrouve la joie de vivre au travers d’un Reflex acheté machinalement ; Louis l’ancien militant et amoureux des livres, qui ont un double fond avec sa vie dedans ; Vincent et sa crise de la cinquantaine, sa fille Pauline et sa crise de l’adolescence…
Des vies pas plus compliquées que les autres mais qui sont toutes dépeintes à des moments-clefs, à des tournants majeurs qui font mal et qui remettent en question.

Cyril Pedrosa sait nous mettre en condition, nous impliquer dans son histoire et rendre touchante cette galerie de personnages dont la sensibilité est heurtée.
Il sait aussi relier en toute subtilité tous ces fils qui paraissent pourtant éloignés : un paysage des Corbières, la construction d’un aéroport, un surfeur blessé sur une plage, un appareil photo…

« Je me demande parfois si j’avais réellement si peu besoin des autres, ou si je me tenais à l’écart faute de pouvoir être moi-même au milieu d’eux. Nos discussions ressemblaient à des monologues parallèles. Nous ne partagions sans doute rien d’autre que notre incompréhension mutuelle. Pourtant, de temps en temps, je les rencontrais. Je voyais un corps, un visage, et un cour instant, j’entendais leur musique. J’aurais aimé les prendre dans mes bras et leur dire  » vous aussi vous avez senti ? Vous avez entendu comme c’était beau ? J’étais tendue vers vous, et j’ai vu quelque chose de juste et de vrai. Quelque chose est arrivé, ici et maintenant, qui ne se reproduira plus jamais. «  »

Et puis Cyril Pedrosa c’est aussi un talent graphique indéniable, des pages aux dessins foisonnants de détails, expressifs à souhait et qui mettent aussi les non-dits en évidence. L’auteur mêle plusieurs techniques et alterne les couleurs en fonction des saisons, de la pluie ou du beau temps, des ambiances, des querelles…
La scène des retrouvailles entre les deux frères, Vincent et Damien, est en ce sens formidable : on passe du dialogue distant dans un vert froid à l’escapade nocturne et ses tons mauves, puis au dépouillement de l’ivresse. La réconciliation appelle le retour des couleurs alors que l’alcool estompe ses effets et redonne des rondeurs aux traits.
Une évolution des sentiments qui se lit jusque dans le dessin… et elle se lit bien !

D’autres avis : Mo’, Jérôme
Les équinoxes (One shot)
Scénario : Cyril Pedrosa
Dessin : Cyril Pedrosa
Édition : Dupuis 2015
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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8 réflexions sur “Les équinoxes

  1. Mokamilla dit :

    Un album qui exploserait mon découvert mais que j’ai définitivement envie de découvrir.

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  2. jerome dit :

    Tu sais que les longs textes m’ont beaucoup gêné. J’aurais tant voulu adorer cet album, la déception a été à la hauteur de mes attentes. A charge de revanche Mr Pedrosa 😉

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  3. Mo' dit :

    Des ouvrages aussi beaux qu’épais oui. Quelle régalade cette possibilité de plonger dans une BD du genre. On a la possibilité de découvrir progressivement les personnages, l’ambiance monte crescendo, tout s’imbrique peu à peu. J’adore. Et puis il y a une sensibilité que l’on trouve rarement de façon aussi intense. Vivement son prochain album 🙂

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  4. […] Alcibiade (Rémi Farnos), La Joie de Lire 02. Catharsis (Luz), Futuropolis 03. Équinoxes, Les (Cyril Pedrosa), Dupuis 04. Favorite, La (Mathias Lehmann), Acte Sud BD 05. Feu de paille (Adrien […]

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