Adulteland

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9 octobre 2015 par Lunch

Adulteland

Lunch

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Pour PKE, fleuron de la batterie au lithium, les affaires ne vont plus aussi bien que dans le passé. La faute à Longtime, leur concurrent direct, qui n’arrête pas d’innover et de les dépasser. Petit à petit, les salariés de PKE sont mis au placard ou licenciés, tandis que les dirigeants de Longtime tentent d’embaucher les meilleurs éléments de leur meilleur ennemi…
C’est dans ce contexte de crise que Yongbae évolue. Lui l’homme trop fidèle pour quitter sa boîte, une entreprise qu’il a aimée et pour laquelle il s’est battu pendant des dizaines d’années. Il est aujourd’hui un dinosaure parmi les jeunes employés : tous ses collègues sont partis mais lui, que fait-il encore là au juste ? Il a besoin de vacances et ce week-end à Mokpo, modeste cité portuaire du sud de la Corée, va lui permettre de souffler un peu et de se retrouver en couple.
Du moins, c’est ce qu’il pense. Un avis de tempête plus tard dans une ville où il n’y a rien à voir, sa femme malade clouée au lit qui plus est, quoi faire pour passer le temps ?
Heureusement, il y a Adulteland, un bar pour adultes un peu particulier. Les hommes s’y rendent pour discuter avec des hôtesses. Leur particularité ? Ce sont des robots, des cyborg plus précisément ! Elles meublent la compagnie et comblent la solitude des clients…

« Venez discuter avec eux, vous verrez, leurs connaissances en politique, en économie, culture, arts, actualité sont supérieures aux nôtres. Ils possèdent aussi une fonction qui régule le niveau de conversation en fonction du niveau de langage. Les clients se sentent complètement à l’aise avec eux, aucune gêne. Vous avez déjà discuté avec un homme de 80 ans pendant une heure ? Pour un robot, aucun problème. C’est pour ça que la clientèle est très large : de 20 à 80 ans. »

Dans Adulteland, Yeong Jin Oh développe un récit complexe, mêlant les genres. Dès le départ, il instille une ambiance un peu étrange avec une entrevue entre un homme et une femme pleine de non-dits. Nous ne savons rien d’eux mais nous sommes déjà persuadés qu’il s’agit d’une scène clef. Nous n’en percerons les secrets que bien plus tard…
Nous sommes au départ les témoins d’une chronique sociétale. La vie de Yongbae est tristement classique et annonce une fin de cycle. Il périclite dans son boulot et sans sa vie sentimentale, il est en perte de repères et ne reconnaît plus ses amis d’antan. Le monde change et eux aussi. Certaines de ses connaissances ont dû prendre un virage contraint : orientation professionnelle, désillusions amoureuses, coups du sort, trafic d’organes, misère et reconstruction… les sujets sont nombreux et secouent violemment les esprits.
Petit à petit, pourtant, les choses basculent et la satire sociale se transforme en polar d’anticipation. La robotique prend de plus en plus de place dans le récit jusqu’à être omniprésent dans nos esprits : et si l’homme était capable de repousser la mort via la cybernétique ? Et si la mort n’était qu’une étape de la vie ? Et si les secrets qu’on croyaient enterrés refaisaient surface ?

Graphiquement, le trait de Yeong Jin Oh n’est pas alléchant de prime abord. Il faut dire que la scène d’ouverture dans le restaurant n’est pas étonnante de maîtrise. Si le style de l’auteur s’affirme au fil des pages, il demeure atypique, avec des gueules déformés, des mentons pointus, courbés, allongés, des nez difformes. Un rendu surréaliste qui permet à chaque personnage d’être identifiable au premier coup d’œil et qui, couplé à de grands aplats de noir sur fond blanc, assoie aussi l’ambiance pesante du récit.

Une lecture surprenante. Laissez-vous tenter par l’aventure Adulteland. Nos hôtesses sont à votre écoute.

Un autre avis : Bibib
Adulteland (One shot)
Scénario : Yeong Jin Oh
Dessin : Yeong Jin Oh
Édition : FLBLB 2014
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Adulteland

  1. […] « Et si l’homme était capable de repousser la mort via la cybernétique ? Et si la mort n’était qu’une étape de la vie ? Et si les secrets qu’on croyaient enterrés refaisaient surface ? » (Lunch) […]

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