Un océan d’amour

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26 juillet 2015 par Badelel

Un océan d'amour

Badelel

Badelel

Le prolixe Lupano (encore que toutes ses œuvres n’ont pas trouvé d’écho positif chez moi) est de retour en compagnie, cette fois, de Grégory Panaccione, passé maître ès BD muette (il avait fait forte impression chez nous avec son Match).

Dans Un océan d’amour, les auteurs narrent les voyages et aléas d’un couple breton séparé par les événements et les océans. Monsieur est pêcheur, son bateau est percuté par un chalutier monstrueux et se retrouve perdu en pleine mer. De son côté, Madame (Bigouden de profession) part à sa recherche, décidée à ne pas se retrouver endeuillée sur la base d’une énigmatique disparition. Sans un mot, les deux auteurs s’approprient une aventure où seules les images traduisent les peurs, les espoirs, les désillusions, les joies, les peines, les cauchemars et les souvenirs de ces deux personnages séparés par les flots et ce, sur plus de 200 pages.

De boîte de sardines en douanes corrompues, lui tente de survivre et subit les aléas de la mer et de sa population hétéroclite. De la voyante bretonne aux soirées de Fidel Castro, elle prend les choses en main pour retrouver son homme jusqu’au bout de l’Atlantique.

Dans tout ça, Monsieur nous montre une mer bien malmenée : le chalutage profond qui dévaste la population sous-marine tandis que les petits pêcheurs ne ramènent plus de poisson, les bateaux qui dégazent en pleine mer, les déchets rassemblés en immenses îles polluées et les animaux coincés dans ces plastiques.

Les personnages sont caricaturés mais infiniment attachants. La Bigouden est volumineuse, vêtue de noir et de blanc 365 jours par an (même en maillot de bain) avec un caractère bien trempé. Elle est toujours décidée et pleine de ressources et ne se laisse jamais abattre. Ses passions : la cuisine (surtout les crêpes) et la broderie. Son mari est petit et maigrichon avec de grosses lunettes. Il est fan des crêpes de son épouse, mais certainement pas des sardines à l’huile qu’elle lui file quotidiennement pour son pique-nique sur le bateau. Habitué à voir sa vie prise en main par sa bonne femme, il subit les événements. Mais il est profondément respectueux de la mer qui le nourrit et des animaux qui la peuplent (dessous et dessus). Et surtout, même si une pieuse pudeur leur impose de la distance, ils s’aiment profondément. Suffisamment en tous cas pour que Madame quitte sa chère Bretagne natale à la rescousse de son cher époux. Cette relation est réellement touchante. A cela vient s’ajouter la mouette, attachant animal de compagnie pour un pêcheur perdu en mer, et pas bête pour un sou.

Un océan d'amour - extrait

Un océan d’amour – Wilfrid Lupano & Grégory Panaccione © Delcourt 2014

Lunch

Lunch

« When the seagulls follow the trawler it is because they think sardines will be thrown into the sea. »

Le nom de Wilfrid Lupano à lui seul fait vendre beaucoup de BD et gagner de nombreux prix (même si ici, Un océan d’amour n’aura pas, avec son Prix FNAC 2015, fait mieux que l’excellent Les vieux fourneaux). Il faut dire que le bonhomme en scénarise beaucoup… et se débrouille plutôt bien en général.
Bref, ce bel album qui sent bon l’air marin a fait couler beaucoup d’encre – non, pas celle de la seiche – et cette collaboration annoncée avec le talentueux Grégory Panaccione, dont j’avais adoré le Match, me faisait saliver au plus haut point.

C’est l’appel du large qui réveille notre vieux matelot, embarquant sur son rafiot pour sa pêche quotidienne. Il est déjà loin des terres lorsque le jour se lève et que son estomac pousse ses premiers gargouillis… pas de bol, encore ces saloperies de sardines à l’huile qui rejoindront les autres au fond de la cale.
Puis vient la tuile, un cargo filant à vive allure droit sur l’embarcation. Le choc est évité de justesse mais le petit chalutier se retrouve empêtré dans les filets.

De péripétie en péripétie, Wilfrid Lupano envoie son marin en voyage de l’autre côté de l’Atlantique avec pour seules compagnies une mouette et quelques boîtes de sardines.
L’auteur redouble d’ingéniosité lorsqu’il envoie la femme du matelot, forcément très inquiète, braver le grand océan à sa recherche.Un chassé-croisé d’amour et d’eau fraîche que ne se lasse pas d’illustrer Grégory Panaccione. Ses dessins tout en couleurs sont un régal : cadrages parfaits, visages expressifs, on se passe allègrement des mots pour mieux se concentrer sur les images, suffisamment évocatrices.

L’humour est omniprésent, largement animé par la bigoudène, son caractère et ses talents (de cuisinière et de crochet notamment). Ce n’est pour autant pas la seule marque de fabrique de cet album puisque les auteurs en profitent pour tailler quelques costumes. Chalutage massif, dégazage en mer, 7ème continent… il fait bon rappeler que notre planète mérite mieux que notre propension au déchet.

Un bon moment de lecture. Mouettes, crochet, bigoudènes, sardines, crêpes, marins (non je n’ai pas dit crachin), Un océan d’amour est la preuve, si cela était encore à prouver, que la Bretagne s’exporte… et elle s’exporte bien !

Mention spéciale à la maquette du livre qui présente bien, pour peu qu’on aime les sardines à l’huile.

D’autres avis : LivresseMo’, Sarah, Yvan, Alix, David Fournol, Jérôme, Legof, Moka, Noukette, Yaneck
Un océan d’amour (One shot)
Scénario : Wilfrid Lupano
Dessin : Grégory Panaccione
Couleur : Grégory Panaccione
Édition : Delcourt 2014
Le blog de Wilfrid Lupano.
Le blog de Grégory Panaccione.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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5 réflexions sur “Un océan d’amour

  1. C’est dommage, au final, sur ce texte, on ne sait pas vraiment ce que tu penses de ta lecture, Badelel…. Il manquerait une conclusion…
    Sinon, moi j’ai une boîte de sardines « un océan d’amour » ^^

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    • Lunch dit :

      Tiens, c’est vrai ça, j’ai noté que tu avais passé outre ton intolérance au « muet », toute une révolution 🙂

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      • ouais, pour faire « plaisir » à Lupano ^^
        Mais il est bien ce bouquin hein? Il me réconciliera pas avec le muet, mais il reste très bien. ^^

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      • Lunch dit :

        Il est pas mal oui, on se laisse porter presque sans remarquer qu’il n’y a pas de texte.
        Mais ce tour de force c’est surtout à Panaccione qu’on le doit. Il est très bon dans le style et personnellement j’avais adoré Match, sorti peu de temps avant.
        Ça me fait penser que j’ai pas parlé de la rapidité d’exécution du bonhomme…

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  2. […] blablabla) – des « personnages […] caricaturés mais infiniment attachants. » (Badelel) : lui, de hublots vêtus (au niveau oculaire en tout cas), brave chaque jour flots et tempête […]

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