Le chat du kimono

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31 mai 2015 par Badelel

Le chat du kimono

Badelel

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Le chat du kimono est le premier tome d’une série qui s’appelle… ou pas. Non en fait ça ne s’appelle pas en fait.

Cela dit, en guise de premier tome, j’aurais tendance à en faire une introduction tant le ton est différent des albums suivants. On navigue ici entre le conte, le fantastique et l’onirique. On pose les bases des tomes suivants qui se déroulent quinze ans plus tard, mais on peine pourtant à croire qu’il s’agit bien des mêmes personnages et que les événements sont liés.

Ce premier tome alterne entre deux récits. D’une part un conte japonais mettant en scène une belle jeune fille orgueilleuse et son merveilleux kimono aux chats et d’autre part un bateau britannique de retour du Japon et ramenant à son insu un passager clandestin très félin rappelant étrangement les chats du kimono de la légende.

Dans tout cela on trouve pêle-mêle Sherlock Holmes et le Dr Watson, Alice la jeune héroïne du Pays des Merveilles, un marin obsédé par un étrange chat, un tripot clandestin… En alternant le conte japonais à l’Angleterre victorienne fictive dans laquelle se déroule l’histoire, Nancy Peña ancre son récit dans le fantastique, effet nettement moins prégnant dans les albums suivants où les éléments surnaturels sont anecdotiques.

La constante reste tout de même le côté hallucinatoire. Ici ce sont les drogues et les champignons hallucinogènes qui font effet. Plus tard ce seront les rêves du narcoleptique Victor Neville. L’ensemble donne à cette série, et en particulier à ce premier tome, un côté très inhabituel et surprenant.

En tous cas, chapeau bas à Nancy Peña qu’on ne cessera d’admirer pour sa capacité à jongler avec les différents styles graphiques tout au long de cet album.

Lunch

Lunch

Le chat du kimono est une fable qui nous amène à côtoyer l’estampe et la tradition japonaise. Un voyage culturel dépaysant dans lequel un chat, décor peint mais aussi personnage à part entière, évolue et se retrouve mis en abyme : émancipation de son carcan de soie puis sortie du conte original vers un monde plus contemporain.
Ce chat de fiction bien tangible mène de front plusieurs vies mais reste fidèle au kimono qu’il suit tant bien que mal. Des vies, il en croise aussi de nombreuses autres au cours de ces pérégrinations, de la petite Alice au grand Sherlock Holmes. Les références, élémentaires mon cher Watson, cela va de soi(e), se succèdent dans un joyeux mélange (le chat de Cheshire, de Steinlen, de Bonnard) et offrent à cette enquête, qui se perd parfois dans l’onirisme de l’opium, un côté ciné-théâtre burlesque de la grande époque.

« HOLMES ! Qu’avez-vous ? Vous vous sentez bien ?
_ Je… Rien ! C’est la cocaïne ! La cocaïne…
_ Donnez-moi ce sachet maintenant, Holmes ! Allons ! Je vous confisque cette poudre de malheur ! En qualité de médecin ! Mais ! Qu’est-ce que c’est que ça ? Vous avez confondu Holmes ! Ce sachet est à moi, et il est rempli de quinine ! »

Si ce premier opus est très décousu en matière de narration, alternant les lieux d’actions et les personnages avant de les lier de façon ubuesque, les tomes suivants (Tea Party et It is not a piece of cake) sont à mes yeux plus réussis et proposent des histoires tout aussi farfelues mais pourtant bien plus terre à terre.

C’est ainsi que la petite Alice est devenue une grande dame (mais elle reste assurément une petite peste), endossant le kimono de sa mère et mettant à jour les secrets les plus intimes pour mieux les utiliser. Son grand rival, Victor Neville, doit assumer sa réputation de meilleur cookery counseller en trouvant le thé le plus fin pour le compte de Lord MacDale, qui a lancé à défi à Clifford Barnes, le père d’Alice. Un admirable jeu de pistes s’ensuit et nous invite même dans les méandres de l’âme torturée du jeune conseiller.

Graphiquement, le trait de Nancy Peña se fait plus fin au fil des trois histoires et prend de l’assurance. Tea Party et It is not a piece of cake gagnent en maturité avec l’utilisation d’une bichromie rouge pour marquer les errances psychiatriques de Victor Neville. Un usage du rouge qui met autant en valeur la beauté fatale d’Alice et de son kimono qu’il ajoute un véritable intérêt au récit.

It is not a piece of cake emmènera nos « héros » vers les origines écossaises de Neville à la découverte de la recette d’un improbable shortbread. Une nouvelle histoire savoureuse dans laquelle les racines de la famille sont malmenées dans une double enquête riche en rebondissements.
Évidemment, nous ne pouvons rêver mieux qu’un ultime dénouement à Kyûshû, dans un tome 4 à venir, à l’origine-même du kimono magique !

D’autres avis : Bidib, ChampiMo’
Le chat du kimono #1 : Le chat du kimono / #2 : Tea Party / #3 : It is not a piece of cake
Scénario : Nancy Peña
Dessin : Nancy Peña
Couleurs (#2 et #3) : Drac
Édition : La boîte à bulles 2007
Le blog de Nancy Peña.
Le blog de Drac.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Le chat du kimono

  1. […] sang et de nuit, dont la griffe d’encre nous tatoue sa douleur et ses mystères. » Lunch : « Le chat du kimono est une fable qui nous amène à côtoyer l’estampe et la […]

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