Juge Bao

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18 mai 2015 par Lunch

Juge Bao 01

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Lunch

Bao Zheng, dit le Juge Bao, est une figure emblématique de la Chine sous la dynastie Song (960 – 1279). Connu pour sa grande intégrité, le Magistrat est investit par le Fils du Ciel en personne pour rétablir l’ordre dans les Provinces voisines. C’est ainsi qu’il met à jour, à chacune de ses étapes, toutes les corruptions et les délits qui gangrènent le pays.
Ces jugements de Bao apportent bien sûr un renouveau salvateur là où le mènent ses enquêtes car il dénoue les complots et dénonce les coupables au nom d’une justice implacable. Mais ils entraînent aussi leurs lots de complications et de haines farouches, car le Juge n’hésite pas à soumettre à ces décisions tout autant les laissés-pour-comptes que les notables, fussent-ils gouverneurs. Il met alors sa vie en danger, certains voulant l’éliminer pour éviter qu’il ne remonte jusqu’à eux.

Pour l’épauler dans sa tâche – et c’est peut-être là que commence la fiction bien que la légende ait sûrement dépassé le cadre de la réalité – il peut se fier à ses fidèles suivants (issus au moins en partie du roman chinois Trois chevaliers et cinq redresseurs de torts, publié au 19ème siècle autour du personnage du Juge Bao) :
– l’officier Zhan Zhao, un homme de terrain sur lequel on peut compter lorsqu’il s’agit de mener des opérations délicates, d’infiltration ou d’enquête, voire de combat… et il n’est pas non plus le dernier lorsqu’il s’agit de séduire les belles femmes ;
– Gongsun Ce, c’est l’homme de confiance, le médecin, l’érudit, celui qui va éplucher les comptes pour y déceler le moindre Yuan manquant ;
– Bao Xing pour finir est un jeune novice plein de promesses, un brin intrépide et innocent (sûrement son jeune âge) mais tout aussi dévoué que ses compagnons.

L’histoire développée dans Juge Bao se révèle être une succession d’enquêtes, chacune d’entre elles se déroulant sur un tome mais dont la cohérence d’ensemble s’amplifie sur la lecture des 6 tomes que composent la série. On se rend compte que tout est lié dans un récit définitivement bien ficelé. Un véritable plaisir de lecture, même pour moi qui n’était pas vraiment tenté de prime abord. Il faut dire que l’intrigue est rondement bien menée par un Patrick Marty (aussi auteur de La balade de Yaya) maître de son sujet.

Le dessin de Chongrui Nie (qui est Indien d’origine, installé en Chine depuis son plus jeune âge), qui ne m’attirait pas vraiment au départ, ne m’a pas laissé indifférent. Il est en fait extrêmement minutieux et d’une incroyable richesse, alternant les pleins et les traits noirs à l’encre de Chine, peut-être grattés ensuite pour réaliser les traits blancs. Le tout assoit le réalisme des décors et des visages – probablement travaillés d’après photo tant ils sont expressifs – et ancre la fiction dans une ambiance historique.

Comme dans toute œuvre chinoise, j’avais peur d’être submergé par un flot de noms tous aussi imprononçables que non mémorables. Ce n’est finalement pas le cas sur le Juge Bao, peut-être parce que le récit est suffisamment bien tenu et que seuls les protagonistes importants sont dotés d’un nom.
Peut-être aussi est-ce l’avantage d’un scénario français ? Une collaboration franco-chinoise qui est en tout cas une belle réussite.

 

badelel

Badelel

Inspiré d’un personnage historique au tournant du premier millénaire, le juge Bao que nous présentent les éditions Fei est une vue romancée de l’homme le plus droit et le plus intègre de l’histoire mondiale. En 6 tomes, Patrick Marty, scénariste franco-français passionné de culture chinoise, parvient à faire 6 histoires closes et une seule en même temps. Là où il semble au départ que Marty s’amuse à annoncer son scénario suivant à la fin de chaque volume, on finit par s’apercevoir qu’il s’agit en fait d’un tout. De ce côté là, c’est assez bien ficelé, surtout que le dernier tome met enfin véritablement Bao en péril.

Certains lui reprocheront son côté théâtral, à raison : postures figées et néanmoins grandiloquentes constituent un élément récurrent. Le dernier tome avec le récit interminable de Bao est au summum de la lourdeur. Néanmoins cet aspect permet de mettre en valeur le côté littéraire et légendaire du personnage tout en soulignant les attitudes strictes spécifiques aux cultures extrême-orientales.

Le juge est un homme littéralement parfait. Il est non seulement intègre mais d’une intelligence rare, ce qui est globalement incompatible, alors oui du coup, ça prend forcément un côté too much. Surtout qu’il est accompagné par une équipe de choc : son policier Zhan Zhao est un combattant hors pair digne d’un héros de Zhang Yimou et Gongsun Ce arrive à être à la fois assistant, greffier et médecin. Heureusement qu’il y a le page Bao Xing pour jouer le looser de l’équipe !

A côté de ça, on replonge dans la Chine médiévale, administrative et protocolaire, en pleine heure de gloire de la dynastie Song. Les examens mandarinaux et leur étrange fonctionnement, le monopole des eunuques aux postes importants de la cour impériale, l’étrange conception matrimoniale chinoise : tout ça est savamment effleuré, montré sans être exagérément pointé du doigt.

Quant au dessin, il est magnifique, y’a pas à dire ! Chongrui Nie a un sens du détail absolument inhumain. Ses personnages sont quasi photographiques et ses femmes sont d’une grâce telle que j’en suis verte de jalousie. Malheureusement, et ceci participe énormément au côté théâtral de la chose, les postures sont figées. Même dans les scènes de cul, les protagonistes sourient bêtement. Le reste du temps, ils parlent avec la bouche fermée (en fait, les Song étaient ventriloques).

Néanmoins ce qui, selon moi, dessert le plus cette BD, c’est la construction de la page. Initialement très classique (deux lignes qui se lisent de gauche à droite puis de bas en haut), la lisibilité est régulièrement gênée par des cases qui prennent soudain des libertés sur le format et amènent le regard à changer de sens de lecture (bas en haut puis de gauche à droite) alors que les auteurs sont bien restés sur le premier modèle. La lecture hoquète, on s’interrompt, on réfléchit, puis on reprend, un peu frustré au départ, franchement lassé à la fin.

Globalement, c’est donc une lecture intéressante, instructive et distrayante, mais on est loin de la merveille à laquelle les expos d’originaux m’avaient préparée. Je m’en remettrai (ou je resterai frustrée toute ma vie, selon).

D’autres avis : Bidib, Champi, Choco, Mo’, Yvan
Juge Bao (série terminée en 6 tomes)
Scénario : Patrick Marty
Dessin : Chongrui Nie
Édition : Fei 2010
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Juge Bao

  1. […] du dessin de Chongrui Nie, nous avons été nombreux à souligner un aspect “théâtral” (Badelel, Choco) de ce […]

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  2. […] fait bon de souligner et qui confirme la volonté déjà affichée dans l’édition luxe de Juge Bao de ne pas galvauder […]

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