Carnet du Pérou – Sur la route de Cuzco

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16 février 2015 par Lunch

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Lunch

Lunch

« Si ce projet intéresse 6 pieds sous terre, il sera publié l’année de mes 40 ans… J’y vois comme un symbole… C’est peut-être un tournant… Je crois que j’ai passé l’âge de faire des livres d’humour, il faut savoir évoluer. Je vais quand même pas faire de l’humour jusqu’à 80 ans… »

Les projets sont souvent le fruit de rencontres…
Fabcaro n’a pas l’âme d’un voyageur, il l’exprime à plusieurs reprises dans ce livre. Il a pourtant été captivé par le Pérou alors qu’il croise la route d’une plasticienne en résidence, originaire de Cuzco. Elle lui transmettra cette fascination pour son pays au point de lui donner envie de partir à sa découverte, ce qu’il fait en 2012. Ainsi nait ce carnet de voyage, œuvre atypique dans la bibliographie de l’auteur montpelliérain qui, malgré cette citation introductive, ne sait pas pour autant se départir de l’humour qui le transporte au quotidien. Grand bien lui en prend !

« On ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait. »

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Carnet du Pérou – Fabcaro © 6 pieds sous terre 2013

De Lima à Cuzco, en passant par le célèbre Machu Picchu, Fabcaro nous raconte son périple, ses rencontres, les coutumes et les odeurs d’une contrée si lointaine. Il croque le pays à pleines dents et sur le papier, nous invitant à le suivre avec gourmandise.
Difficile donc de ne pas se satisfaire de ces croquis, de ce récit de voyage à des milliers de kilomètres de notre civilisation et de nos habitudes…
Difficile aussi d’en sortir indemne, car pour qui ne connaît pas l’énergumène, il est impensable de présager la truanderie : Fabcaro n’est jamais allé au Pérou !
J’avoue que je me suis laissé surprendre, j’y ai cru ! L’imagination de l’auteur n’a aucune limite et est surtout sans scrupules. C’est un véritable tour de force que cette bande dessinée car il reprend tous les codes du genre en y intégrant tout son savoir faire de faussaire et d’humoriste. Il parvient du coup à sortir du carcan parfois ennuyeux de ce type d’ouvrage : enfin un carnet de voyage où on ne s’ennuie pas, où des pauses pleines de drôleries viennent apporter du dynamisme et de l’interactivité à notre lecture ! Certes on trouve ça gros (on pense à de l’humour au 8ème degré), rempli de clichés : dérision garantie !

Fabcaro fait donc à moindres frais un voyage extraordinaire. Peut-être ce voyage lui donnera-t-il envie de se rendre réellement sur place et pourquoi pas d’y retrouver les odeurs qu’il décrit. Assurément ce voyage aurait moins de saveur cependant, absent de ce magicien de la musique jouant de la flute de pan derrière la tête, absent de ces gosses des rues jouant au football avec un lama… absent de ce bon vieux guide de montagne et du Capitaine Haddock.

« Mais chaque livre est un journal intime ! »

Carnet de Pérou - Sur la route de Cuzco

Carnet du Pérou – Fabcaro © 6 pieds sous terre 2013

Fabcaro a-t-il passé l’âge de faire des livres d’humour ? Assurément non. Il nous démontre ici tout de même que chaque album est une partie de soi… l’interlude sur le paquet de cigarette retrouvé m’aura beaucoup remué. Certes, avec le bonhomme, il devient difficile de discerner le vrai du faux… mais ce passage témoigne aussi toute l’implication personnelle qu’on peut mettre dans une fiction.

J’ai vraiment apprécié le voyage ! Pour sûr que je repartirai volontiers en vadrouille avec Fabcaro !

 

Badelel

Badelel

Fabcaro, auteur de BD humoristiques, tourne en rond, a le sentiment d’être devenu un artisan (« Un artisan c’est quelqu’un qui fait ce qu’il sait faire, un artiste c’est quelqu’un qui fait ce qu’il ne sait pas faire » de Calaferte parait-il), fait sa petite crise de la quarantaine et décide de se lancer un défi, de changer vraiment. Non pas en se mettant à la danse classique comme le lui suggère un ami, mais en faisant un carnet de voyage. Justement ce voyage au Pérou tombe à pic. Ou pas.

Je ne vais pas tourner autour du pot pendant 107 ans, je serais incapable de parler de cet album sans spoiler donc je spoile tout de suite. Certes, il est habituellement assez difficile de spoiler sur un carnet de voyage, mais tout l’intérêt de celui-ci est précisément qu’il y a des choses à spoiler, je ne vais donc pas me priver (si vous ne voulez pas en savoir plus, vous pouvez toujours vous arrêter là) : quoi que vous fasse croire la 4° de couv’, Fabcaro n’a *jamais* mis les pieds au Pérou. Tout l’attrait de cet album tourne justement autour de cette double situation : faire croire que, alors qu’en fait non. Mettre en avant tous les éléments du carnet de voyage et insérer les discrets (ou non) éléments qui vous disent que c’est juste un gros fake.

Faut dire, dès le départ j’ai commencé à franchement me faire ch***r. Était-ce lié au format numérique (merci 6 pieds de nous avoir dépanné pour que nous puissions sortir en temps et en heure notre chronique ainsi que la synthèse qui viendra bientôt sur K.BD) ? A la lecture sur tablette ? A ces atroces phrases absolument pas originales du genre « Je ne sais pas pourquoi mais je suis intimement convaincu que je reviendrai ici un jour » ? Ce carnet manquait cruellement de ressenti, d’émotions, de puissance. Heureusement que l’auteur a rapidement ajouté des éléments narratifs parallèles sur l’aventure de la création de ce carnet pour susciter un peu d’enthousiasme.

Et puis ça part en vrille. Les sombreros mexicains (ah tiens oui, comment ça se fait ?), les clichés, les scènes abracadabrantes (ah ouais, il joue de la flûte de pan derrière la tête ??? et en plus il s’appellerait Juan Hendrije ???), les remarques surprises de ses collègues (auteurs, éditeurs, etc.), sa mauvaise foi crasse, la boule à neige… Et le doute s’insinue peu à peu. Ou pas, parce que le pire, c’est qu’il est tellement inconcevable que Fabcaro soit en train de faire ce qu’il est en train de faire qu’on y croit. Alors les trucs louches, on fronce les sourcils et on passe à la page suivante en se disant qu’on a rien compris. Jusqu’à ce que ce ne soit juste plus possible. Ce type nous roule dans la farine allègrement et on y prend plaisir. Et alors… il y a été ou pas, au Pérou ???

D’autres avis : David, Mo’, David Fournol
Carnet du Pérou – Sur la route de Cuzco (One shot)
Scénario : Fabcaro
Dessin : Fabcaro
Avec la participation de : Fabrice Erre, James, Gilles Rochier
Édition : 6 pieds sous terre 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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8 réflexions sur “Carnet du Pérou – Sur la route de Cuzco

  1. Mo' dit :

    Drôle cet album ^^ Il a le mérite de faire parler après la lecture 🙂

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    • Lunch dit :

      Oui, d’ailleurs je trouve qu’on parle pas assez des lectures moi.
      Quand je vais au cinéma, j’aime bien parler avec les personnes qui m’accompagnaient de tout ce que j’ai trouvé bon ou moins bon pendant des minutes ou des heures.
      Les occasions de parler vraiment autour d’une BD, je veux dire en plus des chroniques respectives et du simple « ça donne envie ce que tu dis », sont plus rares. Avec Carnet du Pérou j’ai envie d’en parler et d’en reparler, tout con de m’être fait eu comme un bleu par l’auteur 😛

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  2. mokamilla dit :

    Mon libraire adoré en avait fait un de ses coups de coeur il me semble. Présenté lors de nos bulles du lundi l’année dernière.

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    • Lunch dit :

      Alors chez vous c’est champagne le lundi si j’ai bien compris ? 🙂

      Je peux pas contredire ton libraire, c’est aussi un coup de cœur pour moi : j’ai aimé me faire prendre au piège (sûrement un petit côté masochiste refoulé ^^).

      Aimé par 1 personne

  3. […] dessins et l’histoire de Celui qui n’existait plus. Lunch et Badelel nous proposent un Carnet de voyage au Pérou par Fabcaro, auteur humour. Leonard et Salaï tome 1, c’est un des titres qui a séduit […]

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  4. […] au désir de départ vers une terre inconnue, tout était là. Puis, nous avons ouvert le livre. Lunch était pris dans ce tourbillon entre croquis en bichromie noir/bleu, happé par ces récits loin de […]

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  5. […] Ils en parlent également : David, Mo’, Lunch […]

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  6. […] la bluffante lecture de Carnet du Pérou, pour moi qui ne connaissais pas encore le sarcasme décapant de Fabcaro, l’envie était […]

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