Paul #1 : Paul à la campagne

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17 décembre 2014 par Lunch

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Lunch

Lunch

Vous l’avez déjà ressenti, nous l’avons tous ressenti, cet air de vacances, ce retour à la terre dans les méandres de nos souvenirs d’antan.
Paul, sa femme et la rande Rose qui n’est plus un bébé cheminent sur la longue route qui les mènent à la maison familiale. Le temps qui passe et les paysages qui défilent sont propice à la rêverie et déjà la mémoire joue son rôle de faiseur d’histoires, surgies d’une époque où Paul était encore minot… La spacieuse Oldsmobile 98, les plongeons Jack Knife dans le lac-à-Jean, les bibelots de tante Janette, la carabine à plomb, Alain… Alain !

Au commencement…

Michel Rabagliati l’écrit dans la préface de cette superbe édition 15ème anniversaire de Paul à la campagne : faire de la bande dessinée (et en vivre) était un doux rêve qu’il avait abandonné en entrant dans l’âge adulte. Il s’était consacré à son travail d’illustration, reléguant la BD au second plan (voire plus). C’est sa rencontre avec Luc Giard (connu pour ses détournements de Tintin) qui lui a permis de renouer avec cette vieille passion et de croiser la route d’autres auteurs. De fils en aiguilles, découvrant l’essor des « romans graphiques », Michel Rabagliati se mit à tuer le temps entre deux commandes graphiques : Paul était né, inspiré d’une vieille photo de lui à 3 ans, jouant avec son ami Denis… Pauvre Denis !

« Nous habitions un pâté de maisons absolument génial pour les enfants : cinq grands blocs d’appartements avec une immense cour commune. Un terrain de jeu formidable !
Comme les logements avaient vue sur la cour, les parents gardaient un œil sur nos jeux.
C’est dans cette cour et dans cette atmosphère de fête qu’Alain et moi avons passé notre petite enfance.
 »

Ce projet, qui était au départ voué à rester personnel, s’est retrouvé publié chez un tout nouvel éditeur québécois. Nous sommes en 1999 et les éditions de la Pastèque font leurs premiers pas dans le monde de la bande dessinée, marchant sur les traces des éditeurs français tels que L’association, Rackham, Atrabile ou Six pieds sous terre… Les travaux de Michel Rabagliati les enthousiasment d’emblée mais le père de Paul à la campagne souhaite peaufiner son récit et surtout augmenter une pagination qu’il trouve trop faible (28 planches). Il crée alors Paul apprenti typographe, récit qui nous emmène à la découverte du travail de son père et de son impressionnante « machine à écrire ». La Lynotype nous semble aujourd’hui sortie d’un autre temps, presque de la science-fiction, elle a pourtant fait les beaux jours de la presse mondiale sur toute la première moitié du 20ème siècle…

« WOW ! C’est quoi ça ???
_ Ça mon fils, c’est une des plus belles machines jamais conçues par l’homme : la Linotype ! La machine à composer ! Une merveille d’ingénierie !
 »

Paul à la Campagne, fort de ces deux souvenirs intimistes, est un album un peu à part. Il est surtout le premier d’une belle série qui se poursuit toujours à l’heure actuelle et qui à su séduire des milliers de lecteurs.

Sympathique nostalgie

Le premier des deux récits est un condensé de souvenirs. Il lui manque de fait un peu de liant mais il éveille néanmoins chez nous un parfum de nostalgie sympathique. Car ces instantanés de la jeunesse de Paul/Rabagliati sont à peu près similaires à ce que pourraient être les nôtres. Ce petit côté rétro deviendra vite une marque de fabrique puisque l’auteur se plaît à nous engoncer dans le passé, dans ses aspects les plus insolites ou oubliés. Il crée aussi une relation intimiste qui nous séduit et nous rapproche.
Le second récit, bien que plus court, est une histoire à part entière et une belle aventure dans tout ce qu’elle a de mémorable (pour Paul) et d’incroyable (pour nous).

J’ai été touché par la simplicité du texte, par le dépaysement que nous procure le langage québécois aussi. Il paraît que les albums se bonifient par la suite. Ça ne m’étonne pas et j’aimerai bien les découvrir. On ressent vraiment, et c’est d’autant plus le cas dans Paul apprenti typographe, que l’auteur a pris du plaisir à donner vie à son scénario. Probablement autant que nous à le découvrir !

15 ans après

Lorsque je suis tombé sur cette belle édition 15ème anniversaire de Paul à la campagne, je me suis dit que je n’avais plus aucune excuse pour ne pas découvrir la série.
Le livre, dans un format géant à couverture cartonnée, est d’une finition remarquable et met l’eau à la bouche. À l’intérieur, c’est terriblement plaisant de lire ces grandes planches colorées (par Catherine Drolet, les albums de Paul ne sont pas colorisés normalement) qui mettent bien en valeur la ligne claire de Michel Rabagliati.

Pour ceux qui l’auraient loupé, il existe une nouvelle émission sur la bande dessinée diffusée au Québec depuis quelques mois. La première présentait justement le travail de Michel Rabagliati et était très intéressante.
On peut encore visionner quelques extraits sur le site de BD QC. Et je vous conseille fortement de les visionner !

 

Badelel

Badelel

Derrière sa police toute ronde et son titre typé « Martine à la ferme », la série des Paul de Rabagliati cache des fictions autobiographiques bien plus adultes qu’il n’y paraît et extrêmement émouvantes.

Comme je fais toujours les choses à l’endroit, j’ai pour ma part commencé la série par le tome 2, Paul a un job d’été. Cette découverte du premier tome a donc tendance à prendre la forme d’un exercice comparatif dont je vais tenter de m’affranchir ici, promis.

Michel Rabagliati n’a pas vraiment fait exprès de tomber dans la BD, pourtant il est considéré comme l’un des fer de lance de la bande dessinée québécoise. Initialement graphiste, il a rédigé Paul à la campagne comme on joue de la flûte à bec (c’est lui qui le dit en intro de cette sublime édition 15° anniversaire dont je vous reparlerai plus loin). Il connait aujourd’hui un succès d’estime après avoir poursuivi les aventures de Paul, son alter ego de papier.

Parallèle entre les souvenirs de jeunesse et le recul de l’adulte, Paul a un arrière goût nostalgique tout en mettant en exergue les erreurs et les bêtises passées, de celles dont on se souvient en rougissant de sa propre idiotie ou de celles dont on se souvient en se disant « mince, j’aurais pu y laisser la peau ce jour-là ». Il ne s’agit donc pas de situations aventureuses et excitantes, mais d’un vécu qui touche plus à l’émotion et à la sensibilité. On parle de chose que tout adulte souvient avoir vécu à l’adolescence : la désobéissance, les premières amours, tout ça tout ça.

Ces histoires gagnent encore en authenticité quand une photo vient les clore.

On plonge dans un décor typiquement américain : les vastes forêts, les plans d’eau sur lesquels on va pêcher, un rapport à la nature si particulier… Avec en plus un parler authentiquement québécois, on s’enfonce littéralement dans ces ambiances si caractéristiques d’Outre-Atlantique.

Ce premier opus regroupe deux histoires courtes là où les autres titres font une histoire complète. Ce format est dû au fait que Michel Rabagliati n’avait aucune prétention à l’édition lorsqu’il a écrit Paul à la campagne. Lorsque La Pastèque a manifesté son intérêt, l’auteur s’est empressé d’y ajouter l’anecdote complémentaire correspondant à Paul apprenti typographe. De fait, Paul à la campagne gagne en spontanéité là où les suivants gagnent en maturité

Comme je disais plus haut, nous avons chez nous une édition spéciale juste superbe. Deux fois plus grande qu’un Paul classique, en couleur, papier épais, explications de la naissance par l’auteur : soyons honnête, La Pastèque ne s’est pas fichu de nous ! Mais finalement, je trouve presque dommage l’ajout de couleurs alors que le noir et blanc normalement utilisé par Rabagliati semblent ancrer les souvenirs dans le passé.

D’autres avis : Champi, David, Mitchul, Mo’, Yaneck
Paul #1 : Paul à la campagne (édition 15ème anniversaire)
Scénario : Michel Rabagliati
Dessin : Michel Rabagliati
Couleurs : Catherine Drolet
Édition : La pastèque 2013 (1° édition 1999)
Le site de Michel Rabagliati.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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8 réflexions sur “Paul #1 : Paul à la campagne

  1. Welcome on wordpress! ^^
    Bienvenus officiellement sur la blogosphère.

    Et excellent choix de chronique. Paul, c’est bin du plaisir ^^

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  2. Lunch dit :

    Le blog n’est pas encore officiellement ouvert, on veut d’abord tout peaufiner et bien tout compléter avant. Mais oui, c’est très agréable d’écrire sur cette plateforme, je commençais à en avoir marre du code à chaque import !

    Paul m’a laissé une belle impression personnellement. Du plaisir, de la nostalgie et un incroyable sens de l’écriture : c’est pas évident de donner autant de technique en quelques bulles (cf l’apprenti typographe) et Rabagliati ne nous noie pas pour autant : mieux, il nous intéresse ! Et j’ai vraiment trouvé ça génial.

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  3. Nico dit :

    Salut !

    Bienvenue et joli blog ! J’espère que vous vous plairez dans ce nouveau monde 🙂 Bel article sur Paul aussi. A bientôt ^^

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    • Badelel dit :

      Merci Nico !
      Wordpress est déjà maîtrisé globalement, il s’agit surtout retrouver des repères sur une organisation très différente de ce qu’était Ben Dis. Beaucoup plus fluide et beaucoup plus clair certes, mais aussi moins personnalisé. On essaie de trouver des parades à ce qui nous manque mais je crois qu’on s’en sort assez bien. Par contre beaucoup de boulot (pour Lunch surtout j’avoue ^^) pour tout transférer manuellement, puis mettre à jour les liens sur K.BD et sur le fichier récap…….

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  4. […] Ce va-et-vient éditorial fait directement écho au procédé narratif de Paul à la campagne : « On oscille en permanence entre passé et présent. On […] voit [le héros] tour à tour enfant, adolescent ou adulte, au gré de l’anecdote qu’il souhaite aborder » (Mo’), « l’auteur jongle avec les va-et-vient de la mémoire et de l’histoire comme on se laisserait porter par un rêve éveillé » (Champi), « la mémoire joue son rôle de faiseur d’histoires, surgies d’une époque où Paul était encore minot. » (Lunch) […]

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  5. Mo' dit :

    Mais c’est tout beau ici !!
    Je ne sais pas combien de malheureux vous faites travailler dans votre petit atelier de chroniques mais il y a une sacré activité ici, à en croire les pings qui arrivent 😀
    Il va falloir prendre la crémaillère de ce nouveau blog en tout cas.
    Quoiqu’il en soit, tous mes vœux à vous pour cette nouvelle année 😉

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    • Lunch dit :

      Désolé pour les pings intempestifs ^^
      Et encore, ça ne concerne que les liens depuis 2013, avant on ne liais pas à d’autres chroniques ^^

      Aujourd’hui je viens de terminer les BD jusqu’à la lettre O. Il en reste encore pas mal mais ça avance. Les albums (il y en avait peu) sont faits à 100% et les dédicaces sont en cours mais il en reste pas loin de 200.
      Après il y aura tous (ou pas d’ailleurs) les articles annexes de notre page d’accueil, ainsi que les catégories art-books, art-page et divers coups de gueules… bref, encore pas mal de taf ici ^^

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    • Badelel dit :

      Lunch tout seul ça marche pas mal je trouve !

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