Les nouvelles aventures du Chat Botté #1 : La montagne en marche

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30 septembre 2014 par Lunch

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Lunch

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Charles Perrault s’était en son temps inspiré du conte de Giovanni Francesco Straparola : La chatte de Constantin le fortuné (1553) pour écrire son Maître chat (1695 dans sa première version). Nancy Peña, fervente admiratrice de ces félins de tous poils, a elle-même puisé dans les Contes de ma mère l’Oye pour créer de nouvelles aventures au Chat botté !
Le voilà donc qui enfile de nouveau ses cuissardes et son chapeau (assorti de sa plume d’autruche qui met en appétit) pour s’en aller défier les montagnes. Après tout, chat rusé ne craint rien, aussi grand soit le défi !

Une suite audacieuse

L’ogre, l’âne, les souris, le lion, le Roi… sans oublier bien sûr le Chat Botté, Nancy Peña a repris la plupart des éléments propres à l’œuvre de Perrault (à part le Marquis de Carabas). Partant du principe que le chat vit sa vie et qu’il peut bien en avoir neuf, elle mélange tous les ingrédients et cuisine une suite à sa sauce à partir d’une idée toute bête : la montagne veut la peau du chat ! Pourquoi donc me direz-vous ?
« Parce que les montagnes accouchent parfois d’une souris ! » Et on sait bien que Maître chat a goulûment dévoré l’ogre transformé en rongeur dans la précédente aventure…

L’auteure use d’une répartie cinglante et joue sur les mots tout en développant un récit littéraire qui ravigote nos souvenirs d’enfants. Un écrit à la croisée des chemins entre le 17ème siècle et le contemporain, colportant un parfum d’aventure et somme toute beaucoup d’humour.

« Et il faut que j’aille jusqu’à la fin du livre pour trouver son adresse !
Si encore on me donnait des missions page 29…
 »

Ce genre de citation prête à sourire (et il n’est pas le seul), d’autant plus quand on sait que le livre en question comporte justement 29 planches. Nancy Peña s’amuse avec son medium et interagit avec ses protagonistes de papier. Dire que j’apprécie serait un faible mot !

Une forme de « néo-archaïsme »

Pour illustrer son conte, l’auteure a choisi sa plus belle plume et a opté pour un style qui s’apparente à du classicisme : l’idée de se rapprocher des gravures d’autrefois compte d’autant plus dans l’immersion et l’usage du noir et blanc, tout juste rehaussé par des trames noires ou grises pour situer les ombres, est contrebalancé par une narration fluide (textes, découpage, mise en scène).
Là encore nous retrouvons cette ambivalence entre l’ancien et le moderne… ce qui n’est pas déplaisant pour un sou !

Avis aux amateurs de belles histoires, Les nouvelles aventures du Chat Botté s’étalent sur 3 tomes, tous aussi petits (en taille et en prix) les uns que les autres. Mais vous savez bien que ce n’est pas la taille qui compte…

« Je ne vous en dis pas plus parce que l’auteure – maudite soit-elle – aime que je préserve le suspense ! »

Badelel

Badelel

Selon André Vial, le conte est un « récit qui atteste de la part de l’écrivain l’intention d’isoler dans la multitude des traits qui constituent un événement ou le destin d’une personne, un élément et de déblayer au profit de cet élément unique » (merci Wikipedia). Par exemple, dans le Chat Botté, Perrault raconte comment un matou improbable fait d’un fils de meunier sans le sou un riche marquis et gendre du roi. L’histoire s’arrête là, et c’est ici qu’intervient Nancy Peña.

Puisque « Charles » – comme le nomme si familièrement le héros de notre histoire – se contente de l’introduction, le Maître Chat et Nancy Peña s’associent pour développer la suite. On s’éloigne certes donc du format du conte, mais pas seulement sur ce point. L’univers devient plus abracadabrant et intègre moult figures animales, si bien que la morale aidant, on se rapproche plus de la fable. L’univers et le rocambolesque n’ont ici rien à envier à La Fontaine (on s’immisce d’ailleurs dans son univers)… et Perrault peut ranger sa plume là où il le voudra !

L’histoire est brève : une trentaine de planches suffisent à faire le tour de cette nouvelle (més)aventure du célèbre matou et elle suffit bien ! Notre félin élabore ici des plans tellement capillotractés et tellement bancals qu’on apprécie ce format court qui éloigne le risque de perdre définitivement le lecteur. Ceci permet en outre de garder l’esprit du conte initial : le récit de Perrault est bouclé en quatre pages.

Mais le charme de cette petite BD ne s’arrête pas là. D’abord le caractère de notre héros s’est frotté à Nancy Peña et il n’en est pas sorti indemne. Le fripon a pris ses aises après ses premiers succès, il s’est enhardi si bien que sa taquinerie se retourne contre lui. Devenu particulièrement gourmand, il use de toute sa malice pour parvenir (ou pas) à ses fins. Perrault a laissé de lui l’image d’un malin un peu altruiste (il s’est bien occupé de son maître, même s’il escomptait surtout d’échapper à son assiette) et particulièrement habile. On le retrouve ici trop retors pour s’en sortir indemne et on apprécie de le voir si bien malmené.

L’auteure s’amuse en plus à établir un jeu entre ses personnages, le lecteur et elle : « Je n’entends rien à cette histoire, mais gage que nous la devons, comme d’habitude, à l’auteure. Quel fléau que cette donzelle ! »
La distance qui sépare habituellement la fiction de la réalité est estompée, le lecteur est pris à partie malgré lui et l’auteure s’immisce dans le récit pour mieux fiche le bazar !

Et comme si ça ne suffisait pas pour rendre l’ensemble suffisamment farfelu, la construction de la page est complètement… déconstruite. Selon les moments du récits et les besoins, on pourra trouver des cases, ou non, cernées de telle façon, ou de telle autre. On trouvera des doubles pages sur lesquelles évoluent les personnages en multiples exemplaires sur un trajet en rase campagne ou 13 cases dans une seule page alors qu’on est dans un espace confiné. La construction est ici complètement au service du récit, accompagnée d’un dessin à la plume qui n’est pas sans rappeler Gustave Doré et tout en courbes et en mouvements qui souligne le côté imbécile des protagonistes et de l’histoire.

Un autre avis : Mo’
À lire aussi : le conte original (1697)
Les nouvelles aventures du Chat Botté #1 : La montagne en marche
Scénario : Nancy Peña
Dessin : Nancy Peña
Édition : 6 pieds sous terre 2006
Le blog de Nancy Peña.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Les nouvelles aventures du Chat Botté #1 : La montagne en marche

  1. […] auteure de nombreux albums (la plupart aux éditions La boîte à bulles : Le chat du kimono, Les nouvelles aventures du chat botté…), pour le découpage et la transposition du mythe en bande dessinée. Un support que la […]

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