Temudjin #1

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21 août 2014 par Lunch

Lunch

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Qui ne connaît pas l’impitoyable Gengis Khan, né Temüdjin (« le plus fin acier »), unifiant au XIIème siècle le peuple mongol par voie de politique et surtout de conquêtes ? Sanguinaire pour les uns, légende pour les autres, il est et restera le fondateur du plus grand Empire de tous les temps.
Sa vie, comme celle de la plupart des plus grands, est nimbée de mystères. On lui prête d’avoir comme ancêtre un loup bleu (Börte Cino), une biche fauve (Qo’ai Maral) et même une femme fécondée par un rayon de soleil (Alan Qo’a)…

« Là où vous avez passé votre temps à diviser pour régner, lui unira pour vous renverser. »

L’histoire de Temudjin prend source quelques décennies plus tard lorsqu’un enfant naît au sein d’une tribu mongole. Le nouveau-né pousse son premier cri alors que sa mère rend son dernier souffle, persuadée (elle l’a vu en songe) qu’elle donne naissance au sauveur de tout un peuple contre la tyrannie des puissants.
Temudjin – c’est le nom qui lui est donné – inscrit ses pas dans ceux de l’ancien Temüdjin. Enfanté d’une femme portant le même nom que la génitrice de son aïeul et d’un loup bleu, né le poing serré autour d’un caillot de sang (signe de grand chef), il porte en lui une part de la légende du grand Khan.
Nul ne peut affirmer que son destin sera similaire sinon ses grandes prédispositions au shamanisme et les prédictions de son père adoptif Ozbeg, mais il en prend le chemin lorsqu’il combat un ours à mains nues… le début d’une grande aventure, l’éclosion d’un homme hors du commun : Temudjin mêle le monde des esprits à l’Histoire et prend un parfum de légende.

Une équipe qui marche

Les éditions Daniel Maghen sont connues pour publier peu de titres mais pour les faire bien. Comme toujours ils savent choisir leurs équipes d’auteurs pour n’en garder que le meilleur : du beau tout d’abord (Daniel Maghen est une galerie d’art en premier lieu) mais surtout du beau avec du fond, deux conditions propices à la conception de bonnes bande dessinées mais qui ne sont pas toujours réunies.
Temudjin forme une belle osmose du fond et de la forme.

Antoine Ozanam n’est pas un inconnu dans le petit monde du 9ème art, dans lequel il gravite depuis plus de 10 ans maintenant (Le roi banal, Klaw, Succombe qui doit…). Ses récits bien construits et sa grande productivité font de lui l’un des scénaristes en vogue de ces dernières années avec Wilfrid Lupano ou encore Zidrou.
Antoine Carrion n’en est pas non plus à ses premières griffes mais il demeure plus discret. Il s’est précédemment fait remarquer sur No pasaran (avec Christian Lehmann) et officiait avant ça, pour ceux qui avaient l’œil, sous le pseudonyme de Tentacle Eye
Ces deux-là n’en sont pas de fait à leur première collaboration ensemble (Le chant des sabres, L’amourir, L’ombre blanche).

Graine de promesses

Le « style Carrion » dégage une aura de mysticisme parfaite pour cette histoire-là. L’une des grandes forces de l’album réside surtout, à mon sens, dans le choix des cadrages et dans ces paysages sauvages et reposants à la fois. La colorisation, oscillant entre le bleu-gris du monde onirique et les teintes plus terre à terre de la vie réelle, est un autre de ces points forts.
Je reste intimement convaincu qu’Antoine Carrion a encore une belle marge de progression dans son trait, encore un peu gras et par moments un peu brouillon. Certaines scènes sont en revanche très travaillées et retiennent toute notre attention, notamment dans la matérialisation des esprits qui prend tout son sens dans son utilisation du blanc.
C’est déjà beau et c’est surtout très prometteur pour la suite.

« Ce soir, c’est donc un homme complet. Mais aussi un homme triste. Il a peur. Il ne veut en aucun cas continuer à marcher dans les traces de l’autre Gengis Khan. Pour rire, il dit qu’il a de plus grand pieds et que les traces sont mal ajustées. Mais la raison est évidemment ailleurs. »

La suite justement, elle n’était pas forcément prévue à l’issue de cette histoire. Le tome s’achève avec l’avènement de l’homme, dépucelé de son enfance et prêt à assumer le rôle de sa vie. Les auteurs ont choisi de narrer son devenir sous la forme de quelques pages manuscrites accompagnées de dessins préparatoires. Une façon surprenante mais très poétique de dire au revoir au personnage

Il est aujourd’hui question d’un second volet des aventures du nouveau Temudjin, l’éditeur ayant souhaité une suite et Antoine Ozanam ayant concédé avoir encore des choses à développer dans cet univers-là.
Pas mal de travail à venir mais pour les lecteurs tardifs comme moi, la perspective d’apercevoir l’album début 2015 nous permettra d’attendre sagement.

Badelel

Badelel

La galerie Maghen est initialement une galerie d’exposition de bande dessinée où se vendent et s’exposent les dessins originaux des plus grands auteurs du Neuvième Art. Dès lors, on se doute bien que lorsque Daniel Maghen se lance dans l’édition, la démarche n’est pas anodine. Et en effet, on voit débarquer sur le marché de la BD des œuvres littéralement graphiques. Inutile de dire que Temudjin ne fait pas exception.

La première chose qui accroche l’attention du bédéphile, c’est une approche à la fois très originale et très sensible des couleurs. Quoique l’ensemble soient intégralement créé à l’informatique, du dessin à la couleur, ça n’a rien d’impersonnel. Au contraire Carrion utilise cet outil avec une telle maîtrise et explore ses possibilités avec une tel aboutissement que Photoshop trouve autant (voire plus) sa légitimité que le ton direct. Il joue avec les effets et les contrastes, ose les teintes et les couleurs, si bien que le résultat est époustouflant, mêlant des univers graphiques et colorés différents pour relier le monde « réel », l’Entre-Monde, l’imaginaire… On en prend plein les mirettes !

Inutile de s’attendre à trouver ici le récit de la vie de Gengis Khan, ce Temudjin est bien différent. Nommé ainsi en référence à son auguste modèle car comme lui, il est appelé à rassembler le peuple mongol, son chemin est bien différent. Fils du Loup Bleu comme Gengis Khan, il est initié au chamanisme plutôt qu’à la maîtrise des armes. Le Temudjin que nous suivons dans cette BD porte en lui la voix de la légende et il la porte bien. L’univers est fantastique, presque mythologique. Tout le long, il n’a aucun choix, il est lié à sa destinée malgré lui. Mais ce choix, il le fait quoi qu’il en soit. Ce faisant, il amène une philosophie au scénario, témoignant qu’on a toujours le choix de sa vie, que la prédestination peut toujours être transgressée.

Pour autant, à l’instar du célèbre Khan, ce Temudjin nous fait voyager dans les steppes de Mongolie. Nous y vivons au rythme des images d’Épinal : les tribus, les yourtes, les yacks et les paysages arides. La ressemblance entre ce Temudjin et son prédécesseur est finalement assez proche. Leurs destinées sont tellement similaires qu’on pourrait associer cet album à la jeunesse de Gengis Khan…

D’autres avis : Livr0ns-n0us, Yvan, Fab Silver
Temudjin #1
Scénario : Antoine Ozanam
Dessin : Antoine Carrion
Édition : Daniel Maghen 2013
L’interview des auteurs par Zaelle.
Le blog d’Antoine Ozanam.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

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