La nouvelle île au trésor – Shintakarajima

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31 juillet 2014 par Lunch

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Lunch

En 1881 paraissaient les premiers épisodes de L’île au trésor dans le magazine anglais Young Folks. Robert Louis Stevenson revenait alors tout juste de sa folle escapade vers le nouveau monde, plus précisément en Californie pour rejoindre sa promise : une traversée qui a forgé son mental d’homme et d’écrivain.
Bien des années plus tard, en 1934, la première adaptation de L’île au trésor voit le jour au cinéma, réalisée par Victor Fleming.
Puis vient celle de Shichima Sakai et Osamu Tezuka en 1947, très librement remaniée par rapport à l’édition originale, empruntant à la fois des codes de la science-fiction et des figures disneyennes.

L’essence de l’œuvre reste entière : la découverte d’une carte au trésor, promesse d’incroyables aventures sur fond de piraterie.

Œuvre fondatrice du Maître

Shichima Sakai est rédacteur en chef dans la petite revue Hello manga lorsqu’il fait la rencontre du jeune Osamu Tezuka. Celui-ci n’a pas encore 20 ans et s’apprête déjà à entrer dans l’Histoire…
Tezuka n’a alors qu’une seule série à son actif, un yonkoma (la dénomination japonaise pour les strips) paru en 1946 : Le journal de Mâ-chan. Mais il a également dans ses cartons quelques œuvres non publiées de plusieurs centaines de planches. C’est en les voyant que Sakai décide de lui proposer un synopsis d’une vingtaine de pages : La nouvelle île au trésor

Tezuka construit le scénario et propose une première version de près de 250 pages à Sakai. Ce dernier, qui juge l’histoire trop longue, réduit le format, retravaille les dialogues et redessine quelques cases pour aboutir au projet final de 192 pages publié en 1947.

Il faut savoir qu’en cette période d’après guerre la reconstruction touche tous les secteurs d’activité. Les japonais recherchent le divertissement dans les akahon, des histoires bon marché, souvent courtes et de piètre qualité, qui sont vendues hors du circuit de diffusion classique (foires, salons, marchands de bonbons…).
Shintakarajima (le titre japonais) sort du lot car c’est un récit long (malgré le raccourcissement) et très chronophotographique, influencé par le cinéma et Disney en premier lieu. L’histoire est rapidement vendue en parallèle en kiosque et en librairie pour atteindre un tirage astronomique de 400 000 exemplaires en quelques mois seulement. Une consécration pour le jeune mangaka dont la brillante carrière ne fait que débuter.

Lorsqu’il lui a été proposé de rééditer Shintakarajima bien des années plus tard, Osamu Tezuka ne voulait pas de cette version de 1947 qu’il considérait comme datée. De plus, les planches originales avaient été perdues et il fallait procéder par une technique de décalquage (kakihan) dont le rendu était aléatoire… L’auteur a donc préféré retravailler son œuvre de jeunesse et tout redessiner en tentant de mémoire de reconstituer sa trame originelle, c’est à dire avant la coupe d’une soixantaine de planches. C’est cette version de 1984 qui est la plus connue et qui est ici éditée en France.

Il est aujourd’hui difficile de dire quelle aurait été La nouvelle île au trésor sans les modifications de Shichima Sakai, ni quelle est la part d’implication de chacun des auteurs dans le projet.

L’histoire de 1947 a depuis été rééditée au Japon, en 2009, un excellent moyen de comparaison pour ceux qui auront la chance de se procurer les deux versions.

Shintakarajima

« Dites, Capitaine, ce ne serait pas une carte au trésor, par hasard ? »

Tous ceux qui ont vécu l’avènement de cette œuvre s’accordent à dire qu’elle les a marqué durablement. C’est le cas de grands auteurs comme Shôtarô Ishinomori (dont le dessin est très proche de celui de Tezuka), de Leiji Matsumoto (Albator) ou du duo Fujiko Fujio (Doreamon).
Car Osamu Tezuka fonde les bases de son propre style dans Shintakarajima. On aperçoit déjà les grands yeux caractéristiques et autres signes distinctifs du visage (nez, moustache…) ainsi qu’une souplesse dans le cadrage qui le rend vivant (avec déjà des cases qui se répondent l’une à l’autre). Bien sûr aujourd’hui ces techniques sont légion et un tel manga lu de nos jours n’a pas la même force qu’il avait autrefois, d’autant plus si on s’en réfère à son découpage de 4 cases par planche classique et redondant. Il est cependant intéressant de noter à quel point une œuvre peut être fondatrice.

Osamu Tezuka a eu la chance d’avoir un père suffisamment riche pour posséder un vidéoprojecteur. C’est ainsi qu’il s’est forgé une bonne culture cinématographique, de Chaplin à Disney. Cette influence se retrouve très tôt dans ses œuvres et Shintakarajima n’échappe pas à la règle : on y retrouve beaucoup d’humour et une bonne dose de féerie « à la Disney ».

En bref, La nouvelle île au trésor n’est certainement pas un chef d’œuvre contemporain mais il a très certainement plus sa place dans la surproduction récente que la plupart des publications actuelles.
Il s’agit en tout cas d’un livre essentiel dans son approche historique du manga.
J’enjoins ceux qui souhaitent approfondir le sujet à lire l’excellente postface de Xavier Hébert, riche et passionnante à la fois.

La nouvelle île au trésor – Shintakarajima (One shot)
Œuvre originale (Roman) : Robert Louis Stevenson
Scénario : Shichima Sakai
Dessin : Osamu Tezuka
Édition : Isan Manga 2014
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

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