Médée #1 : L’ombre d’Hécate

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9 juillet 2014 par Lunch

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Lunch

« N’aie pas peur, vieille carne : c’est la dernière épreuve. Elle sera pénible, c’est sûr, mais la vieillesse t’a rendue coriace. N’aie pas peur. Ce sera comme le reste, tu iras jusqu’au bout. »

Désormais seule sur une île moribonde, Médée n’est plus que le reflet de ce qu’elle était dans sa prime jeunesse. Ses rêves se sont envolés bien vite, lorsqu’elle comprit que la vie ne se préoccupait pas de préserver l’innocence… Il est temps de refermer la boucle et de retranscrire l’histoire, son histoire, celle qui a fait d’elle un mythe, qui l’a façonnée en monstre.
Elle qui n’est plus qu’une vieille peau fripée sur un corps malingre, elle doit encore accomplir une ultime épreuve : accepter la sentence qu’elle n’a que trop dispensée…

Fort de ce préambule significatif d’un lourd passif à porter, la prêtresse d’Hécate va nous emporter dans une mise en abîme vers le récit de ses jeunes années.
C’est ainsi que nous retrouvons une petite fille pleine de vie, dynamique et insouciante, à l’aube de sa puberté. Médée a tout pour elle, belle et intelligente, elle est la fierté de son père, Aiétès.
Aiétès, Roi de Colchide et père de 3 enfants (Calcioppé, Médée et Absystos), initie bien tôt sa favorite aux secrets de l’érudition, de la littérature à la médecine, avant de lui ouvrir les portes des mystères d’Hécate. En tant que fils, Absyrtos est voué à monter sur le trône après lui. Hél(l)as (hum…), ce dernier est rongé par d’inexplicables crises de folie…

« Mon laideron de fille aînée a pondu sans effort deux paires de jumeaux en deux ans. Quatre garçons !
Et moi, le souverain d’un royaume opulent, moi que tout le monde craint et respecte, il m’a fallu attendre dix-huit ans. Dix-huit années durant lesquelles je n’ai cessé de prier les dieux pour qu’ils m’accordent un héritier.
Lorsqu’il m’exaucent enfin, c’est pour me donner un fils malingre et débile.
 »

Une interprétation sombre…

Blandine Le Callet effectue ses premiers pas dans le monde de la bande dessinée après avoir acquis ses premières lettres de noblesse dans la littérature (auteure de 2 romans et d’un recueil de nouvelles). Enseignante en latin à l’université, elle poursuit également des recherches en philosophie et littérature sur la notion de monstruosité dans l’Antiquité. Des recherches qui l’ont finalement poussé à rencontrer le mythe de Médée.

Il y a fort à parier qu’elle ait su bénéficier de l’expérience de Nancy Peña, déjà auteure de nombreux albums (la plupart aux éditions La boîte à bulles : Le chat du kimono, Les nouvelles aventures du chat botté…), pour le découpage et la transposition du mythe en bande dessinée. Un support que la scénariste maîtrisait peut-être moins mais qu’elle a, selon les dires de la dessinatrice, très vite appréhendé.

Il en découle un récit fluide et documenté, fruit de l’interprétation (sensée être) véritable de l’histoire de Médée.
En citant dans la postface les noms d’Euripide, Apollonios de Rhodes, Valerius Flaccus, Ovide et Sénèque et en ne mentionnant pas par exemple le nom de Christa Wolf ou la venue de la prêtresse à Éleusis, Blandine Le Callet écarte d’emblée la thèse d’une Médée accusée à tord et assoie le mythe (le plus répandu) de la sorcière cruelle et sanguinaire.

Sur les traces de la Toison d’Or !

Le premier tome qui pose les bases d’une vie paisible en Colchique, où Médée mène une enfance heureuse.
La suite de l’aventure devrait sonner la venue des Argonautes et le début des problèmes, nous embarquant par la même dans la fabuleuse conquête de la Toison d’Or.

Les auteures ont fait de ce préambule au mythe, plutôt extrapolé du fait de son essence en tant que genèse, un cocon où Médée nous apparaît comme innocente, charmante, agréable…
Les événements précédant l’arrivée de Jason, décrits dans ce tome 1, tendent à construire la personnalité de celle qui deviendra par la suite une prêtresse à la sinistre renommée. Une amorce toute en douceur qui n’aurait pas eu la même force si le dessin n’avait pas été en bonne osmose avec le scénario.

Nancy Peña excelle à donner un caractère enfantin à la jeune fille, tout autant qu’à l’affubler d’expressions plus tristes lorsqu’elle subit les contrecoups de l’existence et plus matures au fur et à mesure qu’elle apprend… J’ai hâte de découvrir la Médée amoureuse et, plus tard, la Médée plus acerbe qu’elle deviendra par la force des choses.

Parfois poétique parfois sombre, le rythme de ce premier tome oscille entre bonheurs innocents et secrets nocturnes.
La tragédie grecque pose toujours d’excellentes bases, riches et dramatiques. Reste tout un mythe à développer : affaire à suivre !

J’ai le plaisir de partager cette lecture avec Mo’ pour son grand retour sur la toile. Cela fait quelques temps que mon écrit est prêt mais je ne pouvais pas envisager de le publier sans elle, grande admiratrice du travail de Nancy Peña s’il est besoin de le signaler.
Courrez vite lire son avis !

D’autres avis encore pour approfondir : Yvan, David Fournol, Moka, Fab Silver
Médée #1 : L’ombre d’Hécate
Scénario : Blandine Le Callet
Dessin : Nancy Peña
Édition : Casterman 2013
Le blog de Nancy Peña.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Médée #1 : L’ombre d’Hécate

  1. Lunch dit :

    Par Mo le 09/07/2014 :

    On a eu un accueil assez proche sur cet album. Tu fais bien de rappeler qu’on démarre la lecture avec beaucoup de représentation sur le mythe de Médée. Comme toi, j’ai été sensible à cette approche que les auteures ont retenue : nous permettre de découvrir Médée enfant est tout à fait pertinent.
    J’ai hâte de tenir le tome 2 entre les mains ! 🙂

    Par Lunch le 09/07/2014 :

    Oui j’ai beaucoup aimé de départ d’histoire et j’ai hâte de lire et comprendre le changement de Médée au fil des albums et des années… c’est bien d’avoir voulu tisser un personnage depuis son enfance jusqu’à son mythe.

    C’est avec plaisir que je partage ton retour en tout cas, un très grand plaisir 🙂

    Par Noukette le 09/07/2014 :

    Très curieuse de découvrir l’adaptation de ce mythe en BD !

    Par mokamilla le 09/07/2014 :

    Je suis passionnée par ce personnage. J’essaie de lire tout ce que je trouve sur elle et cette BD est une réussite.

    Par Lunch le 09/07/2014 :

    Fonce Noukette, je suis sûr que ça te plaira 🙂

    Je n’ai pas la même passion que toi pour Médée Moka mais j’aime tout ce qui touche à la mythologie et d’autant plus lorsque c’est bien fait.
    J’ai pour ma part trouvé original et bienvenu de parler de l’origine de Médée : la construction de son personnage depuis l’enfance. Ça donne du corps et du cœur au personnage. Une très bonne idée !

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