La fille maudite du Capitaine Pirate #1

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3 mai 2014 par Lunch

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Lunch

Lunch

Les éditions de la Cerise se lancent des défis parfois, ils sont comme ça chez La Cerise ! Ils montent alors dans leur grand vaisseau et partent par delà les mers pour prêcher leur bonne parole auprès des américains.
C’est ainsi qu’ils font la rencontre – mais ils avaient dû en entendre parler avant, je les soupçonne d’être des personnes réfléchies – du génialissime Jeremy A. Bastian. Vous vous doutez bien qu’ils n’aient pas fait ce long voyage pour rien : les gens de La Cerise nous ont ramené en France une petite pépite, leur première acquisition de droits étrangers, La fille maudite du Capitaine Pirate !

« It’s all too rare that I see work that is truly original- and I almost never see work THIS original- Jeremy Bastian is a genius. »
Je ne suis pas sûr qu’une traduction soit nécessaire pour vous expliquer à quel point Mike Mignola, illustre créateur d’Hellboy, a apprécié.
D’ici à dire qu’ils ont tous bon goût il n’y a qu’un pas !

Et pourtant qui eut cru en 2010, alors que l’auteur se lançait dans une campagne de financement sur Kickstarter pour éditer un recueil de sa trilogie, que le succès serait aussi rapidement au rendez-vous et affolerait les compteurs, réunissant la somme nécessaire en seulement 2 jours.
Cursed pirate girl n’attendait que d’exister en volume relié… La version française ne lui est pas fidèle dans sa forme (le produit américain est plus petit, de la taille des originaux, et les bordures des pages sont ondulées façon parchemin) mais le fond reste le même : de toute beauté !

De la terre à la mer

« Aha ! Je suis la Fille Maudite du Capitaine Pirate !
Vos hommes et vous êtes perdus. Votre tyrannie touche à sa fin, votre Majesté.
 »

La fille maudite n’a pas de nom mais elle a un papa. Et pas n’importe quel papa puisqu’il s’agit de l’un des 5 Capitaines Pirates voguant sur les légendaires mers d’Omerta. Mené par son fidèle perroquet, qui ne la quitte plus depuis la malédiction jetée par une vieille sorcière, elle va brutalement quitter les plages de Port Elisabeth pour s’enfoncer dans le royaume sous-marin et partir à la recherche de son père.

La césure est frappante (elle coûte même un œil à la jeune fille) entre le monde très terre à terre de la Jamaïque et les oniriques mers d’Omerta. Alors que l’univers dépeint dans la première partie est exempt de pirates et paraît proche de l’idée qu’on se ferait de la vie sur l’île en 1728, le basculement par l’Obscurum per Obscurieux nous ouvre les portes d’un océan sous l’océan, bercé par l’incongruité propre aux rêves. Les monstres de tous poils y sont légion : êtres vivants défigurés par la vie au large, géants et nabots, animaux parlants, morts vivants… tout semble si surréaliste que le décalage n’en est que plus grand avec la fillette. Mais celle-ci n’a peur de rien, mue par son courage innocent et son ardeur à toute épreuve.

On pourrait crier à l’élucubration et faire le parallèle avec la vie fantasmée d’Apollonia. La fille maudite du Capitaine Pirate existe-t-elle autrement que par les contes épiques qu’elle se raconte et les poupées avec lesquelles elle joue ?
Nous en sauront d’avantage avec le second volet des aventures, dans lequel la fille du gouverneur devrait avoir plus d’importance (dixit l’auteur himself).

Doré à souhait

Parlons-en de l’auteur justement !
À en juger par son seul talent graphique Jeremy Bastian est un prodige ! Ses planches présentent un dessin précieux : ça grouille de vie, ça fourmille dans tous les sens. Chaque case, riche en détails, est l’objet d’un travail d’orfèvre dans un style proche de la gravure et qui n’a rien à envier aux maîtres du genre (on pense bien sûr à Gustave Doré). Ce n’est pas seulement du remplissage, l’utilisation de vues globales lui permet aussi de montrer plusieurs actions sur un même espace scénique élargi. Une merveille graphique !

Et quand on sait que les originaux sont plus petits que le format du livre édité (et qu’il travaille au pinceau !), ça laisse pantois…

Notons toutefois que les traits sont plus gras au début et qu’ils s’affinent au fil de l’ouvrage. Si progression il y a (et puisque j’ai vu quelques originaux je peux vous le confirmer), le prochain tome promet d’être dantesque !

Un beau travail éditorial

Éditer cette bande dessinée en français n’a pas été une mince affaire et on peut citer l’incroyable travail de Guillaume Trouillard. Car s’il représente Les éditions de la Cerise, il est aussi à l’origine du lettrage de l’album dans la langue de Molière. Quand on connaît un tant soi peu son travail, ses dessins aux traits chancelant, on n’imagine pas qu’il puisse réaliser lui-même cette périlleuse retranscription. Il a prouvé par cette réussite mais aussi à travers son méticuleux Welcome qu’il était capable de belles prouesses (comme découper de minuscules formes sur du papier aluminium avec un grand ciseau par exemple ; et donc aussi de s’approprier une typologie étrangère tout un album durant).

J’entends également une farandole de louanges pour ce qui concerne la traduction de Patrick Marcel. Les amateurs de son travail (en bande dessinée comme en littérature SF et Fantasy) sont nombreux et ceux qui lisent les œuvres en VO devraient confirmer ces dires.
Comme je ne lis pas les versions originales, je me contenterai de cet éloge par procuration et du fait que j’ai bien aimé le nom Poivre d’As donné au perroquet (Pepper Dice en anglais).

Et pour finir je me dois de parler de l’objet car le livre est de belle facture : une couverture cartonnée atypique (tous les albums sont différents du fait de la texture utilisée) avec incrustation de texte en relief et unité artistique assurée par les illustrations de Jeremy Bastian ; papier de bon grammage très agréable à manipuler…
De plus, grâce à l’appui du Centre National du Livre dont la bande dessinée à bénéficié, elle ne coûte que 19 € !

Badelel

Badelel

Addendum du 23/07/2014

Dans un univers digne de Lewis Carroll et des dessins typiques des gravures de Gustave Doré, La fille Maudite du Capitaine Pirate est, comme son nom l’indique, une histoire de pirates. Mais une histoire de pirates bien atypique.
On y fréquente certes les bas-fonds des ports jamaïcains, mais on effleure seulement le genre pour placer l’intrigue dans le burlesque et l’imaginaire. On reste bien éloigné des grands combats navals. Non pas que le récit n’ait rien d’épique, au contraire, mais l’héroïne, grande gueule et petite taille, se faufile par les petites portes.

L’histoire elle-même n’apporte rien de bien créatif. Le style est sans doute inattendu pour le genre, mais la quête de notre héroïne n’est pas bien innovante, ni même son déroulement. L’histoire n’est finalement là que pour donner un prétexte à explorer cet univers farfelu, ce dessin terriblement minutieux et cette construction tellement inventive.

Pour autant il est assez difficile d’entrer dans l’histoire de prime abord. Le cerveau s’attarde à contempler la foultitude de détails. Les éléments – tant au niveau du décor que des personnages – sont tellement nombreux qu’ils complexifient leur distinction et rendent la lecture plus ardue. Finalement on s’habitue. Peut-être est-ce là un bon moyen de nous forcer à être plus attentif à l’univers graphique ? Néanmoins, la fluidité du récit en est forcément altérée.

Un autre bémol : les entractes de fin de chapitre (« ce qui guérit tout » ça s’appelle) sont là encore l’occasion d’une véritable explosion graphique et d’une réinvention du découpage, mais n’apportent a priori rien au scénario ni au développement de l’univers. Au contraire, ils interrompent encore l’immersion du lecteur. Est-ce lié à l’édition originale (en fascicules par exemple ? Ça se fait beaucoup aux States, parait-il) ?

Ça n’en reste pas moins un récit des plus charmants, et la qualité du dessin en fait une œuvre véritablement à part dans la production BD actuelle.
D’autant que le travail éditorial est véritablement remarquable (et je ne dis pas ça pour flatter les copains de La Cerise). Rien qu’à regarder l’objet, la couverture, le grammage du papier… on se dit que mince, l’éditeur ne s’est pas foutu de nous (et quand on regarde le prix, on tombe tout simplement des nues… Merci le CNL !!!).
La couverture à elle seule en fait un objet de collection. Dorures et reliefs ne sont pas sans rappeler les vieux livres du XIX° siècle et renforcent encore l’impression d’ouvrir un ouvrage de gravures (en vrai, Jeremy Bastian travaille au pinceau… Le fou !)
Le lettrage, entièrement refait à la main par l’improbable Guillaume Trouillard, donne une idée de l’investissement consenti à la version française. A noter d’ailleurs qu’il s’agit de la toute première traduction publiée par La Cerise.
C’est dire : même le bandeau promotionnel est beau !

À lire aussi : la rencontre avec l’auteur.
Un autre avis : David Fournol
La fille maudite du Capitaine Pirate #1
Scénario : Jeremy A. Bastian
Dessin : Jeremy A. Bastian
Traduction : Patrick Marcel
Lettrage : Guillaume Trouillard
Édition : La cerise 2014
Le blog de Jeremy Bastian.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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3 réflexions sur “La fille maudite du Capitaine Pirate #1

  1. […] des séries plus confidentielles parmi lesquelles ont compte une collaboration avec Jeremy Bastian (La fille maudite du Capitaine Pirate) : Ye Old Lore of […]

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  2. M’sieurs dames, je viens de lire cet album… Enfin… Une partie.
    Désolé, mais je n’adhère pas du tout comme vous aux graphismes.
    Les cases sont illisibles, il n’y a pas de travail de nuances entre le fond et l’avant des cases… Ce fût très dur pour moi. Certaines cases me piquaient littéralement les yeux. Genre impossible pour eux de démêler la profusion de traits.

    C’est très dommage, parce que cette générosité du trait (pas maîtrisée à mon sens, qui demandera encore beaucoup de travail pour pouvoir réellement prétendre au génie), s’accompagne d’une belle histoire, avec un réel potentiel.

    Mais à un moment donné, j’ai juste besoin de pouvoir comprendre le dessin. Donc, pas de chronique chez moi sur cet album.

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    • Lunch dit :

      Selon moi ce serait plutôt l’inverse. Une puissance graphique incroyable et qui, de plus, va encore s’accroitre puisque le tome 2 s’annonce encore plus abouti (pour en avoir vu quelques planches). A contrario, le scénario demande encore à s’épanouir mais je pense qu’on peut faire confiance à Jeremy Bastian, du moins j’ai envie de lui faire confiance.

      Maintenant, je comprends que cette lecture soit difficile à pénétrer car l’ambiance graphique est spéciale car très atypique et elle rejoint l’abondance des vielles illustrations du bon vieux Gustave.

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