Le temps des Mitaines #1

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28 mars 2014 par Lunch

Le temps des Mitaines

Lunch

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Pour le (plus si) petit Arthur, la période est compliquée.
Vous me direz que les ados vivent toujours des périodes plus ou moins compliquées, vous auriez sans doute raison. Arthur à tout de même des circonstances atténuantes : une situation familiale pas mal chamboulée le force, lui et sa mère, à déménager vers de lointains horizons. Exit le carcan douillet du « Gant de laine » et bonjour « Les Mitaines » !
C’est sûr qu’avec les bouts des doigts découverts on se sent un peu plus exposé, comme à nu, face aux défis à relever. Arthur devra faire preuve de courage, s’intégrer à sa nouvelle école et se faire de nouveaux camarades de classe…
Pour complexifier un peu plus la donne, l’étrange disparition d’un élève suscite interrogations et recommandations, d’autant plus qu’un loup noir comme la nuit et aux yeux rouges comme le sang rôde dans les parages : tout un programme !

Voilà maintenant 3 ans que nous attendions le nouvel album de Loïc Clément et Anne Montel, forts du succès de leur premier livre, Shä & Salomé, que nous avions adoré.
Si nous sommes déçus de n’avoir pas eu le loisir d’apprécier une suite à ce Jour de pluie, nous ne désespérons pas de voir la série un jour poursuivie chez un autre éditeur (Jean-Claude Gawsewitch ayant arrêté la bande dessinée). En attendant, nous pouvons toujours nous sustenter avec leur nouvelle BD jeunesse (et anthropomorphique) : Le Temps des Mitaines !

C’est ainsi que l’Aventure avec un grand « A » s’immisce dans la vie d’Arthur et de ses compagnons curieux et téméraires sur les traces des élèves disparus. Le « quintette » va pour cela mener sa propre enquête en parallèle de celle des adultes, pas forcément plus futés.

« Un crime requiert avant tout chose un mobile !
_ Les trucs qu’on suspend au-dessus des berceaux ? J’adore ça !
 »

Une équipe de choc

Je vous ai déjà parlé d’Arthur (l’ourson), le nouveau de l’école. Centre névralgique de l’histoire, il redoute la solitude et cherche à rapidement se faire de nouveaux amis. L’enquête lui donne cette alternative et c’est lui qui crée l’esprit d’équipe dans le petit groupe.

Gonzague c’est l’escargot intello au look génial. Les lunettes juste au-dessus du « museau » alors que ses yeux se trouvent bien plus haut, au bout de ses tentacules, renforcent son côté « premier de la classe ». Son langage soutenu tranche avec celui des autres personnages.

Willo la luciole est un peu le pendant de Gonzague, dont il s’amuse à vulgariser ses pensées. Cela crée un décalage fort dans les dialogues et une source d’humour continue. Willo brille beaucoup la nuit et d’autant plus lorsqu’il a peur… vive la discrétion !

Pélagie est sans conteste mon personnage préféré. La petite souris n’est pas très maligne mais elle est vaillante et surtout, sa répartie est incroyable ! Si elle n’est pas très utile question jugeote, Pélagie fait en revanche beaucoup rire.
« Et s’il faut se déguiser en tabouret en rotin pour enquêter dans l’ombre, j’suis votre homme !
_ T’es une fille, Pélagie !
_ C’est pas grave, je ferai la chaise !
 »

Kitsu, pour finir, est la mauvaise élève par excellence. La renarde connaît une situation familiale complexe et préfère l’école buissonnière aux cours. Elle cache tout de même un bon fond sous ses airs de fille solitaire et bagarreuse. Et puis c’est la TBC* de Pélagie et ça, ça n’a pas de prix !

Les 5 compagnons forment une équipe hétéroclite et joyeuse et ont tous un pouvoir particulier (qui s’éveille à l’adolescence). Kitsu fait fleurir le bois, Pélagie dessine des étoiles (ça peut paraître bête comme pouvoir mais il peut avoir son utilité), Willo s’illumine (dans son cas j’hésite entre pouvoir et aptitude génétique), Gonzague recolle tout avec sa bave UHU… quant à Arthur… son pouvoir ne s’est pas encore révélé…

L’anthropomorphisme et les vertiges de l’amour

L’anthropomorphisme est un moyen d’accroche courant pour faire en sorte qu’un récit mature convienne bien aux enfants. Il est ainsi possible de matérialiser les différences de caractères et de simplifier la compréhension. Mais cette technique occasionne aussi quelquefois des problématiques…
J’ai bien noté la présence des amourettes adolescentes : Pélagie en pinçant pour Arthur qui lui-même en pince pour Kitsu, cette dernière n’étant pas réfractaire semble-t-il. Une souris qui aime un ourson qui est de son côté attiré par une renarde, pourquoi pas après tout ? Mais c’est sans compter la filiation imposée par la présence des parents : les familles ne se mélangent pas et vivent ensemble.
Si on comprend aisément la raison qui pousse à utiliser l’anthropomorphisme dans une bande dessinée, on est en droit de se poser des questions « bêtes » et de soulever une contradiction aussi parfois. Fichue considération d’adulte à l’imaginaire défaillant…

Qu’importe la raison, pourvu qu’on ait l’ivresse.

Fort de ses personnages hauts en couleur, Le Temps des Mitaines propose une quête à la portée de nos plus jeunes lecteurs, une enquête adolescente, intrépide et intelligente qui a un petit quelque chose de Harry Potter (à ses débuts) dans une version animalière.

Nous autres adultes nous approprions tout autant cette lecture qui s’adresse finalement à tout le monde. Bien sûr, Le Temps des Mitaines est moins subtil et moins empli des petites tendresses du quotidien qui faisaient notre bonheur dans Shä & Salomé, il ne fait pas appel aux mêmes sensibilités. Notre âme de grand enfant y trouvera quand même son compte, tant par l’humour qui traverse les âges sans prendre de ride que par les aquarelles d’Anne Montel, décidément toujours aussi douces et plaisantes.

Et puis il faut être grand finalement pour capter l’essence de l’album, les références des auteurs et les divers clins d’œil disséminés aux quatre vents des Mitaines : Shä et Gencive (Shä & Salomé) sont bien de retour dans cette cour d’école, de même que le compère Bertrand Gatignol (le père de Jeanne/Pistouvi) y fait son apparition. Évidemment, l’œuvre de Miyazaki n’est jamais très loin non plus… et moi tout ça me donne envie d’aller manger des okonomiyaki chez Un soir à Shibuya !

* Très Bonne Copine. Acronyme qui pourrait rejoindre FBI (Fausse Bonne Idée) dans une liste des sigles bien sentis.

Le temps des Mitaines #1
Scénario : Loïc Clément
Dessin : Anne Montel
Édition : Didier Jeunesse 2014
Le blog de Loïc et Anne.
Le blog d’Anne Montel.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Le temps des Mitaines #1

  1. Lunch dit :

    Par jerome le 28/03/2014 :

    Je n’ai pas lu Shä et Salomé alors je n’aurai pas de point de comparaison mais cet album qui m’attend dans ma pal me fait très envie.

    Par Lunch le 28/03/2014 :

    C’est pour moi une très bonne BD jeunesse, accessible et différente à la fois. Les 115 pages pourraient peut-être faire peur à un enfant mais tel qu’est conçu le chapitrage le livre se lit très bien.

    Par Loïc Clément le 03/04/2014 :

    Je ne partage pas votre analyse enthousiaste de cet album qui est une honte. Sous prétexte d’une bd pour enfant, cet album vilipende les valeurs de l’UMP en mettant en scène des personnages, acteurs d’un pugilat en cours de récré, qui sont la caricature à peine voilée d’éminents dirigeants politiques.
    Au bucher !

    Non mais sinon, merci pour cette critique bien construite 😉

    Par Lunch le 03/04/2014 :

    Cher Loïcc, je ne me laisserai pas embrigader dans une analyse politique qui ne regarde que vous. Nous ne partageons vraisemblablement pas les mêmes visions sur cette bande dessinée ainsi que sur ses auteurs que je trouve fort charmants au demeurant. Les accuser d’utiliser la propagande illustrée pour convertir nos jeunes têtes blondes à leur idéologie (du moins telle que vous la percevez) me semble absolument farfelu. Nous nous rejoignons en revanche sur le fait qu’une œuvre adressée aux enfants parle aussi bien aux adultes, à chacun son interprétation !

    Merci d’être passé Loïc 🙂

    Par Badelel le 03/04/2014 :

    Loïc, faut arrêter les substances illicites 😉

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  2. […] ans après Le temps des Mitaines, Anne Montel et Loïc Clément remettent en scène leurs héros dans Cœur de Renard. Et si vous […]

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