Macanudo #1

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17 mars 2014 par Lunch

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Lunch

Pour la grande majorité des bandes dessinées en strips, il faut bénéficier de conditions de lecture favorables pour les apprécier pleinement.
Généralement, ces petites histoires humoristiques font mouche en quelques cases seulement, idéalement publiées dans un périodique qui leur fait la part belle de manière régulière, égayant ainsi le quotidien des lecteurs. Pour autant, découvrir ces strips sous la forme de recueils s’avère souvent délicat, répétitif, lassant… C’est le cas de la plupart d’entre eux et il est souvent judicieux de morceler sa lecture pour en préserver toute sa saveur.
Macanudo échappe à cette règle, une exception d’autant plus exceptionnelle qu’elle garde toute la mécanique du strip, préservant sa fraîcheur quand bien même on dévore la bande dessinée d’une seule traite.

Des ingrédients magiques

« Le pingouin Martin contemple le coucher de soleil, son programme de téléréalité préféré. »

La magie de Macanudo est formée d’un ensemble de petits ingrédients assez difficilement dissociables.
On peut en premier lieu retenir les personnages récurrents, capables de nous toucher dans leur quotidien. On citera entre autres la petite Enriqueta et son ours en peluche Madariaga. Ou encore le chat de la famille, Fellini… et pourquoi pas les poissons rouges ? Outre la famille précitée (les parents font également des apparitions régulières bien que la famille ne soit jamais au complet), on s’émeut pour Z-25 le robot sensible et on s’amuse des pensées manchotes (bien qu’ils soient sans cesse nommés pingouins, il s’agit bien de manchots… erreur de traduction ?) !
Des personnages principaux qui interviennent de manière constante mais non continue, ce qui permet de renouveler une panoplie de protagonistes et de briser ainsi une monotonie de lecture trop coutumière dans cet exercice.

Autre force de Macanudo et non des moindres, cette philosophie qui se dégage de chaque strip. Des instantanés du quotidien qui font appel à des choses qu’on aurait pu connaître nous-mêmes et qui développent des pensées semées aux quatre vents. Difficile de dire que Macanudo va nous faire rire, là n’est pas vraiment le propos, mais c’est en tout cas une lecture qui donne le sourire et qui parvient à le figer sur notre visage. Personnellement je me suis juste senti bien en le lisant.

Pour finir, Liniers joue avec la forme de ses cases et s’extirpe du carcan de la linéarité. Il nous épargne des traditionnels gabarits et nous propose au contraire une grande diversité de narration séquentielle allant parfois jusqu’à l’expérimentation. Les bandes classiques sont ainsi cassées, améliorant ainsi la lisibilité de l’ensemble.

Et puis le tout est servi par un dessin plutôt rond enrobé de douces aquarelles. Le plaisir n’en est que plus complet !

Que ce soit à petite dose, quelques strips le soir sur le canapé, ou pour une lecture plus longue, le Macanudo de Liniers apporte une chaleur plaisante et toujours bienvenue et je ne peux que vous le recommander chaudement.

« Les samedis, quand ils se terminent, ils vont au ciel non, Madariaga ? »

Badelel

Combien de fois ai-je tenté de feuilleter Macanudo, pensant y trouver quelque chose de Mafalda ? Et combien de fois l’ai-je refermé après quelques strips en me disant « Bof, c’est pas vraiment drôle… ».

C’est qu’en fait, Macanudo crée une ambiance, et c’est dans cette ambiance que l’on plonge. Plus que de l’humour brut, on ressent de la poésie. J’aime à le comparer plutôt à un recueil de pensées philosophiques. Et c’est là tout le paradoxe de Macanudo, celui que je n’arrive pas à cerner : c’est un recueil de strips. Donc quelques cases parues périodiquement dans un journal. Donc il devrait se prêter complètement au « picorage ». Or j’ai été incapable de picorer, et ce n’est qu’en me plongeant vraiment dans le livre que j’ai pu enfin prendre plaisir – que dis-je, me délecter – à cette lecture.
Macanudo, contrairement à la plupart des séries de strips, ne se concentre pas sur un héros. Il dresse plutôt un véritable panorama de personnages récurrents (ou aussi des interventions ponctuelles de personnages que nous ne reverrons sans doute jamais) : Enriqueta et son chat Felini, un groupe de lutins déjantés, des « pingouins » idiots (vive la traduction française : ce sont des manchots donc), des couples d’amoureux, le peintre Kaufman, Z-25 le robot sentimental, des poissons rouges, des pigeons, des… ah ben oui, des planètes ! Et on prend chaque fois plaisir à les retrouver ou à en découvrir de nouveaux !

Tous ensemble ils dépeignent avec une certaine dérision le quotidien du commun des mortels et retracent un portrait critique très doux de notre société. Et ce qui est vraiment extraordinaire, c’est que chaque case sent le vécu (l’épisode de la douche de la page 71 m’a tellement rappelé de souvenirs !!!). On s’imagine presque l’auteur en train de vivre, et de se dire : « Tiens, mais ça ce serait pas mal de le raconter ».

Finalement, si je ne devais retenir que trois mots de ce bouquin, ce seraient la poésie, la philosophie et le vécu.

Un autre avis : Champi
Macanudo #1
Scénario : Liniers
Dessin : Liniers
Édition : La pastèque 2008
Le blog de Liniers.
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Macanudo #1

  1. […] Encore une partie de campagne gâchée par le crocodile est une bonne transition entre le poétique Macanudo (Liniers) et le tout aussi britannique Vous êtes tous jaloux de mon jetpack (Tom […]

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