Punk Rock Jesus

1

24 décembre 2013 par Lunch

punk_rock_jesus

avatar_lunch

Lunch

25 mars 2019. Un annonce vient défrayer la chronique et met en alerte la planète entière : une nouvelle émission de télé-réalité va voir le jour et aura pour vedette Jésus Christ en personne.
Le docteur Epstein, généticienne et environnementaliste de renom ayant obtenu le Prix Nobel pour l’un de ses travaux, est engagée pour mener à bien ce projet unique de cloner le « premier homme de l’histoire » (dixit le journaliste, l’intrigue se passe au pays des créationnistes). Pour ce faire, l’Église catholique a donné son accord afin d’utiliser le Saint Suaire de Turin et ainsi tenter de réveiller un ADN mort depuis plus de 2000 ans. Bien entendu, le nouveau messie sera enfanté par une vierge…
Quelques mois plus tard, Chris nait devant les caméras du J2.

Gène éthique

Les avancées de la science et en particulier de la génétique sont souvent sujettes à controverses. Le clonage n’échappe pas à cette règle, bien au contraire. Déjà aujourd’hui le sujet n’est pas dépourvu de polémiques et le clonage animal n’est pas de la science-fiction. La question de l’éthique et la législation dans la plupart des pays empêche encore le mouvement de prendre plus d’ampleur mais le nombre de clones vivants ne cesse d’augmenter.
À l’heure actuelle, quelques embryons humains ont déjà été créés par ce moyen.

Le pas franchi dans Punk Rock Jesus n’est pas si important que l’on pourrait le croire. Certes, utiliser un ADN aussi vieux relève de la fiction mais cloner un homme démange de nombreux chercheurs. De là à faire revivre le Christ…

Guerre des religions

Le retour du Christ sur Terre est un sujet qui a été maintes fois traité. Que fera-t-il en voyant le monde tel qu’il est devenu ?
L’idée de se servir de la génétique pour ce come back est amusante et plutôt bien trouvée, d’autant plus que cet avènement se fait dans le carcan de la télé-réalité : nous suivons les pas de Chris depuis son premier cri jusqu’à l’âge adulte.
Cloner c’est créer. Et créer c’est être l’égal de Dieu.
Une démarche qui suscite forcément des tensions entre les créationnistes et les darwinistes et qui place J2 sous le feu des projecteurs et des attaques en tous genres. Les manifestations sont de moins en moins pacifiques et les groupes fanatiques se transforment peu à peu en factions terroristes.
Pour les financiers évidemment, c’était un risque à prendre : business is business !

C’est ainsi que Chris va devoir grandir dans une prison dorée, lieu ultra-sécurisé dans lequel il va recevoir l’éducation religieuse adéquate à son statut… entre miracles et supercheries.

Des personnages peu attachants

« Je me fiche de mon origine. Pour moi, je suis avant tout le bâtard d’une industrie américaine du divertissement à la dérive. »

S’il n’est pas obligatoire de s’attacher à un personnage pour apprécier le contenu d’un album, il est en revanche important que le protagoniste principal dégage un sentiment fort, et d’autant plus s’il s’appelle Jésus Christ. Or je n’ai rien trouvé chez lui qui soit sympathique ou détestable. Chris n’est pas le messie attendu ! Certes il bouscule les points de vue mais il n’est jamais vraiment charismatique : enfant dominé par la peur et les manipulations lorsqu’il est jeune, son changement radical tient plus de la révolte adolescente que d’une émancipation réelle. Il manque de poids !

C’est un fait, on s’attache peu aux personnages présentés dans Punk Rock Jesus. Le seul qui attire un tant soit peu de sympathie reste le gros dur de l’histoire : Thomas McKael dit « le cimetière ». Un homme à la carrure imposante qui porte un passif très lourd. Finalement le seul personnage de l’histoire à disposer d’un background fouillé et qui mérite qu’on s’y attarde.

Quant aux autres intervenants, ils sont soit manipulateurs soit manipulés, écœurants et détestables pour la plupart (on pense surtout à Rick Slate, l’initiateur du projet J2), ou quasiment insignifiants pour d’autres. Ils auraient pu prendre plus d’ampleur avec une réelle volonté de bousculer leur confort providentiel mais l’auteur en a décidé autrement.

Anticipation et critique de la société

Sean Murphy (Off road) a mis de longues années pour venir à bout de ce récit. Il l’avoue lui-même en postface, l’album a été très difficile à mener à son terme, la faute à une remise en question de son éducation religieuse et de sa foi. Fervent chrétien devenu athée, son livre s’est transformé en une critique acerbe sur la religion avec laquelle il a grandi. De là à voir dans son personnage une image de son propre vécu il n’y a qu’un pas.

Sous le regard de l’anticipation, l’auteur développe une critique sévère de la société de consommation et du voyeurisme télévisé qui n’est pas sans rappeler d’excellents films comme En direct sur Ed TV ou The trueman show.
Le fait de cloner Jésus apporte encore une dimension religieuse supplémentaire.

J’ai pourtant eu cette impression à la lecture que l’auteur tâtonnait avant de trouver le bon propos. Une construction qui tend à rendre la mise en place plus poussive et qui explique peut-être pourquoi les personnages sont autant déshumanisés.

Graphisme

Pour exprimer ses propos, Sean Murphy a opté pour un ancrage noir et sans couleur. Une technique qui assombrit le propos et le plonge dans une atmosphère sans espoir. Si le trait est dynamique et assurément typé comics, s’appuyant sur des profils de visages assez carrés, l’influence du manga n’est jamais très loin, et notamment si l’on considère la tête de Chris version punk.

The Flak Jackets

Punk Rock Jesus parle de clonage, de religion et de télévision certes, mais il ne faudrait pas écarter du titre son caractère musical.
L’auteur s’est servi du côté vindicatif et libertaire du Punk Rock pour exprimer sa critique de la société. L’associer à Jésus accentue l’idée d’une certaine parole divine.
Chaque chapitre débute sur une sélection musicale, qui va de Marilyn Manson à White Zombie en passant par le Punk irlandais de Stiff Little Fingers. Des titres qui servent aussi bien d’introduction que de titres pour les chapitres.
S’ils amorcent bien les scènes, souvent dans l’action, il ne faut pas pour autant les mettre en boucle le temps de la lecture (et surtout si on n’aime pas le métal, le punk et les chanteurs qui font du bruit).

Une déception dominante

Malgré un synopsis accrocheur, Punk Rock Jesus n’a pas su générer en moi d’intérêt véritable. J’aurais aimé plus de maturité dans le récit et des personnages plus forts. J’ai ici l’impression que l’auteur n’a pas su aller au bout de son propos et je trouve ça dommage car le potentiel de l’œuvre est intéressant.

Badelel

Voilà une lecture en demie-teinte qui me met bien mal à l’aise.

D’un côté j’ai beaucoup de reproches à lui faire.

La thématique ne me paraît pas pertinente à la base. Ressusciter Jésus, certes ça tombe à Noël (juré, j’ai pas fait exprès), mais déjà je n’en vois pas l’utilité, alors en prime à l’occasion d’une émission de télé-réalité, ça me paraît juste complètement stupide (remarquez, la télé-réalité étant bourrée d’idées stupides, c’est sans doute plus réaliste que je ne l’imagine).

C’est bourré d’incohérences, principalement liées à la maternité (mais bon, l’auteur est un homme, alors que peut-on en attendre, je vous l’demande ???) :
– La Terre entière suit la grossesse a priori ultra-médicalisée, et personne ne s’aperçoit qu’il y a des jumeaux, bon allez, je l’accorde.
– On arrive à prévoir le jour de naissance de l’enfant ??? Wouah, ils sont vachement forts ! Ah, ils arrivent même à organiser l’accouchement à la seconde près le 25 décembre à minuit, là, je suis juste époustouflée, car c’est tout bonnement impossible de se substituer à ce point à Mère Nature.
– Le médecin arrive à faire croire six mois après la naissance de l’enfant qu’elle vient de tomber enceinte (en général on en est sûre au bout de 3 semaines-1 mois environ et la gestation complète dure 9 mois pour mémoire) d’un enfant qui aura exactement le même âge ensuite ?
Bon j’arrête là, ça pourrait durer des heures…

La grande majorité des événements sont prévisibles et les rebondissements du scénario n’en sont finalement pas.

Les points de vues autant scientifiques que créationnistes sont stigmatisés voire complètement caricaturés.

La démarche même de l’auteur, expliquée en postface, me paraît complètement à côté de la plaque, ce qui explique très certainement tous les défauts de l’album : « Mon ami était athée, et j’ai été rapidement convaincu par ses croyances – basées sur la science plutôt que sur le dogme. Comme devenir athée du jour au lendemain était néanmoins un peu effrayant, j’ai décidé de faire l’essai pendant un mois et de voir si ça me convenait. »
Définitivement, ces Américains sont trop bizarres !!!

D’un autre côté, cette histoire a quand même quelques côtés plaisants :

Le personnage de Thomas est attachant. C’est le seul à avoir une histoire, un passé, une personnalité, un combat intérieur, un amour introverti. C’est aussi le seul à connaître un vrai rebondissement à un moment de sa vie. Découvrir l’histoire à travers sa vie donne une vraie lisibilité au récit et empêche de tomber dans l’ennui le plus profond.

La description de la vie sur l’île de J2 et toutes les vacheries de Slate sont un pur délice pour qui aime les situations oppressantes et révoltantes. C’est vraiment prenant.

Le dessin est super classe, les visages expressifs, du mouvement et de la violence. Je ne peux m’empêcher de trouver une certaine influence de Craig Thompson sur certains visages. Un bémol toutefois, les transitions passé/présent manquent de visibilité.

Derrière le thème de la religion et du fondamentalisme, se cachent également une condamnation des excès de la télé-réalité et une mise en exergue des enjeux écologiques (même s’ils sont largement mésestimés et caricaturés).

A défaut de m’avoir enchantée, cette BD a au moins eu le mérite de provoquer chez moi un certain mal-être et des sensations ambigües. D’un côté un certain plaisir de lecture, et d’autre un profond agacement à chaque loupé. Enfin pour conclure dans l’ensemble : la cover ne me donnait pas envie, elle a tenu ses promesses !

D’autres avis : Champi, Choco, David, Livr0ns-n0us, Nico, YvanYaneck
Punk Rock Jesus (One shot)
Scénario : Sean Murphy
Dessin : Sean Murphy
Édition : Urban comics 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
Publicités

Une réflexion sur “Punk Rock Jesus

  1. Lunch dit :

    Par Yaneck le 24/01/2014 :

    Rah… Mais que répondre à tout ça… Franchement, Lunch, si tu ne trouves pas la maturité dans cette œuvre, pourtant évidente, alors tu me coupes le sifflet…

    Pour les considérations médicales, si on est capable de cloner un humain, on doit pouvoir déclencher un accouchement à l’heure voulue.

    Non, vous voyez, je pinaille sur les détails…Je n’arrive pas à trouver les mots…

    Par Lunch le 25/01/2014 :

    Je suis désolé de te décevoir et de décevoir tous les fans de cette œuvre. J’ai argumenté mes propos (et Badelel aussi sur son avis), on a trouvé des incohérences qui nous ont fait sortir de notre récit.
    La question de maturité se pose aussi sur la démarche même de l’auteur, qui a mené une quête religieuse en même temps qu’il écrivait son histoire. Il s’est posé beaucoup de questions (et son chemin nous a d’ailleurs posé beaucoup de problèmes ici, la vision des américains sur la religions est incompréhensible pour un français moyen je crois) et j’ai retrouvé un certain tâtonnement dans ses propos.
    De plus, c’est vrai que ses personnages manquent de profondeur. On parle de Jesus quand même… eh ben non, c’est un ado sans fond. Par contre le vrai héros de l’histoire, Thomas, est vraiment réussi ! Il rehausse le tout et donne de l’envergure à l’histoire.

    Pour le déclenchement je pense comprendre ce que Badelel veut dire : oui, bien sûr, on sait « déclencher un accouchement » et déjà maintenant à une date voulue. Mais de là à « programmer cette date » à l’avance, sur la durée d’une grossesse, de tout prévoir jusqu’à la seconde même de la naissance, en faisant fi des aléas de la gestation, c’est un peu surfait.
    Le clonage existe déjà, s’il n’est pas porté plus loin que l’état embryonnaire c’est surtout une question d’éthique plus que de science. Mais pour le « timing de naissance », c’est vraiment de la science-fiction pour elle comme pour moi.

    Par Badelel le 25/01/2014 :

    Yaneck, cher Yaneck… J’ai le regret de t’annoncer que la date et l’heure d’une naissance n’a aucun lien avec la génétique. Il s’agit plus d’une réaction liée aussi bien à l’enfant qu’à la mère, et qui a beaucoup plus de liens avec la psychologie qu’avec des histoires d’ADN… 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :