La Belette

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9 décembre 2013 par Lunch

belette

Lunch

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Lorsqu’il est tombé sur cette vieille bâtisse dans la campagne ardennaise, Gérald a de suite sauté sur l’occasion. L’affaire était bonne alors peu importe le manque de luminosité et les vieux meubles, ils prendront le temps de s’organiser dans leur nouvelle vie et d’aménager les lieux à leur convenance.
Anne, sa femme, n’est pas du même avis. Elle ne se sent pas à l’aise dans cette maison rustique. Elle a toujours vécu en ville. Le bâtiment, le climat, les voisins : tout lui semble hostile. Il faut dire qu’à Amercœur, la vie n’est pas aussi paisible qu’elle y paraît…

Un scénario glaçant.

La belette est le premier album de Didier Comès que je lis. C’est une joie parce que j’ai visité l’exposition qui lui était consacrée l’an passé à Angoulême (certes exigüe et peu mise en valeur) et son dessin à l’encre entièrement fait de nuances de blancs et de noirs m’avait alors captivé.
Dans La belette, l’auteur dépeint un milieu rural qui lui est cher, un ancrage local qui lui permet aussi de mieux mettre en opposition les paradoxes d’une époque.

« J’ai appris, mon fils, que vous étiez au service de la concurrence !
_ La concurrence ! … Qu’entendez-vous par là ?
_ La télévision ! … Nos églises se vident, notre pouvoir diminue… Nous étions les gardiens du troupeau, nous sommes devenus des figurants ! Cette menteuse détourne l’homme des vraies valeurs ! Il ne croit plus qu’aux insanités qu’elle montre : le sexe… la violence…
»

L’arrivée de la télévision perçue, ici par la voix du curé du village, comme diabolique. Un plaidoyer risible mais qui reflète bien le conservatisme des anciennes générations (nous compris) par rapport à tout ce qu’elles ne connaissent pas.
Cette confrontation idéologique n’est pas la seule présente dans La belette, car il est aussi question d’ostracisme vis à vis de l’étranger, ces gens venus de la grande ville pour les envahir. Le fait que Gérald soit réalisateur de télévision ne plaide pas en leur faveur…
Le village d’Amercœur est également le centre d’un conflit plus ancien opposant fortement le paganisme et le christianisme.
Un contexte particulier qui va amener le curé dans une farouche campagne propagandiste pour tenter de convertir de nouveaux fidèles…

Le tout concours à poser de solides bases à l’histoire.
Anne et Gérald, accompagnés de leur fils autiste Pierre, vont avoir toutes les peines du monde à s’intégrer à la vie locale. Si Gérald ne fait aucun effort pour y parvenir, sa femme, enceinte d’un second enfant, va beaucoup évoluer au fil du récit : rejet, émancipation, acceptation, naissance et renaissance. De même pour Pierre qui, bien que peu présent dans l’album, va être un personnage-clef.
Voyeurisme, pression… la famille va subir tout un tas de tensions ayant pour unique but de les faire quitter le village. Le scénario connaît une véritable montée en puissance qui ne manquera pas de nous saisir par son effroyable final.
À l’image d’Un léger bruit dans le moteur, les villageois ont des tares qui ne donnent pas envie qu’on les sauve…

Mise en abîme.

On dit souvent qu’une œuvre reste très personnelle, intime.
Didier Comès (Dieter Hermann Comès) est né en 1942 dans un village au nord de la Belgique (Sourbrodt) pendant l’occupation allemande. Son père pratiquant l’allemand et sa mère le français, il se définit lui-même comme un « bâtard de deux cultures ».
La belette est un écho fort à sa propre histoire, mettant en scène le milieu rural drapé dans son hiver glacial et campant une ambiance glaçante. Une mise en abîme qui se poursuit jusque dans le personnage d’Hermann Koch (dit « Le boche » ou le Schleu), un officier allemand ayant officié dans la région en 1944 qui, blessé, a été recueilli et soigné par un villageois, le seul qui ait bien voulu devenir son ami. Le temps a passé, Théophile est parti avant lui, mais Hermann n’a jamais été accepté par la communauté…

Dame Nature veille sur nous.

La belette est un bel album qui n’est pas seulement le reflet d’une époque. Certes, le préambule fait sourire le lecteur d’aujourd’hui mais il suffirait de remplacer le mot « télévision » par un autre pour replacer l’intrigue dans l’actualité. La succession des événements tend à rendre la lecture prenante, teintée d’ésotérisme et de non-dits.
Bien qu’elle soit triste, l’histoire de La belette nous laisse un mince espoir, celui qu’un jour que les hommes vivent en paix.

 

Badelel

Badelel

Dès les premières pages, l’ambiance est au malaise. Les personnages principaux n’inspirent pas exactement la sympathie, les voisins sont franchement flippants et les événements guère plus rassurants. Un couple de citadins débarque dans un petit village du fond des Ardennes. Lui est réalisateur pour la télévision, elle est enceinte, et leur fils adolescent qui les accompagne est autiste. Clairement, de tous, c’est le seul personnage d’emblée attachant par son innocence.

Le dessin de Comès ne laisse pas indifférent, à la fois très caractéristique de ces années-là et à la limite de l’expérimentation graphique. Il fait se rencontrer des visages aseptisés et des visages burinés. Il révèle également une subtile utilisation des aplats de noir et une grande maîtrise de la nature et des paysages.

Subtil mélange entre fantastique et divin, La belette est, à l’heure où la télévision débarque avec ses gros sabots et s’insinue dans tous les foyers, une ode à une relation saine et innocente entre l’homme et la nature, une ode au cycle de la vie. Il ne s’agit pas de condamner les effets de la pollution comme c’est souvent le cas lorsqu’on parle de nature, mais de revenir à l’essence de l’humanité.
L’ambiance et la thématique ne sont pas sans rappeler les Légendes d’aujourd’hui de Christin et Bilal, avec un retour aux traditions ancestrales et une dénonciation des pratiques capitalistes. A cela vient s’ajouter un message d’ouverture à l’autre et à la différence. Le regret, le pardon et l’amitié ont ici toute leur place.

Mais qu’on ne s’y trompe pas, La belette n’a rien de niais, bien au contraire, car ses pages révèlent une véritable hécatombe et la noirceur de certains personnages.

D’autres avis : Legof, Mitchul, Mo’
La Belette (One shot)
Scénario : Didier Comès
Dessin : Didier Comès
Édition : Casterman 2012 (1° édition 1983)
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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