Brigada #1

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8 décembre 2013 par Lunch

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Lunch

Lunch

Il est des fléaux bien difficiles à cerner. Le Voirandeer est de ceux-là.
Entouré d’un brouillard aussi énigmatique que malfaisant, le monstre détruit tout sur son passage, ne laissant derrière lui que du sang, des ruines et des légendes…
Combien de Daurin ont péri au combat, sonnant les cloches de son héroïque assaut contre une bête aussi terrifiante qu’invisible ?

Perpétuelle lutte s’immisçant au cœur de l’indissoluble conflit qui perdure entre les nains et les elfes noirs. Deux peuples farouchement opposés depuis toujours et qui essaient tant bien que mal de dominer les terres des hommes opprimés et désemparés.
Le dernier espoir d’un lendemain meilleur repose sur les frêles (mais machiavéliques) épaules des sœurs, des sorcières élevées au rang de divinités respectées et dictant leur grand plan du haut de leur inébranlable tour. À moins que le salut ne vienne de la Brigade de Macson, une équipée naine composée de repris de justice à qui il a été accordé une seconde chance… Menée par Irvo, Capitaine sorti de sa retraite pour faire renaître un semblant de discipline en son sein, elle brave le brouillard et ses dangers au jour le jour…

Auto-édition : une solution ?

Brigada est la nouvelle série d’Enrique Fernández, celui-là même qui nous a récemment enchanté avec ses Contes de l’ère du Cobra.
L’auteur espagnol s’est ici lancé dans un défi d’envergure puisqu’il a décidé d’auto-éditer son livre par le biais d’un financement participatif.
L’opération, débutée le 4 juillet 2012 et achevée 40 jours plus tard, a été un franc succès, recueillant 50000 € sur les 36000 € escomptés pour que naisse le projet. Une somme suffisamment conséquente pour que l’offre soit étoffée : format de la bande dessinée et du making-of plus large, 1000 impressions supplémentaires (4000 au total)… et bien entendu une bonne chose pour que le tome 2 voit le jour.

Auteur et éditeur sont deux métiers distincts. L’idée de passer outre les maillons de la chaîne du livre est tentante si l’on considère les déboires actuels du milieu, mais porter plusieurs casquettes différentes complique également la tâche.
Car un éditeur n’est pas seulement là pour porter un projet, il aide également l’auteur (du moins normalement mais c’est peut-être moins le cas aujourd’hui avec la multiplication des publications) et l’accompagne dans son travail. Brigada n’a pas eu ce suivi et de fait son scénario souffre de quelques lourdeurs. Un éditeur aurait pu recadrer les choses et aiguiller l’auteur vers une entame simplifiée. Car le début de l’histoire est très touffu, présentant un univers aussi riche que complexe et de multiples personnages. Le tout concours à une mise en place tardive de la trame générale, le temps de bien ordonner les choses.

En plus de ces fonctions à la fois créatrices et éditoriales, Enrique Fernández se charge lui-même de la diffusion et de la distribution de ses albums. Bien entendu, la campagne de financement lui a donné une bonne base de souscripteurs, mais il doit aussi faire les démarches auprès des libraires s’il souhaite écouler son stock et dégager des bénéfices… et bien sûr prendre en charge l’envoi des commandes.
Tout un programme ! Heureusement, Enrique Fernández peut jouir de sa notoriété acquise sur ses précédents livres pour s’extirper d’un projet complexe et financièrement aléatoire.

Un classique et du potentiel.

Pour qui s’embarque dans l’aventure, le nouveau conte d’Enrique Fernández s’inscrit dans la pure veine de la Fantasy. Un monde dépeignant des êtres classiques du genre (nains, elfes, sorcières) mais aussi des monstres imaginaires (Voirandeer) et bien sûr : de la magie. Les peuples légendaires possèdent surtout des dons (lire dans les veines de la terre pour les nains ; communiquer avec la nature pour les elfes… là encore c’est classique) mais c’est sans doute le brouillard qui intrigue le plus avec sa capacité à corrompre les animaux pour les transformer en bêtes féroces, à dissiper les talents inhérents aux races, à peu à peu annihiler toute cohésion et capacité de jugement d’un groupe.
Des effets qu’on pourrait rapprocher à ceux du Veill dans La Geste des chevaliers Dragons (Tome 3 : Le pays de non-vie).
Reste à voir si Brigada saura développer un souffle épique !

Apothéose graphique.

S’il est une chose constante dans le travail de l’auteur espagnol, c’est bien sa patte graphique incontestablement éblouissante. Reconnaissable entre tous, son style s’affirme d’album en album et nous enchante à chacune de ses productions.
L’univers graphique développé dans Brigada est assez proche des Contes de l’ère du Cobra, moins d’artifices mais plus lumineux, avec un traitement flouté supplémentaire donnant au brouillard un caractère vaporeux qui lui va bien.

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Entretien avec Enrique Fernández.

Puisque j’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec l’auteur et de lui poser quelques questions…

Lunch

J’ai vu que tu avais pu contacter des libraires pour qu’ils mettent en rayon ton album. Ils étaient très heureux de le mettre bien en avant à la librairie Album à Bordeaux en tout cas. Et c’est une très bonne chose pour la promotion de ton travail.

fernandez_enriqueLa question des librairies est très compliquée. Il y a beaucoup de libraires qui ne veulent pas acheter d’exemplaires, car je ne travaille pas comme un distributeur qui peut reprendre les excédents. Je fais une vente complète pour les libraires, sans chance de retourner l’excédent. Et comme ça il n’y a pas beaucoup de gens qui veulent se risquer, malheureusement. Même si je fais des packs de 5 livres !

Lunch

En plus de devoir endosser plusieurs casquettes (auteur, éditeur, distributeur…), c’est compliqué de financer un tel projet.
Je me posais la question de savoir si ton retour sur investissement était bon. Tu as pu commencer à en tirer des bénéfices ? C’est en bonne voie pour le tome 2 ? Tu prévois combien de tomes d’ailleurs ?

fernandez_enriqueJe suis très heureux d’avoir fait ce projet, mais en ce moment je dois encore travailler pour améliorer toutes les erreurs. Il y en a beaucoup ! Et la campagne pour le deuxième numéro sera mieux faite.
Économiquement, oui, ça marche, mais pas pour se dédier complètement à cette affaire. Je fais d’autres travaux en parallèle.
La série comporte trois tomes pour commencer, mais on sait jamais comment ça va marcher. Ça dépend de la campagne du tome 2. On va voir…

Lunch

Trois tomes donc, c’est une belle aventure en tout cas.
Sinon, quand tu parles d’erreurs…
Tu fais référence à quoi en particulier ?

fernandez_enriqueIl y a eu des erreurs de choix surtout pour le mode d’envoi. J’ai choisi une compagnie de transport qui a fait ce qu’elle a voulu avec la plupart de mes envois. Et en plus, elle ne veut pas admettre qu’elle est responsable de ces erreurs. Pour la prochaine fois, je vais faire confiance à une autre compagnie qui va se porter garante du début à la fin sur ce point. Mais c’est l’une des questions les plus difficiles a traiter, car il n’y a pas de bon prix et faire un prix unique pour tous les pays est compliqué, parce qu’il faut que le client qui vient d’acheter le livre ne soit pas déçu, c’est très difficile.

Lunch

J’ai pour ma part trouvé que ce tome introductif était très complexe, imbriquant beaucoup de personnages qui ont tous un rôle à jouer. C’est pas évident de traiter autant de choses en même temps. Le second tome sera plus axé sur l’aventure j’imagine, maintenant que tout est en place ?

fernandez_enriqueQuand j’ai commencé a écrire le premier tome, il était encore plus complexe, car il était plus destructif sur la question narrative. J’ai choisi une approche plus aimable pour ne pas aller trop loin mais sans me laisser porter par une narration trop évidente. Car mon intention est de décrire un univers qui est complexe, ce qui est le cas aussi pour les protagonistes.

Lunch

C’est quelque chose que tu tenais absolument à faire, un livre seul de A à Z ?
Sans filet ?
Sans passer par un éditeur ?

fernandez_enriqueC’est une chose que j’étais tenté de faire depuis longtemps, pendant que je travaillais sur d’autres albums, mais le problème était de financer le tout. Avec le crowdfunding, cette question a été solutionnée.

Lunch

En parlant d’édition, AME est un acronyme ?
Un choix qui a une signification particulière ?
.

fernandez_enriqueAme vient d’Amelia, ma fille. Elle est née l’année durant laquelle je me suis lancé dans cette folie d’auto-édition, et sa naissance m’a donné la force pour travailler avec plus de motivation, pour faire quelque chose différent. Aussi, « AME » signifie « pluie » en japonais, et il y a aussi une relation avec ma fille et d’autres choses personnelles.

Lunch

C’est très joli AME. Pour toutes les significations que tu as énumérées et puis aussi pour ce que ce mot veut dire en français.
Autre question : David Chauvel est quelqu’un d’important pour toi. C’est lui qui t’offre la saga du Magicien d’Oz à tes débuts dans la BD et aujourd’hui, il suit toujours tes travaux de près. Il était encore là pour Brigada. Il t’as dit que tu étais fou quand tu lui a annoncé ce projet ?

fernandez_enriqueHaha ! C’est un très bon ami, et il m’a beaucoup aidé pendant toutes ces années. Même pour Brigada il m’a sauvé sur certaines questions. Il comprend (je crois) mon point de vue sur la question de l’auto-édition, et il m’a seulement demandé de lui expliquer mon expérience quand elle sera finie. Bonne affaire, non ?

Lunch

Les journées sont courtes en ce moment j’imagine, entre la promotion de Brigada #1, la préparation du tome 2 et sûrement aussi tes projets en parallèle ?

fernandez_enriqueOui, trop courtes ! J’ai commencé d’autres travaux qui ont une échéance plus déterminante, et j’ai du laisser un peu à part la préparation du tome 2. J’espère pouvoir lancer la campagne au commencement de l’année prochaine au plus tard.

Lunch

Merci pour tes réponses Enrique et pour tout ce temps que tu m’accordes alors que tu es très occupé. Muchas gracias también por tu francés !

Un autre avis : Fab Silver
Brigada #1
Scénario : Enrique Fernández
Dessin : Enrique Fernández
Édition : AME 2013
Le blog d’Enrique Fernández.
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Une réflexion sur “Brigada #1

  1. […] sur le point de se lancer dans un projet d’auto-édition qui lui tient très à cœur : Brigada ! Un album qui ne sortira pas en librairie mais qui sera disponible en pré-commande. La période […]

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