Astérix #35 : Astérix chez les Pictes

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1 novembre 2013 par Lunch

asterix35

Lunch

Lunch

Quand j’étais petit, la bibliothèque de mon oncle était un refuge dans lequel j’aimais passer du temps, et je considérais ses quelques bande dessinées comme de précieux trésors que je lisais et relisais avec une grande affection.
Mon oncle n’avait pas spécialement beaucoup d’album mais il suivait deux séries en particulier : Storm (une lecture qui n’était pas vraiment de mon âge mais qui reste bien ancrée dans ma mémoire, je reviendrai probablement un jour ou l’autre sur cette œuvre emblématique de Don Lawrence) et Astérix.

Ma bibliothèque d’aujourd’hui est quelque part orpheline de ces lectures de jeunesse (2 Astérix et 1 Storm, c’est bien peu) et la sortie d’une nouvelle aventure des célèbres gaulois, qui plus est marquant un changement historique du duo d’auteurs, m’a offert l’occasion de soigner ma nostalgie.

Trois versions de ce nouvel album sont parues à sa sortie :
– l’album classique, au coût remarquablement faible de moins de 10 € grâce à un tirage très massif (2 millions d’albums dans le monde) et pourtant déjà en réimpression
– l’album édité par la monnaie de Paris, à seulement 1000 exemplaires, accompagné d’un statère gaulois frappé à l’effigie de Vercingétorix et d’un menhir collector en bronze (celui-là même portant les inscriptions des albums composant la série)
– et la version grand format comprenant les petits secrets de fabrication et les planches crayonnées par Didier Conrad.
C’est cette dernière version que je vous présente ici.

Successeurs tous désignés.

Lorsque les premières rumeurs de succession du duo Goscinny/Uderzo sont tombées, j’étais heureux de savoir le nom de Jean-Yves Ferri (De Gaulle à la plage, Le retour à la terre…) évoqué. Fort d’un sens inné de la répartie, on ne pouvait rêver mieux comme scénariste pour reprendre le flambeau d’une série culte comme Astérix, et surtout si l’on considère les albums post-Goscinny comme ratés.

Pour l’épauler, les éditions Albert René ont mis en place une sélection (ne remplace pas Albert Uderzo qui veut) et c’est Didier Conrad qui est parvenu à mettre tout le monde d’accord.

Les auteurs, qui étaient invités sur RMC le jour de la sortie de l’album, ont déclaré que « ce serait un petit peu bête de refuser […], pour un humoriste c’est une chance d’écrire un Astérix tout simplement » (Ferri), que « si je le fais pas je vais le regretter toute ma vie. Je serai le type qui a refusé de faire Astérix, la honte totale » (Conrad).
C’est donc pour eux une grande fierté d’avoir ainsi été choisis (les deux auteurs sont nés en 1959, année du premier Astérix, coïncidence ?) pour succéder à deux auteurs d’une telle renommée, mais à quel prix ?

Contrôle parental.

On retrouve avec ce nouvel opus d’Astérix le dynamisme et les répliques cinglantes de nos amis gaulois. Les jeux de mots se succèdent, autant dans les noms des personnages que dans les échanges de haute volée, ce qui rappelle à notre mémoire la magie des mots propre à René Goscinny et son don pour nous faire rire.
Cet Astérix-là n’est certes pas le meilleur de tous (il n’est pas du niveau des incontournables que sont Les 12 travaux d’Astérix, La zizanie ou encore Le combat des chefs…) mais il est clairement un ton au-dessus des derniers opus et au moins, le ciel ne leur est pas tombé sur la tête (tout au plus un peu de neige).

On pourra regretter une certaine rigidité dans le scénario qui devait absolument obéir à la tradition. Écarts non tolérés, y compris dans le sacro-saint nombre de planches (45 au premier storyboard, réduit (sic) à 44 ), qui voient ainsi la disparition de quelques cases et quelques jeux de mots supplémentaires (re-sic) heureusement retranscrites dans cette belle édition grand format (ouf).

Le dessin de Didier Conrad est lui aussi un éloge au travail d’Albert Uderzo. Non seulement par son trait, emblématique et fidèle, mais aussi dans le cadrage, scrupuleusement étudié. Le souhait de la maison mère est exaucé : le changement est invisible pour le lecteur.
Le fait est que les nouveaux auteurs, aussi grands soient-ils, ont dû respecter un cahier des charges très strict. Avaient-ils le choix ? Non, Astérix n’est pas Spirou : tout a été maîtrisé de main de fer !

C’est en lisant le making-of (dont le moindre mot est pesé) qu’on se rend vraiment compte de la situation. Maître Uderzo passait derrière chaque planche avec son œil d’expert, décortiquant les traits de Didier Conrad pour déceler le moindre faux pas et le corriger aussitôt.
Albert Uderzo n’a pas fait que passer le flambeau, il a été un guide pesant de son expérience et de ses corrections, apportant autant son aide que ses critiques au nouveau duo. L’histoire ne dit pas si la collaboration fut difficile mais elle a sûrement été éprouvante. Il est d’ailleurs mentionné dans les annexes que les deux derniers mois de confection de l’album ont été un véritable calvaire pour Didier Conrad, rendu à bosser vingt heures par jour pour respecter les délais, évidemment non négociables (une communication aux petits oignons au détriment de la santé des auteurs, on comprend qu’Uderzo ait souhaité mettre fin à cela à son âge).

On comprend donc que l’ombre du vieux maître plane derrière chaque planche. Il est également à l’origine de l’un des personnages (le grand-oncle Mac Atrell) et a aussi participé à la conception graphique de certaines figures (notamment l’énorme AFNOR).
Le dessin de la couverture est également en partie de lui (Obélix en entier ainsi que la tête d’Astérix).

Du côté des innovations/satisfactions (planifiées cependant), on pourra apprécier l’apparition remarquée de Vincent Cassel, incarnant le chef Picte Mac Abbeh. Une caricature plutôt réussie et qui rend l’acteur reconnaissable en quelques traits.
Autre nouveauté plaisante, l’émergence de nombreux Pictogrammes aussi drôles que colorés.

Au sujet de la couleur justement…
Fait étonnant, ce nouvel album fait appel à un véritable studio de bande dessinée comme il en existait dans le bon vieux temps.
Après un dessin à quasi-quatre mains, ce sont pas moins de trois coloristes qui ont travaillé sur cet Astérix chez les Pictes : Thierry Mébarki (aux côtés d’Uderzo depuis 1996), Murielle Leroi et Raphaël Delerue. Peu de place (et de considération ?) leur est accordée dans le making-of malheureusement.

Un travail titanesque.

Je reste admiratif du travail accompli par Jean-Yves Ferri et Didier Conrad, qui ont su satisfaire un lourd protocole et renier leurs acquis pour se conformer au cadre strict des exigences patrimoniales.
Ils ont dû se réapproprier l’œuvre de René Goscinny et Albert Uderzo, l’étudier minutieusement, sans omettre un seul détail. Un travail monumental et exemplaire : bravo !

Une balade que j’ai appréciée malgré la faible initiative laissée à ses auteurs, forte en jeux de mots et ponctuée de quelques rires. Une balade qui n’a peut-être pas la saveur nostalgique des premières amours mais elle en a le parfum, et c’est déjà pas mal.

« Les Mac Abbeh se sont alliés aux romains ?!
_ Les Mac abbeh sont des traîtres !
_ Au nom des pictes ventrus, J’exige une explication !
_ Les pictes tachetés sont les alliés de Mac Abbeh !
_ Les pictes blancs sont neutres !
_ Les tachetés sont des vendus !
»

Un autre avis : Snoopy
Astérix #35 : Astérix chez les Pictes
Scénario : Jean-Yves Ferri
Dessin : Didier Conrad
Couleurs : Thierry Mébarki, Murielle Leroi et Raphaël Delerue
Édition : Albert René 2013
Voir aussi : T9. Astérix et les Normands ; T15. La zizanie
La présentation de l’album sur le site officiel d’Astérix.
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Une réflexion sur “Astérix #35 : Astérix chez les Pictes

  1. Lunch dit :

    Par Yaneck le 01/11/2013 :

    Zut, commentaire pas validé, je recommence.
    Donc…
    C’est chouette que tu aies pris le temps de décortiquer la création de l’album, très intéressant. J’aurai aimé te lire un peu plus sur le contenu de l’album lui-même, mais ça ne correspondait pas à l’angle de ton article, et il se tient très bien comme ça.

    Par ailleurs, « exhausser », c’est surélever, le voeux, il « S’EXAUCE » ^^

    Par David (IDDBD) le 02/11/2013 :

    Tiens tu me donnes l’occasion de l’ouvrir sur cet album parce que je n’avais pas franchement envie de le faire sur mon blog 🙂
    Je ne vais pas faire trop mon pénible. Personnellement, cet Astérix chez les Pictes a eu son petit effet « Madeleine de Proust ». J’ai ri aux jeux de mots et c’est quand même le premier Astérix qui se tient depuis des années, ça se souligne.
    Mais bon… Côté écriture, je trouve vraiment ça léger. La grande force des Astérix était ces multiples niveaux de lectures qui dépassaient largement les simples calembours… et quand on sait ce dont FErri est capable point de vue 2e ou 3e niveau de lecture. C’est dommage car on sent le poids de la tradition, des grilles établies et du cahier des charges. Au bout du compte, on s’ennuie quand même un peu, pas de quoi s’ébahir.
    Bref, sans plus

    Par Lunch le 02/11/2013 :

    C’est vrai que j’ai pas vraiment développé le récit en lui-même. Peut-être parce que je le trouve anecdotique par rapport à la conception en elle-même en fait. Ce qui m’a vraiment intéressé c’est le façon de le faire.

    Comme tu le dis David, moi aussi j’ai ri et cela faisait longtemps que ça n’avait pas été le cas comme ça avec Astérix.
    Tout le monde ressent ce poids de la tradition, ce cahier des charges lourd et pesant. Je suis de ton avis, quand on sait ce que Ferri est capable de faire c’est rageant de constater qu’il ne se lâche pas.
    Badelel me mettait tout à l’heure le doigt sur le storyboard de Ferri, elle aurait bien vu l’auteur s’approprier l’oeuvre et faire SON Astérix. Ca aurait eu de la gueule, c’est vrai. Mais aura-t-on l’occasion un jour de voir un Astérix émancipé de ses auteurs ? Pas sûr…

    Par Uld le 02/11/2013 :

    Hey, pour 10€, ben tu m’a donné envie de le lire… j’pense que j’vais me l’acheter; il est devant les caisses au SPAR à côté de chez Julie (si y a bien une seule BD au spar c’est celle là, ca confirme l’énorme tirage). Allez zou, vais m’le prendre !

    Par Lunch le 02/11/2013 :

    Ouais, c’est un classique des supermarchés…
    Ceci dit, si à l’occas tu passes chez un libraire, c’est très bien aussi !

    Par jerome le 19/11/2013 :

    Je suis de mon coté très admiratif du travail de Conrad mais pour le reste (le scénario et la façon dont Uderzo et les ayant-droits ligotent totalement la série), c’est une grosse déception.

    Par Lunch le 19/11/2013 :

    Je comprends ton ressenti. C’est vrai qu’on s’attendait à plus de folie avec Ferri comme scénariste.
    Après, j’ai quand même apprécié la lecture, j’ai rigolé sur quelques jeux de mots. C’est pas un GRAND Astérix mais ce n’est pas une grosse déception non plus. Je m’attendais à quelque chose de mieux que les opus précédents et c’est le cas.

    Je suis moi aussi admiratif du travail de Conrad. Son implication est exemplaire et son trait fidèle à l’esprit Uderzo.

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