MediaEntity #1

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5 octobre 2013 par Lunch

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Lunch

Lunch

MediaEntity est un projet aux multiples facettes.
Tout d’abord, c’est un nouveau genre de bande dessinée, une façon différente de lire et de se divertir.
Au préalable parue en version numérique, à découvrir sur son écran d’ordinateur ou sa tablette, l’histoire de MediaEntity chamboule un peu plus les codes de la narration visuelle, et ce grâce au Turbo média.

Vous vous demandez sûrement quelle nouvelle technologie se cache derrière ce nom barbare ? Elle repose sur un principe simple : alors qu’une bande dessinée se lit case par case en donnant un coup d’œil global sur une planche, le Turbo média propose un défilement des cases de manière chronophotographique, un peu comme dans un film. Il suffit de cliquer ou d’appuyer sur une touche de son clavier pour activer la séquence suivante : une nouvelle case ou l’apparition d’une bulle de dialogue supplémentaire, un effet scénique, etc…
Le concept n’est pas novateur en soi – cette pratique-là était déjà utilisée dans les fichiers Powerpoint par exemple – mais il propose ainsi une manière plus dynamique de lire de la bande dessinée.
Et justement, tout est question de rythme dans MediaEntity

Éric Magoni est trader, autrement dit ce genre de banquiers dont on parlait si peu avant la « crise économique » et qui brasse beaucoup d’argent en bourse. Lorsqu’il remarque avec effroi les chiffres indiqués sur son écran d’ordinateur, il sait qu’il a fait un grosse bêtise et qu’il est mal, très mal. La banque accuse une perte record de 5 milliards. Il va se faire virer c’est sûr. Pire encore, sa banque pourrait couler avec lui… et cette fois-ci il ne sera pas couvert : le bouc émissaire est tout trouvé, ce sera lui !
S’ensuit une course contre la montre. Éric Magoni cherche à fuir ses responsabilités et s’évertue à clamer son innocence alors que tout semble le désigner coupable. En bref, il s’est fait pirater son identité !

« Bien, monsieur Magoni…
La banque SCG vous poursuit pour « abus de confiance » et « faux et usage de faux ». Nous venons d’obtenir pour le compte du gouvernement l’accès au log de votre entité.
»

Avouons-le, le rythme effréné du scénario apporte une tension palpable et le Turbo média aide à l’immersion dans cette histoire aux côtés d’Éric Magoni. De même, le dessin d’Émilie est expressif et plein de vivacité. Son trait a un petit quelque chose de Christophe Blain dans sa dynamique, bien qu’il soit moins mature dans sa fermeté.
Mais ce ne sont pas les seuls points forts de MediaEntity, car à côté du premier mot barbare sus-cité, on pourrait également parler de Transmédia. MediaEntity joue sur les frontières entre la réalité et la fiction. Vous aurez bien entendu fait le rapprochement entre Éric Magoni et Jérôme Kerviel (sa banque s’appelle d’ailleurs la SCG, de là à voir un lien avec la Société Géniale…). Il est aussi question du « tout numérique » et de la protection de la vie privée. L’histoire de cette bande dessinée part d’un principe simple : notre monde évolue et nous sommes tous de plus en plus imprégnés par les nouvelles technologies : smartphones (bientôt à reconnaissance digitale), Facebook, carte d’identité numérique… nous sommes fichés, repérables, et les informations que nous laissons sur le domaine public peuvent facilement se retourner contre nous. Je ne suis pas un paranoïaque dans l’âme mais il faut tout de même faire attention à ce qu’on dit et ce qu’on fait, sur les réseaux sociaux pour commencer.
Le thème premier de MediaEntity est le vol d’identité. Cette histoire pourrait être un récit d’anticipation du monde de demain. Nous n’en sommes pas si loin.

« Ta vie telle que tu la connaissais est terminée. Tu ferais mieux de t’y faire. Donne-moi ta main. Tu as été infecté.
_ Eh !
_ T’es des nôtres, maintenant ! Hin, hin !
_ Qui êtes-vous ?
_ Comme toi, plus personne. Tu dois te cacher. Ils vont se lancer à ta recherche. Débarrasse-toi de ton téléphone. Ils t’espionnent avec. DEVIENS INVISIBLE !
»

Le concept de Transmedia, au cœur même du récit, est poussé à son paroxysme. Les auteurs organisent, à chaque parution d’un épisode de MediaEntity, un petit jeu de piste pour obtenir un code accès permettant de le visualiser en avant-première. Cela peut aller de la simple énigme à résoudre à la recherche de dead-drops (clefs USB scellées dans un mur dont les données doivent être récupérées avec un ordinateur portable) disséminées dans les villes partenaires.
Et puis il y a aussi la page Facebook du projet si vous voulez discuter avec Wilhem (un personnage bien mystérieux, qui tiendra vraisemblablement le premier rôle dans le T2) ou être tenus au fait des joies et facéties de la technologie moderne.
En bref, les auteurs ont su développer une communauté bien vivante, débordant du simple attrait d’une bande dessinée.

Et puis il y a depuis peu la bande dessinée au format papier.
Au départ, je me demandais si cela valait le coup d’acheter quelque chose que j’avais déjà lu et dont la lecture en ligne avait un réel intérêt. Au final, je me suis dit que c’était très bien de se procurer l’objet ne serait-ce que pour aider les auteurs financièrement après le gros travail déjà abattu pour cette série.
Je ne suis pas mécontent de mon acquisition !

Certes, les séquences de lecture sont différentes. L’œil est forcément attiré par les cases suivantes, on est moins dans l’instantané, dans l’immersion.
Certes, je connais déjà l’histoire et donc, je ne bénéficie pas de l’effet de surprise.
Pour autant, le travail des auteurs sur cet album mérite qu’on s’y attarde car ils on aussi pensé aux lecteurs comme moi. De nouvelles bulles de dialogues, par exemple, sont disséminées ça et là et complètent la pensée des protagonistes. Un détail qui passe quasiment inaperçu cependant. En revanche, la réalité augmentée apporte vraiment une seconde lecture !

Réalité augmentée ? Encore un barbarisme ?
Effet de mode ? Le concept de réalité augmenté surfe sur la vague des smartphones et autres tablettes en proposant un « troisième œil » qui va scanner les pages où le logo « ME » apparaît pour nous proposer une vision alternative.
Force est de constater que la réalité augmentée, que j’aurais pu qualifier de gadget sur une autre bande dessinée, s’intègre ici parfaitement bien. D’une part parce qu’elle est liée à l’essence même de l’histoire de MediaEntity (Transmedia hein ?), d’autre part parce qu’elle permet d’approfondir la lecture, et même de lui donner d’autres voies d’interprétation.
Les bonus inclus dans la BD sont à la fois papier et numériques. Ils représentent la réalité mais aussi son reflet : interviews de protagonistes, dossier sur Éric Magoni (et explications sur sa folle journée), mais aussi une galerie de portraits vivants : témoignages vidéos de personnages bien réels s’étant fait dérober leur identité… parmi eux, sûrement quelques amateurs mais aussi des auteurs, comme Davy Mourier qui sort au même moment chez Delcourt La petite mort (l’auteur sera en dédicace chez Album Bordeaux ce samedi 12 octobre), une autre BD à réalité augmentée. Le jeu de ces « acteurs » n’est pas toujours du même niveau mais on apprécie les performances. Comme par exemple, très touchante, celle de cette fille s’exprimant en langage des signes et qui voit son double chanter sur la toile. On peut visionner ses interprétations sur Youtube où elle exerce sous le pseudonyme de damngoodtoffee (il s’agit en réalité de Julie Kansara… tiens tiens !), de chouettes reprises à plusieurs mains (décidément les Kansara sont pétris de talent).
Puisque ces bonus sont liés à une adresse internet, ils peuvent être étoffés ou modifiés à tout moment. Et ça fait plaisir de voir que les fans ont aussi leur place, quelque part, dans ce beau projet.

Simon Kansara et Émilie Tarascou sont deux jeunes auteurs et MediaEntity est, si je ne me trompe pas, leur première bande dessinée. Ils n’ont pas vraiment le temps pour travailler sur un autre projet en parallèle (ils s’amusent comme des petits fous) tant leur ambition pour MediaEntity est élevée. Car non contents du succès de la web série, adaptée en livre, ils ont également développé un jeu de rôle à côté. Je n’ai pas encore pris le temps de me pencher dessus mais cela devrait intéresser mes amis rôlistes.

Le tome 2 doit paraître en janvier 2014, affaire à suivre…

Badelel

Badelel

Addendum du 07/01/2014

L’an dernier, y’a un truc qui s’est soudain mis à cartonner sous l’impulsion des auteurs et sans la participation des éditeurs, trop frileux : la BD numérique.
Au-delà de la simple mise en ligne de planches scannées, les auteurs ont proposé des outils d’interaction entre l’histoire et le lecteur. Curieusement, quelques mois plus tard, on retrouvait ces BD dans les bacs en version papier avec des ressources numériques à base de QR codes et autres pirouettes « geeks »*. Les éditeurs ont quand même trouvé le moyen de se faire quelques ronds avec la BD numérique… En l’imprimant. Tous comptes faits, ils ne s’en tirent pas si mal. Mais la question est : la version papier est-elle à la hauteur de ce que propose la version d’origine ? La réponse est bien entendu : non.
Si vous me connaissez un peu, vous connaissez mon aversion pour les adaptations littérature/BD, littérature/ciné, BD/ciné, etc. Selon moi, une œuvre a été créée dans un certain format car c’est celui qui se prêtait le mieux au contenu, et même si l’auteur y met son grain de sel, on ne peut retrouver dans l’adaptation la puissance et l’originalité de la version première.

Ceci s’applique bien entendu à MediaEntity. Le format numérique a permis aux auteurs de développer le mouvement dans leur BD. Le stress du personnage n’en est que mieux rendu. Inutile de préciser que de ce côté-là, la version papier fait un sacré flop. En numérique, un vrai travail a été réalisé pour que les planches s’enchaînent au mieux et créent une véritable dynamique. Travail rendu complètement inutile sur la version Delcourt. Certaines « cases » ont été purement et simplement supprimée pour pouvoir s’adapter à une mise en page plus classique. En revanche, l’édition apporte d’autres choses : un livret « aides de jeux » par exemple avec interviews et articles de presse, et des bonus en réalité augmentée sur ces pages annexes. Tout ça permet d’aller plus loin, de sortir de l’histoire pour mieux nous faire baver sur ce que le scénario peut apporter.

Ah oui, au fait… L’histoire… Ben sympa mais sans plus en fait. A part ces éléments ajoutés sur la version papier qui nous permettent de croire que ça va bien au-delà de ce malheureux trader qui s’est fait manipuler, l’histoire est somme toute assez banale et les rebondissements convenus. Toutefois, cette BD a une qualité immense, que peu d’œuvres sont capables de proposer : il y a des pigeons PARTOUUUUUUT !!! o o// o/
Côté dessin, j’y trouve, comme Lunch, une forte influence de Christophe Blain avec des personnages longilignes, des traits type « rough », des mouvements dans l’étirement… Mais on est loin d’en égaler le talent. On ressent ici plus la sensation d’inachevé qu’un style vraiment abouti. La couleur est particulièrement agressive dans la version informatique, quoi qu’elle passe un peu mieux sur la version papier. Disons que l’inévitable altération des couleurs à l’impression fait plutôt du bien à nos pauvres petits yeux.

Finalement, le principale intérêt de MediaEntity, c’est sa version numérique, mais malheureusement, ce qui s’autoproclame comme étant une « série transmédia » a mis de côté son format originel après la signature avec Delcourt. Espérons que nous retrouverons la suite en numérique après la parution du tome 2….

* La définition du mot « geek » étant de plus en plus floue et tronquée, je me permet d’entourer ce mot de guillemets.

MediaEntity #1
Scénario : Simon Kansara
Dessin : Émilie Tarascou
Édition : Delcourt 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “MediaEntity #1

  1. Lunch dit :

    Par Choco le 11/10/2013 :

    J’ai pour ma part fait une lecture très traditionnelle, en zappant tout le côté Transmédia. Et je ne peux pas dire que ce premier tome m’ait réellement convaincue…

    Par Lunch le 11/10/2013 :

    Je l’ai lu en ligne donc j’ai du mal à déterminer à quel point la perception est différente. En tout cas la lecture en ligne est vraiment attractive et prenante ici (et elle est toujours possible directement sur le site de MediaEntity).

    La BD est pour moi intéressante de par son contenu additif, la réalité augmentée faisant partie intégrante du propos et apportant un réel plus à l’histoire.

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