Dans l’abîme du temps

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16 septembre 2013 par Lunch

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Lunch

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J’avais à peine 14 ans quand je me suis pour la première fois pris les pieds dans l’univers du jeu de rôle. C’était il y a bien longtemps déjà… Bien entendu, les premiers scénarios sont surtout épiques, à grands renforts de coups d’épées et de magies surpuissantes. Et puis, petit à petit, on en vient à découvrir de nouveaux mondes, nombre d’entre eux étant issus de romans. C’est ainsi qu’est née une certaine délectation pour les œuvres magiques de Tolkien, Gaborit, Zelazny ou encore Lovecraft.

Bien entendu, j’ai avant tout pris un immense plaisir à jouer, sans me soucier vraiment de l’origine des aventures que je vivais. Puis j’en suis venu à m’y intéresser, les dévorant goulument pour certains tant j’ai trouvé leurs auteurs géniaux.
Le mythe de Cthulhu a ceci de passionnant qu’il regorge de créatures insondables, de Grands Anciens à la puissance tentaculaire et à la sapience infinie. Des horreurs indicibles qui datent un peu mais dont le genre est perpétué à travers les âges et qui demeure aujourd’hui encore une lecture marquante.
De nombreux auteurs ont contribué à accroitre la renommée de l’œuvre. Howard Phillips Lovecraft était un pionnier et il entraîna dans sa suite d’autres grands écrivains, célèbres pour avoir prêté leur plume au mythe, comme August Derleth ou Rebert E. Howard.
Maintenant, les nouvelles aventures de Cthulhu ne se lisent plus, elles se vivent… il est de ces petites joies d’être rôliste !

Ian « I.N.J. » Culbard n’en est pas à sa première adaptation des nouvelles de Lovecraft puisqu’il a déjà publié, chez Akileos pour le public français, Les montagnes hallucinées et L’affaire Charles Dexter Ward.
Il a d’ailleurs obtenu pour le premier cité le prix du meilleur roman graphique de la British Fantasy en 2011… un prix pas si surprenant si l’on considère que le romancier August Derleth en est en quelque sorte le parrain spirituel du festival et que la récompense est une statue en ivoire représentant Cthulhu.

« Supposons un instant que je ne rêvais pas.
Supposons que mon amnésie résulte d’un échange diabolique.
Supposons qu’une personnalité secondaire ait pénétré dans des régions inconnues et que ma propre personnalité ait souffert un déplacement.
Où était mon vrai moi les années durant lesquelles un autre retenait mon corps en otage ?
»

Adapter une histoire n’est pas chose aisée. Pour autant, je me retrouve parfaitement dans le style par rapport aux romans originaux. En cela, même si je n’ai pas lu Dans l’abîme du temps, je reconnais un bon travail de fond sur la narration dans cette bande dessinée, jusque dans les dialogues.
Je me suis bien immergé dans le récit, pour suivre cet homme, Nathaniel Wingate Peaslee, dans sa quête intérieure. Victime d’amnésie, il a l’impression d’avoir vécu un profond traumatisme mais des réminiscences de ces années d’oubli lui reviennent dans ses songes… Le plus surprenant, c’est qu’il semble avoir voyagé dans un lieu hors du temps et de l’espace… un mystère !

Pour ceux qui comme moi ont déjà lu des nouvelles de Lovecraft, le fil conducteur est assez classique et aisément prévisible. Cela ne m’a pas foncièrement gêné (bien qu’un peu de surprise eut été appréciable), mais j’avais l’impression de connaître tous les secrets de l’histoire alors que je n’en étais qu’à ses prémisses, lorsque Nathaniel rencontre son médecin. Il restait à peine quelques points d’ombres pour me rassasier, non pas sur le procédé mystique mais sur la civilisation Yithienne en elle-même.
Les amateurs du jeu de rôle (et l’auteur en est un lui-même) ont l’habitude de vivre des scénario plus débridés. Mais ce serait aller au-delà de la simple adaptation.

Côté dessin, je suis plus réticent.
Le trait de Ian Culbard est plutôt gras et raide dans sa partie contemporaine de l’histoire. Les visages manquent d’expressivité, en partie à cause des deux points faisant office d’yeux et de par la rigidité des faciès. Il manquait peut-être un peu du fog londonien et de hachures nerveuses pour accentuer l’obscurantisme de la situation : un brin de folie, tout simplement.
Pour autant, l’auteur a su instiller dans les visions de Nathaniel ou dans les cieux étoilés une atmosphère plus adéquate. Et sur les dernières pages, surtout, alors que le scénario monte en puissance, on retrouve enfin un petit frémissement, fort d’un graphisme plus torturé, marqué par l’abondance de traits, quelques effets de lumière bienvenus et cette impression de grandeur cyclopéenne, enfin.

Une bonne histoire dans laquelle j’ai retrouvé le style Lovecraft. Il manquait un petit brin de folie pour accentuer l’ambiance horrifique.

Chose rare (mais ça m’arrive parfois), j’ai essayé de lire cet album (tiens, je n’ai pas parlé de son petit format sympathique) avec un fond sonore. Je n’avais pas mieux à disposition que la bande originale de Coraline. Un choix plutôt cohérent dans son ambiance générale mais plutôt handicapant sur certaines pistes plus vocales (qu’il vaut mieux zapper même si elles sont courtes).

 

Badelel

Badelel

Deux mauvais points d’emblée pour cet album : la grande majorité des adaptations sont mauvaises et je ne suis pas une inconditionnelle de Lovecraft. Autant dire que je n’attendais pas vraiment cette lecture avec une grande impatience. Jusqu’à l’arrivée de l’album en question.
Soyons honnête, le travail éditorial est bluffant ! Une belle couverture, une excellente qualité de papier, bien épais et bien mat. Au passage, mes félicitations à Akiléos !!! Quand on voit un livre pareil, difficile de se retenir !

Quant au livre lui-même, je reste plus mesurée. Quelques rares planches vraiment sublimes, des couleurs vraiment chouettes tout à fait adaptées à l’ambiance, une adaptation globalement cohérente (ça normalement, c’est plutôt un compliment de ma part)…
Bon mais cela dit, je ne sors pas non plus enchantée. La faute à Lovecraft ou à celle de Culbard ? Allez savoir, je n’irai pas non plus lire l’œuvre originale (et même je vous autorise à me lapider pour ces propos). Je trouve l’ensemble à la fois lent (pas d’action, pas de flip, rien que le témoignage obscur d’une victime quelconque) et trop rapide (pas le temps de vraiment comprendre ce que ce Nathaniel essaie de nous expliquer). Quant au dessin (vraiment sauvé par les couleurs et la qualité du papier), je le trouve inadapté à l’univers sombre de HP Lovecraft.

A me lire, vous allez vous dire que c’est un navet ? Non, c’est quand même une lecture qui passe pas mal. Par contre, clairement, ce n’est pas le chef d’œuvre du siècle.

D’autres avis : Champi, Choco, Mo’
Dans l’abîme du temps (One shot)
Œuvre originale (Nouvelle) : Howard Phillips Lovecraft
Scénario : Ian Culbard
Dessin : Ian Culbard
Édition : Akileos 2013
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