Queen & Country (Format intégrale #1)

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10 septembre 2013 par Lunch

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Lunch

Lunch

Lorsque Yvan nous a récemment fait l’éloge de Queen & Country, il nous a parlé de la meilleure série d’espionnage qu’il ait eu l’occasion de lire. Avec une présentation aussi dithyrambique il est parvenu à capter notre attention. Notre libraire a achevé de nous convaincre, prétextant qu’elle ne connaissait pas suffisamment les romans d’espionnage pour tenir la comparaison mais que du point de vue cinéma et bande dessinée mélangés, Queen & Country était ce qui se faisait de mieux.
Greg Rucka le Tom Clancy de la BD ?

Queen & Country nous amène à côtoyer les locaux du S.I.S. (Secret Intelligence Service), c’est à dire le service en charge de la sécurité de la Grande Bretagne. Les « vigies » du MI-6, au nombre de 3, sont investies de missions coordonnées par leur supérieur direct Paul Crocker. Ils œuvrent de concert pour le pays et pour les beaux yeux de Sa Majesté. Des copains de James Bond en somme.
Parmi ces vigies figurent Tom Wallace (le chef de section), Tara Chace (une femme dangereuse) et Ed Wittering (le bleu).
On pourrait aisément tenter de faire un rapprochement avec les scénarios de Ian Fleming, mais là où James Bond est un héros charismatique mêlé a des aventures centrées sur sa personne, Queen & Country développe surtout des intrigues politiques qui s’imbriquent aux menaces extérieures. Nous sommes sans cesse baladés entre les missions (d’espionnage, d’infiltration et pourquoi pas diplomatiques) et les scènes au quartier général, le cœur même des conspirations.
Et ce n’est pas tout, car en plus de ça, Queen & Country met sur un piédestal ses héros, à la fois chair à canon et terriblement humains. C’est peut-être même le point fort de la série : les agents secrets sont faits de sang et de larmes. Ils ont un cœur, une âme et des remords.

La construction des personnages se fait au même rythme que le récit progresse. Les missions s’enchaînent et nous apprenons d’eux, non pas en revisitant leur passé mais en vivant leur quotidien, suffisamment riche pour tenir en haleine. Nul besoin de connaître ce qu’ils ont été, on vit avec leurs actes et leurs angoisses. Les scènes d’action, prenantes, alternent avec les crispations des manœuvres en coulisses et les moments plus calmes et psychologiques. Une alchimie qui fonctionne bien.

« Et dire que c’est pour ça que j’ai quitté le régiment.
_ Allez, avoue, Ed, ça t’excite de te rouler dans la boue.
_ C’est bon pour le teint, pas vrai ? Non pas que tu en aies besoin… vu que tu es le plus beau spécimen de tous les services secrets.
_ C’est ça, la boue, la sueur et la merde mettent les filles en valeur.
_ Pour moi, oui.
_ C’est comme ça que tu parlais à tes potes du S.A.S. ?
_ J’l’aurais fait… si j’en avais pincé pour l’un d’eux.
»

Pour remplir son devoir, Greg Rucka a pensé à plusieurs dessinateurs. Ils sont 4 dans cette intégrale 1 :
Steve Rolston (partie 1 – Opération : Broken Ground) a un dessin assez simple. Plus clair et sans usage de noirs intenses, il permet une identification rapide des personnages, mais je trouve que son trait à aussi tendance à adoucir leur caractère, à lisser leur personnalité.
Le dessin de Brian Hurtt (partie 2 – Opération : Morningstar) est plus fin. Plus réaliste aussi ! Il donne une vraie identité aux personnages et en particulier à Tara Chace qui est elle-même en quête de repères. C’est incontestablement le style auquel j’ai le plus adhéré dans cette intégrale 1.
Pour finir, Leandro Fernandez (partie 3 – Opération : Krystal Ball) adopte un style plus typé comic-books avec des visages allongés et des allures plus sombres. Certes, ce graphisme colle parfaitement à l’ambiance et renforce le côté manipulateur des dirigeants (c’est de la politique tout de même), mais je l’ai trouvé finalement moins convainquant… Et puis ça m’a dérangé de voir Tara Chace avec d’aussi gros seins alors qu’elle passait plutôt pour une fille jolie mais d’un aspect plus militaire… Les gros seins c’est quand même un peu encombrant pour les missions d’infiltration à la dure, n’est pas Lara Croft qui veut !

Stan Sakai fait également une brève apparition, avec son style cartoonesque bien reconnaissable. Sur quelques pages, il présente une histoire courte sur la mafia russe qui se situe quelque part entre deux chapitres de l’Opération : Broken Ground.

Des styles graphiques très différents pour chaque histoire qui n’ont comme seul point d’accord que le traitement du noir et blanc. Les dessinateurs successifs s’approprient les personnages et les redessinent complètement, ce qui a pas mal complexifié ma lecture… J’ai éprouvé beaucoup de difficultés à chaque début de partie pour retrouver mes marques, je comparais et essayais tant bien que mal de remettre les bons rôles sur les bonnes têtes. Et c’était pour moi un aspect très pénible.

Vous l’aurez compris, le changement graphique permanent m’a un peu perturbé, mais ce qui est fort sur Queen & Country, c’est surtout le scénario, porté par ses rivalités entre bureaux fédéraux et ses personnages qui prennent de plus en plus d’envergure.
On est un peu comme dans une série TV américaine : les premiers épisodes posent le décor et plus on avance, plus on rentre dans l’intimité du récit. Les protagonistes prennent du poids et donnent envie de les suivre. L’intégrale 2 n’est pas très loin.

Badelel

Badelel

Yvan nous a vendu Queen & Country comme l’une des meilleures séries d’espionnage. Notre libraire Magali a plussoyé en arguant qu’en littérature comme au cinéma, c’était sans doute ce qui se faisait de mieux. Voilà l’enjeu quand même !
Ou pas, peut-être qu’en fait, c’est juste que le niveau moyen du genre n’est pas très élevé ?

Je suis taquine ! Queen & Country est un excellent divertissement. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on voit du pays. Y’a un peu d’action mais pas trop non plus. Un peu de psychologie mais pas trop non plus. Du sentiment, enfin… à peine. Un bon mélange à bonne dose qui rend addict et qui fait qu’on ne lâche plus sa petite intégrale et qu’on attaque la seconde dans la foulée.

Le soucis – et le système des intégrales accentue vraiment ce défaut – c’est le changement d’illustrateur à chaque épisode, avec un style très différent à chaque fois. Lunch l’avait trouvé vraiment dérangeant. Pour ma part ça ne m’a pas vraiment gêné au premier changement car le premier style (Steve Rolston) est vraiment amorphe et neurasthénique. Le deuxième graphisme (Bryan Hurtt) au contraire est bien en accord avec l’esprit de la série, alors quitter son style pour adopter un genre Lara Croft (mensurations 140-35-100) avec des pifs et des mentons carrés à la Batman (Leandro Fernandez), c’est passé moyen en travers de la gorge sur la troisième histoire (et encore, dans l’intégrale 2 on passe la seconde justement).
Ce qui a dû passer beaucoup plus inaperçu avec une édition originale en fascicules devient vraiment agressif en alignant les histoires les unes derrière les autres.

Bref, un changement de style graphique dommageable sur une série de très très bonne valeur avec une héroïne au caractère bien trempé et pourtant un peu sensible, des directeurs antipathiques, un boss tête brûlée, une secrétaire cynique… Des personnages bien définis qui nous trimballent sur les plus gros conflits de la décennie 2000.

Dommage aussi pour les boulettes de l’éditeur un peu trop nombreuses sur la fin du bouquin avec des tirets de césure au milieu des mots pas « césurés » (euh suis-je claire là ?). Une déception car Akiléos nous a habitué à un travail plus propre…

roaarrr

– Will Eisner Award de la meilleur nouvelle série 2002 (Opération : Broken Ground)

Un autre avis : Yaneck
Queen & Country (Format intégrale #1)
Scénario : Greg Rucka
Dessin : Steve Rolston, Stan Sakai, Brian Hurtt & Leandro Fernandez
Édition : Akileos 2012 (T1 : Semic 2004 / T2 : 2008)
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3 réflexions sur “Queen & Country (Format intégrale #1)

  1. Lunch dit :

    Par Mo le 11/09/2013 :

    Noooon… rien de rien… non, je ne regrette pas de ne pas m’être lancée dans cette aventure ^^

    Par Lunch le 11/09/2013 :

    J’irais pas jusqu’à dire que tu as tord (parce que mine de rien la BD est un hobbie qui coûte pas mal d’argent) mais tu passes à côté d’une très bonne série.

    L’aspect graphique nous a certes un peu déconcertés Badelel et moi mais au niveau du scénario, de la construction des personnages et du développement des intrigues, y’a rien à jeter, c’est parfait !

    Par Bidib le 04/01/2014 :

    Cette BD me fait vraiment envie. Et j’adore les couvertures, elle dégagent vraiment quelque chose
    Au fait, il y a un bavard qui traine sur Ma petite Médiathèque … 😉
    http://mapetitemediatheque.fr/2014/01/club-des-bavards/
    Merci 🙂

    Par Lunch le 04/01/2014 :

    Si j’ai un conseil à te donner c’est d’ouvrir les albums avant de les acheter (si jamais tu dois les acheter, tu peux aussi les lire, en bibliothèque ou ailleurs). Le dessin change à chaque épisode (puisqu’il y a autant d’épisodes que de dessinateurs) et ça surprend vraiment. Mais bon, ça reste de bonne facture et surtout le récit est magistralement bien foutu.
    Le meilleur polar d’espionnage que j’ai jamais lu.

    Diantre, tagué 2 fois pour mon bavardage, je suis touché 🙂

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  2. […] n’avais pas lu quelque chose d’aussi bon dans le genre depuis Queen & Country, qui bien que légèrement différent dans l’envergure des missions, traite tout de même […]

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