L’île infernale

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4 août 2013 par Lunch

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Lunch

Ces derniers temps, je rechignais pas mal à me lancer dans de nouvelles séries manga, de peur de les voir s’allonger sur une tomaison fleuve. Il faut dire qu’en manga, les séries courtes sont plutôt rares dans la production traduite. Du coup, je manquais de nouveautés et d’envie.
Heureusement, on m’a conseillé L’île infernale, une histoire complète en 3 volumes (merci Choco). Bien entendu, je suis parvenu à trouver quelques autres titres depuis mais ceci est un autre sujet !

L’île infernale commence un peu comme le célèbre Battle Royale : des détenus sont amenés sur une île abandonnée aux prisonniers voués à eux mêmes et contre leurs semblables. Ici les exilés ne sont pas des étudiants mais le point de départ fait irrémédiablement penser au roman de Kôshun Takami (adapté en manga et au cinéma) tant le comité d’accueil est mortellement chaleureux.

« Tu n’as pas de questions ?
_ Je suis là pour obéir, pas vrai ? Alors, non…
_ Et bien, ça promet… Nous nous rendons dans une arène… où tu vas affronter six hommes… dans un combat à mort. Et l’être divin honorera le spectacle de son auguste présence. »

Pourtant, le scénario se construit de surprise en surprise et développe rapidement un univers du genre post-apocalyptique : la vie reprend ses droits sur les vestiges d’une ancienne civilisation, les précédents habitants ayant quitté les lieux pour le bien de ces prisons à ciel ouvert.
On s’aperçoit vite que toute société, même marginale, obéit à des règles. Sur l’île infernale, les dominants sont au sommet de l’échelle et les faibles sont à leur service… voire pire encore. Le pain et les jeux sont revenus au centre du système et les idoles servent à canaliser une population miséreuse.
J’ai retrouvé dans cet esprit-là une part de nostalgie de ma prime jeunesse : un petit côté Hokuto no Ken (Ken le survivant) avec ces chefs de secteurs, cette apologie du combat viril et sa bestialité. Ou encore Saint Seiya (Les chevaliers du zodiaque) avec la vénération d’une déesse et cette inexorable ascension vers le sommet de l’île.

Ne prenez pas pour autant cette présentation comme un résumé exhaustif de l’histoire, un peu plus torturée que ça. Les bases, une fois posées, servent de terrain de jeu idéal pour une traque. Les véritables enjeux dépassent largement le cadre du synopsis initial, vous les découvrirez au fil des tomes et des flashbacks subtilement dosés. La narration est propre et efficace, et le personnage (principal) de Ei Mikoshiba est suffisamment mystérieux sur ce qui l’amène sur l’île pour préserver le suspense.

« En 2009, le Japon a réformé son système judiciaire en y introduisant le principe de jury populaire. Cette participation citoyenne au sein de la machine judiciaire a constitué le plus gros bouleversement en la matière depuis la grande réforme d’après guerre. Tout cela a également entraîné une révision complète du droit pénal.
Alors que le monde, plongé dans la crise économique, n’apercevait toujours pas la lumière au bout du tunnel, la criminalité du pays atteignait des sommets vertigineux, comparables à ceux des pays occidentaux.
De plus, face aux critiques grandissantes des autres payés développés, le Japon a aboli la peine de mort pour des raisons « éthiques ». Celle-ci a été remplacée par une autre sanction qui n’avait plus court depuis 1908, soit plus d’un siècle. »

Outre l’aspect scénaristique, L’île infernale développe aussi une thématique récurrente des œuvres nippones : l’abolition de la peine de mort. Dans ce japon-là, elle a été remplacée par un bannissement dans des îles prisons plus ou moins éloignées selon l’importance du crime.
Pour autant, on ne peut pas affirmer que cette relative liberté présente une bonne alternative à la peine capitale…
Il est aussi question de progrès et de servilité, deux mots bien difficiles à placer côte à côte… quand la fiction dépasse la morale.

Yusuke Ochiai est un auteur méconnu en France. Il s’agit chez nous de sa première œuvre publiée et nous le devons à Komikku, à l’origine une librairie et qui a décidé de se lancer dans le domaine de l’édition pour élargir et redynamiser le secteur du manga. L’île infernale est le fruit de leur premier travail : un seinen de qualité pour pari réussi !

Un autre avis : Choco
L’île infernale (série terminée en 3 tomes)
Scénario : Yusuke Ochiai
Dessin : Yusuke Ochiai
Édition : Komikku 2012

Une réflexion sur “L’île infernale

  1. Lunch dit :

    Par Choco le 29/08/2013 :

    Je réagis un peu tard mais je suis contente de t’avoir quelque peu aiguillé ! Dans le genre petite série, je viens de découvrir Soul messenger en 2 tomes, scénarisé par l’auteur de GTO. Plutôt chouette. Le seul hic : la série a tourné court en fait et on ferme cette histoire avec un goût de frustration. Faudrait que j’en parle, en fait ^^

    Par Lunch le 29/08/2013 :

    Je l’avais repérée cette (courte) série, mais j’ai pris d’autres options finalement (dont Yokozuna et L’île infernale, mais aussi une série plus longue : Bonne nuit Punpun). Je trouvais le dessin un peu léger, entre autre.
    Moi aussi je suis content te tes bons conseils 🙂

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