Death note

2

8 juillet 2013 par Lunch

avatar_lunch

Lunch

Imaginez qu’un jour, en vous promenant innocemment dans la rue, vous tombiez sur un cahier à la couverture noire traînant à même le sol. Lorsque vous le ramassez pour essayer d’y trouver l’identité de son propriétaire (vous êtes quelqu’un de bien), vous découvrez une notice d’utilisation prétextant que l’objet que vous tenez dans les mains est capable de tuer la personne à laquelle vous pensez à condition d’écrire son nom et de connaître son visage.
Le premier réflexe dans ce genre de cas est de ne pas croire à de telles absurdités et de chercher où est la caméra cachée (Marcel, c’est toi ?). Mais la curiosité vous poussera peut-être (surtout si c’est l’un de vos défauts) à… essayer… pour voir…
À votre grand dam, la personne dont vous avez inscrit le nom décède dans l’instant. Vous êtes alors pétrifié !
Quelqu’un de normalement constitué, pris du remord d’avoir succombé à la tentation, aurait crié haut et fort et aurait brûlé l’objet du délit, voire l’aurait amené à la police ou que sait-je ? Mais dans le cas de Light Yagami, élève brillant aspirant à devenir lui-même policier comme son père, la situation est différente : fort d’un instinct de justicier vivant dans l’utopie d’un monde meilleur, il décide de poursuivre ses expériences, de s’accaparer de ce nouveau pouvoir pour devenir Kira, le Dieu qui fera de notre belle terre un havre de paix exemplaire et parfait.

N’est pas Light Yagami qui veut…

« Je suis Kira. Et… le Dieu du monde nouveau.
Dans le monde actuel, je suis la loi et je fais respecter l’ordre. C’est un fait.
Désormais, la justice, c’est moi.
Je suis l’espoir des hommes de ce monde. »

Un potentiel démentiel.

Avec un tel synopsis, attrayant à souhait, Death Note possède un réel atout et commence très fort, suscitant l’engouement de nombreux mangaphiles. Moi même à l’époque, j’en ai fait partie.
Il faut dire que le succès a été au rendez-vous dès le départ, reposant sur un pitch simple et mortellement efficace. L’adrénaline des premiers meurtres se heurtait instantanément à notre morale :
Selon Light, un criminel ne méritait pas de vivre. Son projet d’assainir la population ressuscitait ainsi la problématique de la peine de mort tant controversée au Japon. Devait-il à nos yeux être un héros (déifié pour certains) ou un psychopathe de la pire espèce (recherché par toutes les polices du monde) ? Où s’arrête le bien et où commence le mal ?
Autant de conflit moraux que les auteurs entretiennent tout au long de la série sans prendre vraiment de parti pour l’un ou l’autre camp.

Death note, c’est aussi et surtout une lutte d’influence entre deux personnages qui cherchent à se faire tomber l’un l’autre : L, inspecteur mystérieux de renommée mondiale capable de résoudre les enquêtes les plus ardues ; et Light Yagami, jeune utopiste machiavélique et retors autoproclamé Dieu du monde qu’il souhaite créer.
Tout le suspense de la série réside dans cette opposition. Light cherchant à trouver le nom véritable de L, et L cherchant à prouver que Light est bien Kira (il est pas con le bougre).

Pourtant, pourtant…

Fort de la lecture des 12+1 tomes de cette série (relecture en fait, j’avais pas réussi à aller plus loin que le 5ème tome la première fois), je suis au final plus septique que fanatique, et ce pour plusieurs raisons.
La première d’entre elle, et non des moindres : la série s’est éternisée en longueur. Vous allez me dire que 13 tomes c’est peu pour un manga (surtout si on considère qu’il n’y en a que 12) et vous auriez raison. Mais le fait est que les auteurs peinent à garder la même crédibilité tout du long. Ils font dans la surenchère, ils tournent en rond, inventent des rebondissements douteux et écrivent les règles du Death Note au fur et à mesure de l’histoire… Franchement, les 4 premiers c’était bien, le 5ème on s’égare…
Les auteurs auraient pu conclure en 7 tomes (c’eut été très bien pour un shônen). Ils en font 13. Résultat : 5 tomes qui n’ont plus la même saveur, qui ne surprennent plus ou au contraire qui exagèrent. Et un 13ème tome arnaque : il ne s’agit que d’un guide book (wahh génial, y’a une carte avec le VRAI nom de L !!! Ouais… bon… ben c’est tout quoi) !

Et puis il faut dire qu’on est pas aidé par Light Yagami : le personnage principal de l’histoire est sans âme. Il est impossible de s’identifier à lui (ni à un autre d’ailleurs, c’est bien le problème). On assiste à l’avènement d’un monstre et on devrait l’aduler ? La dernière once d’humanité qui lui restait disparaît à la mort de son père (zut, j’ai spoilé… mais je vous dirai pas comment) et on devrait le trouver sympathique « d’améliorer la société » ? Euh… JOKER !

En conclusion

Oui, ça aurait pu être bien… sur 7 tomes !
Je n’aime pas les gens qui inventent les règles pendant un jeu. Je n’aime pas les séries qui ne savent pas dire stop.
Du côté des satisfactions en revanche, le dessin d’Obata est toujours aussi détaillé et vivant. Il se prête bien à l’exercice du thriller avec des bouilles moins rondes, des noirs plus intenses et des ambiances plus inquiétantes que dans Hikaru no Go.

Un mot sur les auteurs :
Tsugumi Ohba : Death Note est sa première œuvre, ce qui est assez déconcertant car il montre à son lectorat une maturité étonnante (si si, malgré tout le mal que je dis sur le scénario) dès le début… C’est ainsi que naissent des rumeurs comme le fait que son nom cache un pseudonyme masquant l’identité d’un mangaka d’expérience voire d’un écrivain célèbre. Une secret que l’auteur entretient en ne se présentant pas au public, aidé par le mutisme de l’éditeur à son sujet (les mystères, ça fait vendre).

Takeshi Obata n’en est en revanche pas à son coup d’essai. Dessinateur sur l’excellente série Hikaru no Go, il jouit déjà d’une bonne renommée.
Ohba et Obata poursuivent leur collaboration sur une nouvelle série à succès, Bakuman, depuis 2010.

Autour de la série :
La « Death Note mania » s’étend jusqu’à un animé en 37 épisodes, 2 films d’animation et 3 adaptations cinématographiques, c’est dire la notoriété de la série, qui a su conquérir bien plus que le 9ème Art.

roaarrr

– Grand prix Japan Expo 2007 (T3) – Prix scénario Japan Expo 2007 (T3) – Prix public Shônen Japan Expo 2007 (T3) – Prix public dessin Japan Expo 2007 (T3) – Prix public scénario Japan Expo 2007 (T3)

D’autres avis : MrZombi (enjoué), Mackie (plus tranchant que moi encore)
Death note (série terminée en 13 tomes)
Scénario : Tsugumi Ohba
Dessin : Takeshi Obata
Édition : Kana 2007
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

2 réflexions sur “Death note

  1. Lunch dit :

    Par Yaneck le 08/07/2013 :

    Tu as raison, c’est clairement trop long et il aurait mieux valu s’en tenir à la confrontation directe entre L et Kira.
    Mais bon, ça se lit vraiment bien…

    Par Lunch le 08/07/2013 :

    Le titre a des qualités mais pour moi la longueur a été fatale. Je lisais sans entrain.
    Content de voir que j’ai encore du lectorat après cette longue période de calme ^^

    Par Mo’ le 17/07/2013 :
    Dommage, le postulat de départ est pourtant bien accrocheur ^^ Ça me plairait bien de tomber sur un petit cahier noir… histoire de tester quoi ^^
    Bon, j’ai le titre de la série en tête depuis un moment mais ce n’est pas ta chro qui me fera passer à l’étape de la lecture

    Par Lunch le 17/07/2013 :

    C’est vraiment dommage car en effet l’idée de départ est intéressante. Mais le déroulement part vite en eau de boudin, les auteurs s’égarent et prolongent trop le récit sans pour autant approfondir les questions qui l’auraient rendu plus pertinent. Dommage.

    J'aime

  2. […] qu’il est cité dans la sélection officielle d’Angoulême 2008, aux côtés du manga Death Note ou du génialissime Trois Ombres de Cyril Pedrosa, et que l’album a d’ors et déjà […]

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :