Corto Maltese #2 : Sous le signe du Capricorne

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16 juin 2013 par Lunch

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Lunch

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Après l’incroyable Ballade de la mer salée, Hugo Pratt reprend ses plumes pour nous gratifier de nouvelles histoires de Corto Maltese.
Cette suite, nous la devons à la rencontre de l’auteur italien avec le rédacteur en chef de l’hebdomadaire Pif Gadget lors d’un festival en Toscane, qui lui propose alors de publier en France.
C’est ainsi que voient le jour en 1970 ces 6 histoires du marin maltais, qui devient alors le personnage principal d’une série qui portera désormais son nom. Et il aura encore fallu attendre quelques années avant que l’album ne soit publié dans un recueil broché.

Bien que le titre soit placé Sous le signe du Capricorne, ces aventures de Corto Maltese se situent plutôt au niveau de l’équateur (Guyane hollandaise et française, nord du Brésil).
On y retrouve un Corto tantôt justicier, tantôt rebelle, chasseur de trésors ou de civilisations perdues.

« Oh… oui… oui… J’ai connu ta mère par une peinture d’Ingrès. Elle était célèbre ta mère. La fiancée de Gibraltar, une gitane très connue… Oui… oui… puis elle alla à Malte avec un marin de Cornouailles.
_ Fantastique, j’ai l’impression de me trouver avec une vielle tante et de regarder l’album de famille.
»

Hugo Pratt a trouvé son héros. Il faut dire que ce dernier ne manque pas de prestance. L’auteur prend bien soin de préserver son charisme et si l’on en apprend un peu plus sur sa personne et ses origines, ce n’est jamais de sa bouche. Il aime cultiver le secret qui l’entoure et nous, nous aimons cet élégant marin qui donne toujours l’impression d’avoir un temps d’avance, de tout savoir et de tout déjouer. Pourtant, il reste impulsif et imprévisible, allant même jusqu’à foncer tête baissée vers le danger alors qu’il sait très bien qu’il ne devrait pas.
De tous, il est peut-être pour moi le personnage de bande dessinée le plus fascinant, aventurier rebelle cynique et charmeur.

Si j’aime toujours autant le charisme de Corto, j’ai trouvé ses histoires un peu plus poussives cette fois.
La narration, toujours aussi volubile, n’est pas parvenue à me transcender autant que pour La ballade de la mer salée. Je soupçonne le fait que le récit soit découpé en 6 chapitres d’être à l’origine de cette impression car même si les péripéties se déroulent sous le même ciel, elles peinent à trouver le liant et la richesse du premier opus. Il y a bien des personnages récurrents (comme le jeune garçon ou le professeur) et la chronologie qui est proche, mais le fil conducteur paraît infime.
Au cours d’une chasse au trésor digne des meilleurs récits de piraterie, l’apparition de Raspoutine nous apparaît toujours aussi délicieuse en réparties mais ne relève pas cette amère impression de longueur.
Et pourtant j’ai aimé ces histoires séparément, ces premières pistes vers le continent perdu de Mû, ces captivantes aventures qui sentent bon l’air marin, le rhum et la bagarre. Je regrette seulement qu’elles ne forment pas un tout plus consistant.

Je n’en ai pas parlé, mais Pratt reste Pratt : un génie du noir et blanc
Un style fait de noirs intenses et de traits justes qui me fascine toujours autant.

Badelel

Badelel

Sous le signe du Capricorne… Voici un volume bien déroutant des aventure du très fameux Corto Maltese. Il ressemble plus à un recueil d’histoires qu’à un récit complet. Les trois histoires qui se succèdent au long des six chapitres sont bel et bien chronologiquement cohérentes les unes avec les autres, liées par les événements et les personnages et situées géographiquement entre l’Équateur et le Tropique du Capricorne (Guyanes Hollandaise, Française et Brésilienne). Néanmoins elles sont distinctes par leurs intrigues, leurs lieux et les objectifs de Corto.
Qu’à cela ne tienne, le dessin de Hugo Pratt ne déroge bien sûr pas à sa réputation : entre un trait hachuré à la fois fourni, succins et rapide et des aplats d’un noir épais, le noir et blanc du Vénitien garde une saveur intemporelle qui offre à la jungle toute sa densité et à la mer toute sa sérénité. Quant aux personnages, leur caractère passe dans l’intensité de leur regard.
On savoure toujours le cynisme jubilatoire et le côté « immoral mais quand-même » du célèbre pirate. Toujours ambigu, il prend les situations de haut avant qu’elles ne se retournent contre lui, il prétend n’avoir que l’argent pour morale mais le sacrifie sur l’autel du cœur, il prône la prudence mais fonce dans le tas… Inutile de préciser que son rapport à la gent féminine n’est pas moins obscur ! Une fois n’est pas coutume, je me plierai au jeu des citations de Lunch tant Corto reste inimitable.

« Incroyable !… Mais… Je gagne avec cinq as.
– Ce n’est pas possible, il y a seulement quatre as dans un jeu de cartes.
– En effet, de toute ma vie de joueur je n’ai jamais vu une partie pareille… »

« Cette dynamite suffira… Tu savais qu’un tzigane m’a dit que lorsque je mourrai tous ceux qui seront autour de moi mourront aussi ? »

Petit bonus dans cette épopée sud-américaine : on découvre ses origines (pour peu que vous découvriez ses aventures dans le sens original d’écriture), mais bon… pas de sa bouche, faudrait pas rêver non plus.

« Fantastique, j’ai l’impression de me trouver avec une vieille tante et de regarder l’album de famille. »

Un autre avis : Yaneck
Corto Maltese #2 : Sous le signe du Capricorne
Scénario : Hugo Pratt
Dessin : Hugo Pratt
Édition : Casterman 2011 (1° édition Publicness 1971)
Voir aussi : La ballade de la mer salée
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Corto Maltese #2 : Sous le signe du Capricorne

  1. Lunch dit :

    Par Jérôme le 17/06/2013 :

    Rhooo, le noir et blanc de Pratt, c’est quand même quelque chose. Vous me donnez envie de replonger dans les aventures de Corto, tiens.

    Par Lunch le 17/06/2013 :

    Je n’ai jamais eu les versions couleur en main mais je n’ai jamais cherché à les avoir tellement le dessin de Pratt se suffit à lui-même.
    Je m’arrête sans cesse sur des détails, une voile au loin, un palmier ou encore l’immensité de l’océan, complètement bluffé par sa façon de les mettre en image.

    J'aime

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