Courtney Crumrin #1 : Courtney Crumrin et les choses de la nuit

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8 juin 2013 par Lunch

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Lunch

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La plupart des gens aiment à cataloguer un récit dans un style qui va le définir. Une œuvre aura alors son public cible : une tranche d’âge ou un goût prononcé pour un genre bien particulier.
Certaines œuvres, plus rares, savent s’affranchir de ces limites et sont assez intelligentes pour ne pas se laisser cadenasser dans un moule. C’est le cas de Courtney Crumrin.

Courtney est une petite fille en pleine adolescence. Ses parents, fauchés, ont décidé d’emménager dans la maison du grand-oncle Aloysius pour pallier à leurs problèmes financiers. Issue d’un quartier modeste, la petite famille déboule alors dans la grande maison lugubre du vieil homme et tente de se faire une petite place au sein de l’aristocratie environnante de Hillsborough (littéralement « arrondissement de la colline »).

« Nous n’avons pas élevé notre petite fille pour qu’elle se batte.
_ C’est un quartier respectable. Tu veux donner une mauvaise image de nous ?
_ Essaie au moins de t’entendre avec les autres enfants.
_ Ne nous pose pas de problèmes. Ces enfants ont des parents importants.
»

L’adolescence est une période de vie fascinante qui se situe entre l’enfance et l’âge adulte. Il y a cette irrémédiable envie de grandir qui se caractérise souvent par un conflit plus ou moins violent avec les parents. Et puis il y a aussi cette curiosité des choses de la vie, ce besoin de se sentir concerné, de prendre son indépendance.
Courtney se retrouve, avec ce déménagement, chamboulée dans ses repères. Elle est en pleine reconstruction. De plus, l’arrivée dans un quartier riche pour une fille issue de la banlieue ne plaide pas en faveur de son intégration : elle est esseulée, tenue à l’écart par ses camarades de classe. Il faut dire qu’elle habite dans « la maison hantée de la ville », celle qui effraie tout le voisinage : cela n’aide pas !
Mais la jeune fille est curieuse, un tantinet espiègle… et elle n’a peur de rien !

On pourrait faire un quelconque rapprochement avec l’univers d’Harry Potter. Cette envie de parler aux enfants par le biais d’une histoire qui les heurte et les mets mal à l’aise. La préface écrite par l’amie de l’auteur (il faut dire que cette petite fille atypique et courageuse porte le même nom qu’elle et qu’elles semblent toutes deux avoir vécu le même problème d’intégration), elle-même écrivain, l’exprime bien : « Les seuls contes pour enfants qui sont de véritables classiques, intemporels et aimés, sont aussi ceux qui sont subversivement honnêtes sur les horreurs de la vie. Les enfants font face à la réalité à un niveau beaucoup plus basique que les adultes, et ne croient pas aux histoires qui sont trop mignonnes. »

Ted Naifeh n’hésite pas à proposer un album, certes orienté jeunesse, mais surtout mature. Il prend le parti de ne pas choyer son lectorat, de lui montrer des choses flippantes, ce qui donne du caractère à l’album qui en devient aussi savoureux pour les plus jeunes que pour les adultes.

L’approche graphique est également sujette à ambiguïté.
Ted Naifeh déroule son histoire dans de grandes cases fourmillant de détails, entièrement basées sur un jeu d’ombres obtenu à l’ancrage. Dans un style plutôt réaliste (bien que les mains soient crochues à quatre doigts), il associe ses traits secs à de grands aplats noirs pour une immersion totale dans le fantastique. Seul le personnage de Courtney diffère au niveau du code graphique avec sa bouille toute en rondeur, son absence de nez et ses grands yeux ronds. Un visage plus doux dans un monde bestial.
Une histoire qui s’extrait de la couleur pour accéder en quelque sorte à l’intemporalité. Chose qui plaira au férus du noir et blanc mais qui laissera de côté la plupart des enfants.

Il existe cependant une version colorisée de la série, campant une ambiance générale sombre, à dominante mauve-rouge. Une apport de couleur qui permettra sûrement aux plus jeunes de mieux appréhender le récit, et qui assoit également l’origine comics de l’œuvre (Naifeh étant Américain).
L’auteur n’a par ailleurs pas de préférence entre les deux éditions. Il trouve que la colorisation réalisée par Warren Wucinich apporte une atmosphère supplémentaire.

Le premier album de Courtney Crumrin peut très bien se lire seul, comme un one-shot, pour ceux qui sont réfractaires aux séries (6 tomes ici et 2 hors-série). Il se compose par ailleurs de plusieurs histoires courtes dont on ressent le découpage. J’ai trouvé qu’il manquait un fil conducteur plus ténu, que le chapitrage coupait un peu le rythme de la narration, bien qu’une certaine continuité soit présente, notamment au niveau de l’initiation de la fillette aux choses de la nuit.

« Qu’est-ce que c’est que ces conneries ?
Tu crains à mort dans mon rôle. »

D’une façon plus générale, j’ai aimé le personnage central de Courtney, le lien entre l’aspect fantastique du récit et la symbolique de l’adolescence.
Courtney étant une enfant un peu à part, elle trouve un terrain de jeu à sa mesure pour s’évader d’un quotidien morose (école, parents, etc). Elle (s’)expose (à) une certaine forme de cruauté qui fait partie intégrante de son expérience, de l’univers sombre qui l’entoure et de la vie, tout simplement.

Pour ceux qui ont aimé Courtney Crumrin, je leur conseille la lecture de Bêtes de somme (et vice-versa). Même public, même genre, mêmes peurs…

D’autres avis : k.bd, iddBD, Mo’, Yvan, Nico, Jérôme, Yaneck
Courtney Crumrin #1 : Courtney Crumrin et les choses de la nuit
Scénario : Ted Naifeh
Dessin : Ted Naifeh
Édition : Akileos 2009 (1° édition 2004)
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