Elric #1 : Le trône de rubis

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5 juin 2013 par Lunch

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Lunch

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« Des siècles après ta mort, ta légende et ton nom resteront gravés dans les mémoires…

Loup blanc…
Jouet des Dieux…
Champion d’Arioch…
Assassin de ton peuple…

Aucun homme n’égalera ta puissance… Aucune femme ne sera digne de toi…
Les plus belles reines du monde se damneront pour mourir de ta main… comme ta mère avant elles…
Les plus grands souverains tomberont à tes pieds en maudissant ton nom… comme ton père avant eux…

Elric… Fils de Sadric… Bienvenue dans ce monde, dernier Empereur d’Imrryr et de Melniboné… »

Elric est un personnage de fiction inventé par Michael Moorcock en 1961. Ses aventures se poursuivent sur d’innombrables romans, s’affranchissant de son géniteur pour devenir une œuvre de pensée commune, inspirant de multiples auteurs que ce soit en littérature, en jeu de rôle (Stormbringer, Elric, Mournblade…) ou en bande dessinée. Seul le cinéma ne s’est pas encore approprié le phénomène mais des projets sont en cours.

Étrangement, bien qu’il n’y ait que 7 heures de nage qui nous séparent de la mère patrie de Moorcock, très peu d’auteurs français se sont accaparé la saga d’Elric. Pour preuve, Philippe Druillet et Michel Demuth ont réalisé en 1971 l’unique adaptation en bande dessinée d’Elric le nécromancien.
C’est aux État-Unis qu’il faut chercher si on souhaite en lire d’autres, malheureusement rarement traduites par chez nous.
D’où cette idée originale de Didier Poli (L’enfant de l’orage) de caresser ce rêve, d’être le second en France à adapter Elric et surtout le premier depuis 42 ans ! Il élabore alors les premiers dessins et convainc Glénat, qui se charge de prendre contact avec Michael Moorcook lui-même. Le projet est né.

Un véritable travail d’équipe :
Julien Blondel est choisi pour construire le scénario, tandis que Robin Recht et Jean Bastide (qui ont déjà bossé ensemble sur Notre-Dame) viennent épauler Didier Poli pour compléter l’équipe des dessinateurs. Un trio graphique rare en bande dessinée, d’autant plus que leurs styles sont antinomiques.

« Pragmatiquement, je reçois le découpage de Julien, j’établis un premier storyboard sur lequel Didier et Julien rebondissent. Une fois le storyboard validé, Didier dessine une version très poussée de la planche que j’encre par la suite. Une fois numérisée, la page passe dans les mains de Jean qui, selon ses envies, repasse sur certains dessins et finalise les couleurs. » (Robin Recht)

Une organisation à huit mains qui aurait vite pu devenir compliquée à gérer mais qui s’avère pourtant diaboliquement (ou devrais-je dire melnibonéement) efficace : Robin Recht s’approprie le dessin tout en rondeur de Didier Poli et le rend plus acéré, plus noir lors de la phase d’ancrage. Jean Bastide intervient ensuite pour quelques dernières retouches et surtout pour mettre en couleur un dessin qui s’est terriblement embelli au cours du processus de conception.

Influences :
Le royaume de Melniboné est décadent, terriblement décadent. Nous sommes d’emblée plongés dans cet univers malsain et nauséabond. Tout y est colossal, cynique, pervers… Le faste des cours royales côtoie la surenchère orgiaque et l’horreur des supplices. Un récit épique et gothique à tendance sadomasochiste qui choquera les plus sensibles mais qui lui donne aussi du relief et du caractère à l’œuvre.

Au final, on ressent tout de même une influence directe du style Olivier Ledroit : le teint blafard d’Elric ayant quelques similitudes avec Requiem et l’univers graphique, toutefois quelque peu modernisé, étant très proche de celui des Chroniques de la Lune Noire.
Les auteurs se sont également rapprochés des illustrations de Philippe Druillet pour donner aux décors toute sa richesse et son gigantisme.

Enfin, on peut aussi citer le jeu de rôle comme influence sous-jacente, car Julien Blondel a fait ses armes dans la revue Backstab, et il semblerait que Robin Recht ait également débuté par le JDR.
Cet univers torturé, particulièrement apprécié dans le milieu rôliste, est terriblement prégnant dans la bande dessinée.

« J’ai trop longtemps fait preuve de patience et de faiblesse envers toi… Désormais, je serai l’Empereur cruel que tu appelais de tes vœux…
Je te bannis d’Imrryr et te condamne à l’exil dans les Jeunes Royaumes ! Tu quitteras l’île demain, sans armes, le front marqué au fer ! Tout Melnibonéen aura ordre de te chasser et de me ramener ta tête ! Mais avant cela, ce soir, je t’invite à ma table pour un dernier festin au goût de ta trahison…
Couché à mes pieds comme un esclave humain, tu mangeras le cœur de tous ceux qui auront osé te suivre et lever leur épée contre moi…
Suis-je assez Melnibonéen à ton goût cette fois ?
»

La glorieuse équipe réalise un premier tome plein : non seulement il est beau mais il est aussi très plaisant. Le personnage d’Elric n’est pas étranger à ce plaisir de lecture, car il nous apparaît comme un monstre à la fois redoutable et fragile. Un équilibre subtilement dosé qui en fait un être atypique qu’on a envie de suivre.
Si le scénario nous paraît quelquefois convenu (des ficèles du genre qui restent prévisibles : évidemment qu’il va se venger si tu le laisses en vie…), il réservera bien des surprises à celui qui, comme moi, n’a jamais lu la saga d’Elric.

L’album, qui a bénéficié d’un gros service de presse (je remercie Babelio au passage), s’annonce comme le premier d’un cycle de 4 tomes. L’aventure ne fait donc que commencer !
Les amoureux de dark-fantasy épique pourront se lancer sans ciller. En revanche, cela effraiera sans doute les réfractaires des œuvres à rallonge…

Elric #1 : Le trône de rubis
Œuvre originale (Roman) : Michael Moorcock
Scénario : Julien Blondel
Dessin : Didier Poli, Robin Recht & Jean Bastide
Couleurs : Jean Bastide
Édition : Glénat 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Elric #1 : Le trône de rubis

  1. Lunch dit :

    Par jerome le 06/06/2013 :

    J’avoue que je ne suis pas particulièrement fan du genre mais si je devais me lancer dans cette lecture j’attendrais, comme d’habitude, la fin de publication de l’ensemble du cycle.

    Par Lunch le 06/06/2013 :

    4 albums à attendre donc, pour le premier cycle évidemment.
    Si on compare à la saga de Moorcock, y’a de la place pour de nombreux cycles encore ^^

    Par Yaneck le 23/02/2014 :

    Je ne retrouve pas vraiment Ledroit sur ce dessin. Ledroit est bien plus torturé à mon sens. La vraie référence graphique, me semble-t-il, c’est Matthieu Lauffray. Recht est vraiment dans ses pas, et ce travail global l’est tout autant, notamment via l’encrage.

    Par Lunch le 23/02/2014 :

    J’ai vraiment eu la sensation de retrouver la patte d’un Ledroit dans ce qu’il sait faire de décadent. Je pense surtout à son travail sur Requiem.

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