Le musée insolite de Limul Goma #2 : Le massacre

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13 avril 2013 par Lunch

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Lunch

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Limul Goma est un collectionneur hors pair, féru de la petite histoire, celle qui se confronte à la grande et qui donne du sens à la vie et du corps aux objets. Chacune des pièces de sa collection personnelle, d’une incroyable richesse, a une histoire qui lui est propre (et dont on pourrait faire d’autres livres) et qui vaut la peine d’être racontée… C’est le cas de ce massacre de Kouprey qu’il vient d’acquérir aux enchères pour l’extraordinaire somme de 1.700.000 euros (un chiffre pas si anodin que ça). Un beau pactole pour un simple trophée de chasse… mais quel secret impalpable peut bien se terrer derrière son mètre dix d’envergure ?

Limul Goma, certains d’entre vous le connaissent peut-être pour son Musée de l’insolite, premier du nom. Car en effet, Le massacre est bel et bien un tome 2. Que ceux qui n’ont pas lu Hautes Œuvres – Petit traité d’humanisme à la française (le titre du tome précédent donc) se rassurent, chaque affaire est indépendante et totalement compréhensible. Ouf !

Dans cet album, Limul Goma nous emmène sur la trace de l’un des derniers Kouprey encore vivants… une sorte de bœuf sauvage entre le Gaur et le Banteng (si vous trouvez que je vous en bouche un coin, Wikipedia est votre ami) que l’on rencontrait au Cambodge. Une espère malheureusement éteinte de nos jours (ce n’est encore pas officiel, mais cet animal n’a plus été vu depuis 1983) mais qui à l’époque des faits, dans les années 30, comptait encore quelques spécimens vivants. Malheur à eux car les colons n’ont aucune pitié, prêts à épingler une nouvelle créature à leur tableau de chasse pour le simple plaisir de briller en société.

« Aaaah, monsieur ! J’aurais souhaité une vie tellement plus courte, mais que voulez-vous, c’est comme si je ne devais jamais cesser d’expier mon crime !
Tel Sisyphe, je suis condamné à pousser le rocher de ma mémoire…
Essayez de vous représenter cela, monsieur : 1.700.000 morts sur la conscience !! Au bas mot !! Pour un seul homme !?!
D’un seul coup de fusil !… Ah, si seulement je n’avais pas révélé au monde l’existence de cet animal !!…
»

OUI, cette bande dessinée parle d’une époque peu glorieuse du passé des hommes : la colonisation. Mais elle en parle avec une certaine fascination et non avec un dédain certain. Car il n’est finalement pas tant question de « sous hommes » que de connerie humaine, tout simplement. Mais là encore, l’animal n’est qu’un prétexte à l’histoire, plus vaste encore, et surtout en lien avec la grande Histoire, celle du non moins célèbre dictateur Pol Pot… dont on évalue le nombre de ses victimes à l’assourdissant total d’1.700.000 (tiens tiens…) !

« Vous commencez à me cerner ?
Rien ne m’excite comme les histoires que me racontent les objets !
Et celle du cornage de la vente de Tours vaut son pesant de Louis d’or, croyez-moi !
»

Limul Goma nous invite donc dans son insolite musée à la découverte de la petite histoire qui s’inscrit dans la grande. Il s’adresse directement à nous, lecteurs, témoins de son investigation qu’il nous conte avec courtoisie, en gentleman malicieux. Un personnage atypique, charmeur et entouré d’une aura de mystère qui nous intrigue et nous fascine à la fois. Il nous mène en bateau de bout en bout et nous sommes pendus à ses mots, terriblement addictifs.

J’ai aimé ce récit, relativement complexe et rondement bien mené. On est emballés d’emblée par la scène de la vente aux enchères et dès lors, on est chahutés d’indice en indice et d’époque en époque pour remonter le fil et le comprendre, dans un ordre relativement chaotique.
Une sorte de polar moderne, non pas une enquête sur une meurtre quelconque mais une enquête quand même, dans le passé d’un objet et des personnes qui ont fait son histoire. Une fiction certes, mais qui se base sur la réalité, qui sait l’utiliser à bon escient et en extraire le plus savoureux.
N’oublions pas que Simon Hureau s’y connaît en polar, puisqu’il a raflé l’an passé le prix du genre à Angoulême, en 2012, pour L’intrus à l’étrange. Il n’est donc pas si étonnant de constater que son récit est fort bien construit et agrémenté aux petits oignons.

Pour l’accompagner, l’auteur dessine lui-même ses planches avec là encore beaucoup de minutie. Un graphisme aux traits tortueux qui colle bien à la peau de l’Indochine coloniale avec ses arbres noueux et ses vestiges de civilisations sacrées. Paradoxalement, je l’ai trouvé moins à propos dans l’époque moderne, alors qu’il donne un faux-semblant de fouillis à des décors pourtant très riches.
Les couleurs de Lucie Firoud (que nous avons déjà croisée sur les Chroniques de Jérusalem) nous aident à imprégner l’histoire, à sentir la moiteur de la forêt tropicale. Et ceci est uniquement valable pour ce Massacre, car le premier opus était en noir et blanc.

Une mention particulière à la présentation de l’album.
Mis à part la première page mentionnant le titre, les auteurs et l’éditeur, toutes les autres sont entièrement dessinées. Le texte avec le dépôt légal, les droits, les autres œuvres des auteurs… tout ça est fait sous forme dessinée. J’ai trouvé ça assez inhabituel pour le présenter et suffisamment confortable pour le souligner.

Une belle réussite que ce Massacre !

Badelel

Badelel

Cette BD offerte par mon collègue de travail n’a suscité que tardivement mon intérêt, mais une fois que je me suis décidée, c’est devenu une obsession.

Simon Hureau commence par nous plonger dans une intro à tiroirs d’une quinzaine de pages. Où nous emmène-t-il ? Bonne question, on aimerait bien le savoir, et c’est pour ça qu’on continue. Dès les premières pages, l’auteur titille la curiosité de son lecteur et le rend avide.
Un trophée de chasse, quelques photos, une vente aux enchères et une course-poursuite sur l’autoroute… Quel est le lien ? Voilà justement tout le scénario dans ces 4 mots : quel – est – le – lien. En fermant votre BD, vous vous rendrez compte que TOUT EST LIÉ au point que ça en donne le tournis.

Le scénario va dans tous les sens, nous fait voyager dans le temps et dans l’espace, prend pied dans la Grande Histoire pour finalement reconstituer le puzzle pièce après pièce. Le puzzle, voilà bien le mot. Vous savez, cette pièce qui va en bas à droite et cette autre en bas à gauche. Ici ça prend forme et là quelque chose se dessine. Et quand on pose la dernière pièce, on découvre quelque chose de magistral. C’est très exactement de cette façon qu’est fichu ce tome 2 du Musée Insolite de Limul Goma. Les événements et les personnages s’entremêlent, les histoires de chacun s’ajoutent les unes aux autres, on se fait balader dans le scénario, jusqu’à ce que chaque élément trouve une place implacablement cohérente dans le récit.

Limul Goma, ce personnage atypique, nonchalant, bon vivant, curieux dans tous les sens du terme, certainement un peu fou et tellement visuel, nous entraine de surprise en surprise. On le suit… Comment pourrait-il en aller autrement ? Et finalement apporte non pas une révélation mais deux, trois, cinq, dix… Et plus on avance, plus il en rajoute. Mais loin de donner dans la surenchère, il donne aux événements toute leur logique, apportant une réponse à une question posée 30 pages plus tôt.
« Essayez de vous représenter cela, monsieur : 1 700 000 morts sur la conscience !! Au bas mot !! Pour un seul homme !?! D’un seul coup de fusil !… » Haha… avouez que vous aussi ce genre de phrase vous pose question !

Et à la fin, on se rend compte que le titre – Le massacre – ne se contente pas d’avoir un double sens, mais de synthétiser à lui seul tout le contenu de l’album.

Mais rassurez-vous, cette BD n’est pas parfaite. Elle a UN défaut : la surcharge de texte. C’est précisément LE truc que je reproche aux vieilles BD de notre enfance car les phylactères sont alourdis au point que ça écrase le dessin et l’espace créatif. C’est vrai que le contenu est dense, et que cette densité ainsi donnée aux cases rend une sorte de cohérence entre le récit et son aspect, mais elle ne met pas en valeur la qualité physique de l’album. C’est d’autant plus dommage que la construction est parfois prise de sursauts d’une grande intelligence…

D’autres avis : Mo’David Fournol, Fab Silver
Le musée insolite de Limul Goma #2 : Le massacre
Scénario : Simon Hureau
Dessin : Simon Hureau
Couleurs : Lucie Firoud
Édition : La boîte à bulles 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Le musée insolite de Limul Goma #2 : Le massacre

  1. Lunch dit :

    Par jerome le 15/04/2013 :

    La surcharge de texte, j’avoue que ça me refroidit (pour ça que je ne relirai jamais les vieux Blake et Mortimer). Maintenant j’aime beaucoup Simon Hureau, alors l’un dans l’autre, je pourrais me laisser tenter…

    Par Lunch le 15/04/2013 :

    J’avoue que je connais pas Simon Hureau à part cet album-là.
    Badelel a trouvé qu’il y avait surabondance de texte mais le récit reste quand même prenant et incroyablement cohérent. Personnellement ça m’a pas choqué. Un chouette album en tout cas et une histoire bien menée.

    Par Badelel le 15/04/2013 :

    Franchement moi non plus je n’aime pas quand le texte prend la moitié de la case, et c’est un truc qui m’a plutôt refroidie au départ, mais mon collègue paraissait tellement enjoué… que je l’ai suivi, et je n’ai pas regretté !

    Par Mo le 24/04/2013 :

    Les dessins et les textes de Hureau sont toujours assez chargés mais si cela semble volumineux au début, je n’ai pas eu l’impression que c’était trop verbeux.
    Ce qui me frustre le plus, c’est de ne pas réellement parvenir à parler du style de Hureau ; je trouve que ses dessins ont un petit côté vieillot mais pas dans le sens péjoratif du terme. Il y a des petites touches d’orfèvrerie graphique (ça se dit ?? ^^) un peu partout et ses ambiances sont réellement atypiques. J’aime beaucoup.
    Sinon, pour cet ouvrage, j’ai trouvé très judicieux le fait qu’il se mette lui-même en scène pour lancer son histoire (le jeune garçon qui contacte la salle des ventes)

    Par Lunch le 24/04/2013 :

    Oui, j’ai lu ça dans ta chronique ^^. Faut avoir rencontré l’auteur pour s’en rendre compte je pense parce que c’est pas explicite.

    Concernant le style graphique on peut parler d’orfèvrerie oui, pourquoi pas. J’ai trouvé que son trait se prêtait bien au Cambodge en tout cas, avec ces paysages un peu sauvages, ces ruines et sa jungle. Par contre j’ai trouvé le trait plus fouillis lorsqu’il s’appliquait à la période contemporaine du récit, avec tout le bazar qu’on entasse dans nos quotidiens de consommateurs.
    J’ai beaucoup aimé d’une manière générale.

    Par Mo le 24/04/2013 :

    Son trait se prête aussi très bien à la période révolutionnaire. Lisez donc « Hautes oeuvres » !! ^^

    Par Lunch le 24/04/2013 :

    Je t’avouerais que c’est tentant. Mais la couleur adoucit pas mal le trait et ce noir et blanc du premier tome me fait un peu peur.

    Par Mo le 24/04/2013 :

    tu verras à la maison !! 😉

    Par Lunch le 24/04/2013 :

    Je n’y manquerai pas 😉
    Et j’en profiterai pour admirer ta collection Soleil 😀

    Par Mo le 24/04/2013 :

    Vas-y… moque-toi ^^ (j’affûte les couteaux ce soir gniarf gniarf)

    Par Lunch le 24/04/2013 :

    On est bien reçus à Toulouse 😀

    Par Mo le 25/04/2013 :

    lol

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