Léon la came #1

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8 avril 2013 par Lunch

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Lunch

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En pleine thématique « Nos petits vieux » sur k.bd, il a donc été proposé de lire Léon la came. Honte à moi qui ne maîtrise pas tous les classiques de la bande dessinée : à part le fait que ça devait parler d’un vieux, je ne savais pas vraiment ce qui allait m’être donné de découvrir…
J’aurais très bien pu en rester là et laisser faire mes copinautes mais j’ai été attiré par le nom de ce duo d’auteurs dont j’apprécie énormément le travail.

Sylvain Chomet, c’est le brillant réalisateur de l’excellent film d’animation Les triplettes de Belleville, dont j’ai eu l’immense chance de voir la projection en avant première au cinéma avec l’auteur lui-même.
Quant à Nicolas De Crécy, c’est un auteur que j’aime particulièrement, avec un trait si atypique et somme toute très attirant.
Deux auteurs qui n’en sont pas à leur coup d’essai en terme de bande dessinée et qui collaborent dès la fin des années 80′ et publient Bug Jargal en 1989. Ensemble, ils poursuivent leurs aventures, alternant entre le 7ème et le 9ème Art avec le brio qu’on leur connaît.
Léon la came a par ailleurs obtenu le (feu) Grand prix de la ville de Sierre en 1995 ainsi que (feu) le Prix René Goscinny du meilleur scénario en 1996. Et c’est pas rien !

Attiré, je l’ai été aussi par cette belle réédition de 2010 à couverture rigide. Certes un peu onéreuse (25 €) mais tout à fait plaisante.
Je ne peux pas en dire de même pour les tomes suivants, tout bonnement introuvables… j’ai du me contenter de l’intégrale des tomes 2 et 3 en couverture souple… sic !
Attiré… Oui mais…
Voilà, lorsque je me suis plongé dans cette histoire, le dessin de Nicolas De Crécy n’est pas parvenu à m’emballer comme à son habitude. (Volontairement ?) Léger, comme une esquisse, il ne semble pas vraiment rentrer dans son sujet et laisse l’impression d’une immersion dans un rêve plutôt que dans une réalité. Un peu comme un souvenir d’enfance un peu flou en somme…

De même, le récit tarde à se mettre en place et nous dévoile les indices avec parcimonie. Des clefs de lecture qui feront longtemps planer le doute sur la personnalité réelle des protagonistes, sur leurs desseins, sur leurs actions.
Il y a néanmoins un rythme certain qui se dégage de cette bande dessinée. Les choses se mettent peu à peu en place et la tension se fait de plus en plus pesante à l’approche d’un final en apothéose, l’apothéose d’une vie pour un Léon militant, et l’apothéose tout en rebondissement de l’amour, celui qui surprend là où on ne l’attend pas.

« T’inquiète pas mon grand, ce sont des choses qui arrivent même aux lapins.
_ Un moment, j’ai cru que ça y était… J’ai pensé au petit ange avec son arc, mais les flèches étaient en beurre, et mon dindon est retombé, vaincu…
_ Le petit ange, c’était une image, Gégé. L’amour, c’est un peu plus que ça…
_ Je regarderai ce soir dans le dictionnaire !
_ Ne dis donc pas de conneries ! La littérature ne te sera d’aucun secours. Laisse donc ça aux consciencieux, aux laborieux, et autres premiers de la classe ! L’amour, c’est une affaire de cancres !
»

Léon la came c’est bien entendu ce bon vieux Léon (Léonce pour être tout à fait exact, mais il préfère qu’on l’appelle Léon). Un centenaire débordant de vie et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Tantôt espiègle comme un enfant farceur ou un papi sénile, il sait également se montrer dur en affaire, voire même dangereux quand il faut montrer les crocs. Un personnage absolument sensationnel qui égaye la monotonie latente d’un récit dont on a du mal à cerner l’intrigue et les enjeux pendant un bon moment.

« Le retour de ce grand-père ressuscité des morts fit sur mes onze mètres d’intestin grêle l’effet d’une bombe à hydrogène. »

Autre protagoniste haut en couleur : Géraldo-Georges, le petit fils du vieux Léonce. Génialissime tour de force des auteurs, ce trentenaire pubère et puceau est d’entrée dépeint comme une personne détestable, s’enfuyant aux toilettes dès lors qu’il est stressé pour s’y enfermer des heures durant. Tout le monde lui rit au nez, se moquant de ses manies. Mais lorsqu’on referme le bouquin, c’est avec cette impression énorme d’attachement pour ce garçon qui avait besoin d’un déclic pour dire « merde » à sa vie de merde et pour partir vivre de belles choses, enfin !

Au final, Léon la came me laisse un sentiment mitigé. Un récit un peu laborieux mais somme toute plutôt génial. Des dessins plutôt crades mais qui collent à la peau de cette famille Houx-Wardiougue.
Léon la came est clairement une critique sociale contre le capitalisme, qui s’ancre parfaitement dans un contexte de lutte prolétaire, et un joli pied de nez à la vie, aussi !

Badelel

Badelel

La première chose qui séduit dans Léon la Came, c’est le casting des auteurs. Sylvain Chomet au scénario et Nicolas de Crécy au dessin, on va pouvoir rêver un peu !

La première chose qui rebute dans Léon la Came c’est l’ambiance pesante, soutenue par un trait dense et des teintes qui balancent entre le sépia sombre et le turquoise aseptisé.

Mais en poussant un tout petit peu la lecture, les choses prennent une toute autre dimension. On se met à se passionner pour cette famille méprisable que les auteurs ont caricaturé à l’excès, et pour ce personnage atypique quasi-centenaire et toujours contestataire. Le ton est cynique, les personnages rient jaune, c’est un délice.

Léon est un vieux bonhomme qui aime mettre le bazar (vocabulaire purgé) dans les ordres établis. Ce qu’il fait le mieux : laisser les gens penser qu’il les soutient pour mieux les briser de la façon la plus vicieuse qui soit. Son retour sonne donc comme un vent de révolution chez les Houx-Wardiougue. Et chez les Houx-Wardiougue, les révolutions on n’aime pas trop trop ça. Ça ne fait pas assez BCBG, la révolution. D’ailleurs si le Bloc Soviétique s’est cassé la figure ce n’est pas un hasard. Dehors les Cocos ! Autant dire que le Léon il a de quoi s’amuser, et c’est tout simplement jubilatoire.

Pourtant, ce Léon n’est qu’un prétexte pour suivre le narrateur de cette histoire. Géraldo-Georges, dit Gégé, va suivre, à l’initiative de son grand-père, une véritable métamorphose. Du statut de cafard, il apprend à s’affirmer et à dire caca (vocabulaire purgé) à cette famille qui l’a toujours écrasé. Tout ça pour nous amener petit à petit vers une conclusion (du premier tome seulement… je suis curieuse de découvrir ce que les auteurs nous ont concocté pour les deux tomes suivants) en feu d’artifice entre révélations, scandales, rébellion et retournements de situation.
Pour ceux qui auraient le moindre doute : oui, Léon la Came vaut le coup d’être lu, et ce jusqu’au bout, car c’est le dénouement qui donne au récit toute sa majesté et son génie.

roaarrr

– Prix René Goscinny 1995

D’autres avis : Legof, Mitchul
Léon la came #1
Scénario : Sylvain Chomet
Dessin : Nicolas De Crécy
Édition : Casterman 2010 (1° édition 1995)
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