Le Nao de Brown

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22 mars 2013 par Lunch

nao_brown

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Lunch

Nao Brown est un petit bout de femme tout ce qu’il paraît de plus sympathique. En apparence, une métisse partagée entre l’origine japonaise de son père absent et la nationalité anglaise de sa mère protectrice. Jolie avec ce petit sourire à craquer, enjouée par le monde ludique qu’elle aime arpenter, elle aurait de quoi faire craquer tous les hommes et profiter d’un bonheur bien mérité. Mais derrière le teint de la réalité se cache un mal bien profond… grinçant, malin, limite glaçant…

« Cette photo représente pour moi lourdeur et… tristesse. Comme eux, je peux voir la petite fille rigolote qui porte les lunettes de soleil de sa mère… mais ce qui se passait derrière ces lunettes est une autre histoire.
Les lunettes n’étaient qu’un façade.
Cette photo encadrée est le premier élément de « preuve » que je leur permets de voir. C’est un Rubicon qu’ils traversent sans le savoir.
Je suis sûre que pour eux, je suis cette mignonne métisse anglo-japonaise, un peu « bohème »… je suis la « copine exotique. »
Ils ne se doutent pas que je suis une putain de malade mentale.
»

Nao a un TOC, autrement dit un Trouble Obsessionnel Compulsif. Mais pas de ceux qu’on remarque et qui font rire ceux qui s’en aperçoivent. Non, le sien est bien plus pernicieux, il sévit là où le regard s’arrête, il se cantonne aux limites de sa pensée : elle voit le mal partout, elle ressasse dans sa tête des pulsions morbides, tue les gens qu’elle croise à longueur de journée. Seule la méditation lui permet de reprendre contrôle, mais la barrière lui paraît si infime que sa vie s’en trouve complexifiée : Nao se sent dangereuse !

Glyn Dillon nous offre avec Le Nao de Brown une histoire à plusieurs facettes, belle et intelligente.
On se retrouve confronté à cette fille que l’auteur sait d’emblée nous rendre attachante. On a envie de l’aimer et, il est vrai, de l’aider. On partage sa souffrance. On aime la voir heureuse…
Au gré de cette tranche de vie livrée dans le livre, essentielle dans sa (re)construction personnelle, on erre au cœur de ses amourettes, deux en particulier.

Oh il y a bien sûr Steeve, son ami d’enfance, propriétaire d’un magasin de jouets atypiques (ils ont l’air vraiment chouettes ces Ichi). Il aime Nao en secret… enfin ça crève les yeux et Nao en pince sûrement aussi un peu pour lui, mais ils sont tous les deux aussi courageux l’un que l’autre.
Et puis il y a ce gros barbu de Gregory, un peu bourru d’apparence mais qui cache une âme sensible pleine de poésie derrière une épaisse carapace.

Deux rencontres qui vont finalement changer le cours de la petite vie de Nao, bien épaulée par son amie Tara qui l’héberge suite à sa séparation avec son ex.

La vie est faite de belles histoires…
C’est d’ailleurs aussi le cas de ce conte, dont la figure de Pictor (a priori inventée de toute pièce par l’auteur) a tant de points communs avec Nao. On ressent les troubles familiaux de l’enfance, la construction d’un espace vital, d’un retranchement en somme, d’une carapace… s’ensuit la période tumultueuse du conflit, une première expérience, puis une seconde… et là : le renouveau ! L’homme à tête de Rien se défait de sa gangue et devient un homme.

Glyn Dillon nous offre un récit intimiste et très touchant, emprunt de sérénité, de spiritualité, de spontanéité et de chaleur, rehaussée par la douceur de ses aquarelles.
On a cette étrange sensation, pesante tout au long de notre lecture, que ce bout de femme attachant peut aussi être terriblement cruel, que tout peut déraper à tout moment. Une lecture à deux visages, oscillant entre un possible bonheur et un inéluctable malheur.
Au final, on est comme sur un fil à chercher le bon équilibre, la bonne personne, les bons moteurs, les bons remèdes, les bonnes questions… C’est peut-être ça l’important dans une vie finalement… une question d’équilibre.

« L’expérience n’est pas le problème, c’est l’attachement qu’on y apporte. »

Encore une belle réussite pour Akileos, petite maison d’édition certes, mais qui multiplie les belles choses du 9ème Art.

Badelel

Addendum du 18/08/2013

Il m’a fallu 2 lectures et les explications de Lunch pour entrer dans Le Nao de Brown (mais je n’ai toujours rien compris à l’histoire intermédiaire) ce qui me fait dire qu’un état d’esprit détendu est nécessaire pour cette lecture à laquelle il est inutile de chercher un sens ou un rebondissement. Mais quand on est dedans, on se laisse bercer par la tendresse qui s’en dégage ou oppresser par les moments de difficulté psychologique de Nao. En un mot, c’est une lecture touchante.

En revanche, je n’ai eu aucune difficulté à me laisser envahir par l’univers graphique tout simplement parfait. Les personnages sont d’une grande finesse et d’une grande expressivité, les aquarelles sont d’une grande douceur. Chaque case transpire une grande maîtrise et les couleurs accompagnent à merveille l’état d’esprit de l’héroïne.

roaarrr

– Prix spécial du jury Angoulême 2013

D’autres avis : Mo’, David, Yvan, David Fournol, Fab Silver
Le Nao de Brown (One shot)
Scénario : Glyn Dillon
Dessin : Glyn Dillon
Édition : Akileos 2012
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Une réflexion sur “Le Nao de Brown

  1. Lunch dit :

    Par Mo le 27/03/2013 :

    « Mais pas de ceux qu’on remarque et qui font rire ceux qui s’en aperçoivent. Non, le sien est bien plus pernicieux, il sévit là où le regard s’arrête… » t’écrit trop bien M’sieur !
    Je vois que tu as été sensible au Nao. Surprenante petit bout de femme hein. J’ai été déstabilisée en début de lecture mais j’ai l’impression que cela n’a pas été ton cas. Tu te rappelais le contenus de nos chroniques ?
    David l’a également acheté à Angoulême. Je suis tout aussi curieuse de lire sa chro s’il se décidait à la mettre en ligne 😛

    Par Lunch le 27/03/2013 :

    C’est gentil de me flatter comme ça 🙂

    Oui j’ai été sensible à cette lecture et à cette fille de manière plus particulière, sa fragilité en quelque sorte, ses problèmes et pourtant ce besoin d’amour et de s’éloigner de ses pensées malsaines.

    J’ai pas eu de déstabilisation particulière, je suis bien entré dans le récit, qui m’a tenu en haleine de bout en bout.
    Non, je me rappelais pas vraiment ton avis, je l’ai relu après avoir rédigé le mien. J’ai du mal à retenir les détails dans les chroniques des autres quand j’ai pas lu les albums en question, je garde en mémoire l’avis général en revanche. Et je me souvenais que ton ressenti était plutôt bon 🙂

    Par Mo le 27/03/2013 :

    Ah mais je ne parlais pas uniquement de mon avis ! Je parlais vraiment au « nous » puisque tu as épinglé celui d’Yvan et de David F.

    Par Lunch le 27/03/2013 :

    Je n’avais pas lues les chroniques d’Yvan et David avant de lire l’album, juste la tienne ^^

    Par Loula le 31/03/2013 :

    Et voilà une convaincue de plus par la charmante Nao!!!

    Par Lunch le 31/03/2013 :

    Tu peux y aller les yeux fermés, enfin moi sincèrement, il ne m’en reste que tu bon dans ma tête ! Une très agréable lecture !

    Par Eric the Tiger le 19/08/2013 :

    Malgré cette critique complète et agréable à lire, je n’arrive pas à me décider quant à mon envie de découvrir cet album ou non… Au plaisir de te relire…

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