Fleep

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4 mars 2013 par Lunch

fleep

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Lunch

Vous faites quoi vous dans une cabine téléphonique ?
Bon, je vous l’accorde, la mode est passée au téléphone portable mais en 2002, à l’époque de la parution de Fleep aux U.S.A., tout le monde n’était pas encore aussi bien équipé qu’aujourd’hui.
Jason Shiga, dont on a déjà parlé ça et là sur ce blog, nous dévoile sûrement l’un des lieux les plus exigus de la bande dessinée. Dans le cinéma ils avaient Phone Game, en bande dessinée nous avons Fleep (d’ailleurs, c’est rigolo mais les deux titres datent de la même année, un effet de mode probablement) !

On se retrouve donc aux côtés de Jimmy Yee, un américain coincé dans une pièce « d’à peu près 8x9x33 envergure de main/cube ». Une cabine entourée de béton dont il ne peut s’échapper.
Quelques secondes plus tôt, il s’est réveillé la tête dans un étau, ne sachant bien évidemment pas expliquer sa situation. Pourtant, loin de se résigner à son triste sort, il va tenter de comprendre le pourquoi du comment et analyser méthodiquement tous les moyens qui pourraient l’aider à sortir de ce mauvais pas.

Jason Shiga (dont Scott McCloud s’exclame en préface « Crazy + Genius = Shiga ») nous présente une vraie bande dessinée pour claustrophobes, oscillant entre la reconquête mémorielle et les mathématiques. Pour Jimmy Yee, le héros de cette histoire, tout se calcule… ce qui est parfois un peu déconcertant.

« D’après mes calculs, le taux de torsion de mon pendule indique une latitude entre 37 et 49 degrés Nord.
Ma longitude, à en juger d’après le décalage entre mon horloge biologique et l’heure indiquée par ma montre, doit se situer entre 129 et 147 degrés.
»

Pour ma part, j’ai regretté le manque de cohérence du récit dans sa globalité, même si il est agrémenté d’équations savantes (et probablement justes) aussi complexes que le volume d’air respirable dans une cabine téléphonique hermétiquement fermée.
Alors certes, pour les besoin visuels de la BD, il aurait été délicat qu’elle se déroule uniquement dans le noir. Mais étant donné les circonstances j’ai du mal à croire qu’une cabine téléphonique puisse encore éclairer. De même, le personnage ne panique jamais et nous apparaît du coup un peu froid et pas franchement attachant. Tout le monde paniquerait dans pareille situation !

Sous un format souple à l’italienne, Fleep ne révolutionne pas le genre graphique avec un dessin très simple (on constate qu’il y a eu peu d’évolution entre Fleep et Vanille ou Chocolat) et un gaufrier un peu répétitif de 6 cases sur chaque page.
Quand on sait le potentiel de l’auteur et toutes les choses folles qu’il a faites par ailleurs, on ne peut qu’être un peu déçu de la forme de cet album-là. L’auteur le disait lui-même lorsque nous l’avons rencontré à Angoulême cette année (note du 12 février 2013) : il n’a pas su à ce moment-là en faire quelque chose de plus expérimental et c’est donc son premier « roman graphique », qui était publié hebdomadairement dans le magazine américain News-Week.

Une anecdote amusante : il y a une scène où Jimmy boit son fluide corporel (soyons polis) pour se donner plusieurs heures de vie supplémentaires, repoussant la déshydratation. Une page qui n’aurait jamais dû être publiée dans un magazine comme News-Week, mais Jason Shiga savait qu’il devait y avoir un changement de rédacteur en chef cette semaine-là et a saisi l’opportunité. Un tour de force dont il est très fier.

Pas sûr que Fleep reste pour le lecteur le meilleur album de Jason Shiga, il n’en demeure pas moins expérimental dans son approche, à défaut de l’être dans sa forme.

Fleep (One shot)
Scénario : Jason Shiga
Dessin : Jason Shiga
Édition : Cambourakis 2008
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Fleep

  1. Lunch dit :

    Par jerome le 05/03/2013 :

    Une BD pour claustrophobe, c’est pas du tout pour moi ça. si en plus tu as été déçu, je préfère en rester à Vanille ou chocolat.

    Par Lunch le 05/03/2013 :

    Je suis surtout déçu par la forme en fait, qui ne révolutionne rien. J’ai vu tellement de génie dans ce que fait Shiga sur ses albums qu’ici je trouve le format très plat.
    Pourtant il y a de bonnes idées dans la construction de ce scénario. Je m’aperçois en me relisant que je n’ai peut-être pas assez vanté les qualités de l’ouvrage, parce qu’il en a aussi.

    Badelel a beaucoup aimé, elle, l’histoire de ce gars qui part de son amnésie et, force de réflexions, parvient à reconstituer ce qu’il est et pourquoi il est là. Et le scénario est très surprenant de bout en bout.

    J'aime

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