Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins)

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24 février 2013 par Lunch

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Lunch

Je me souviens au moment de la sortie de l’album, David Fournol était venu chez moi et m’en avait vanté les mérites : un livre très intéressant et très instructif sur la situation en Israël.
À l’heure où je m’intéresse, et il en est de même sur k.bd, au conflit israélo-palestinien, ce livre qui fait état du voyage de l’auteure en terre israélienne se dresse comme un témoignage important.
Elle qui partait là bas avec des convictions pour la cause palestinienne, elle nous invite à partager la vision israélienne du conflit, ce qui fait un peu de ce titre quelque chose de précieux.

« Je n’aime pas la poésie.
_ Je crois que tu n’aimes pas la poésie sioniste
»

De confession juive (non pratiquante), Sarah Glidden a pourtant toujours été du côté des Palestiniens, qu’elle considère comme opprimés.
Un jour elle saisit l’occasion donnée par le Taglit (l’état d’Israël offre un séjour tous frais payés à tous les juifs du monde pour découvrir « leur » pays) de se rendre en Israël pour constater d’elle même les faits et ainsi renforcer son opinion sur le sujet.
Elle sait qu’elle va subir une sorte d’endoctrinement pour la cause israélienne, mais elle s’est préparée et elle est plus que jamais motivée.

Elle partira ainsi pour deux mois avec une amie, juive elle aussi.

« Pourquoi raser les maisons des gens ? Et continuer à construire des colonies ? Ça ne fait qu’empirer les choses !
_ Écoute, je suis ce qu’on appelle un Israélien de gauche, mais c’est plus compliqué que tu ne le crois. Personne ne rase des maisons pour le plaisir. Et puis, tu ne vis pas ici. Quel est le problème ?
_ Pff, c’est assez confus… Je suis juive donc ça veut dire que je suis censée soutenir Israël quoi qu’il arrive, n’est-ce pas ? Mais pour certaines personnes, soutenir les Palestiniens, ça veut dire que je ne suis plus pour Israël. D’un autre côté sur le plan politique, je suis de gauche, progressiste. Et quand on est progressiste, on est censé être anti-Israël… Toute sympathie pour Israël signifie qu’on ne soutient plus les Palestiniens. Tu vois ? Je suis coincée ?
_ Intéressant… mais je ne comprends pas comment on peut être à la fois « progressiste » et « anti » quelque chose !
_ Oui… c’est bien vu, en effet.
»

Tout au long de son séjour, Sarah Glidden va être confrontée à une vision idyllique d’Israël. On lui montrera l’histoire des premiers colons, loués en héros. Ils visiteront le plateau du Golan, présentant cette conquête israélienne comme une protection contre la Syrie. Escapade à Tel-Aviv, baignade dans la Mer Morte… Jérusalem…
Je dis idyllique parce que j’ai lu d’autres livres sur le sujet et que je pense connaître un peu la situation sur place. Et il se trouve que le Taglit se garde bien d’emmener ses hôtes en Cisjordanie, à Gaza et même à Jérusalem-Est : interdiction de dépasser les drapeaux israéliens, c’est dangereux ! Bon… elle a bravé le danger un cours instant et il ne lui est rien arrivé !
Mis à part le mur, où ils passent tout près à un moment donné (et il n’était pas envisagé de le traverser), il n’est pas question d’aborder profondément le sujet de la Palestine. Évidemment, cela limite les interactions avec les palestiniens… ainsi, pas de confrontation de points de vues.
Il n’en demeure pas moins que petit à petit, au fil de ses rencontres, Sarah Glidden va être de plus en plus en proie au doute.

« Tout le monde dit des Israéliens qu’ils sont trop durs. Mais on ne s’habitue jamais au terrorisme. Le matin, on monte dans sa voiture, on allume la radio, on écoute la chanson qui passe. Et alors on sait : s’il y a eu un attentat, ce n’est pas une chanson gaie.
Quand nos enfants ont dix-huit ans, nous les envoyons à l’armée. Ce n’est pas normal et ce n’est pas facile. Vous pensez que ça me plaît ? Aucune mère au monde ne souhaite envoyer ses enfants à l’armée.
Mais nous sommes fiers d’eux. En Israël, dans chaque personne il y a un soldat, c’est vrai. Mais dans chaque soldat, il y a aussi une personne.
Et nous faisons peut-être des erreurs. Nous faisons peut-être des choix qui vous déplaisent mais nous aimons ce pays. Il y a des problèmes, certes, mais nous ne demandons qu’à les résoudre.
»

Ce genre de discours sur Israël, Sarah Glidden en a entendu quelques uns. Ils représentent forcément le point de vue unilatéral des Israéliens.
Pourtant, ces gens qu’elle a rencontré durant son voyage ont toujours semblé francs dans leurs paroles. Le guide lui-même, qui éludait volontiers les sujets qui n’avaient pas de raison d’être dans le Taglit, savait reconnaître qu’un film était propagandiste quand on lui demandait son avis. Un exemple parmi tant d’autres, et aussi la raison pour laquelle la vision de l’auteure s’est trouvée chamboulée par cette cascade de rencontres profondément humaines.
Petit à petit la carapace qu’elle s’était forgée s’égrène et finit par tomber.
Et si… et s’ils avaient raison, eux aussi ?

« Je ne sais pas. Tu vas me prendre pour une folle. Je croyais savoir ce que je pensais de ce pays et me voilà complètement paumée.
Je sais que parfois les Palestiniens ont tort. Mais… j’ai toujours cru qu’Israël avait encore plus tord en monopolisant le pouvoir.
Et maintenant tous ces gens qui me disent qu’ici c’est chez moi ? Mais peut-être que je ne le veux pas !
Si je suis venue ici… c’est que je voulais être sûre que c’était bien Israël le méchant, je crois. Je voulais savoir que je pouvais faire une crois dessus pour de bon.
Mais je ne sais plus. Je ne suis plus sûre de rien. Je vois bien pourquoi Israël a fait certaines choses. Vous êtes des gens bons. Du moins, certains d’entre vous.
Ou alors c’est juste que je suis victime de bourrage de crâne comme tout le monde me l’avait dit.
»

Sarah Glidden a voulu faire ce voyage pour s’assurer de sa vision du conflit. Elle a découvert l’autre côté des checkpoints, un pays qui a ses raisons de faire la guerre et qui les revendiquent, pour se protéger.
Cela ne leur donne pas raison pour tout (et les palestiniens aussi ne sont pas exempts de tous reproches), mais ce regard israélien a le mérite d’établir un contrepoids au regard palestinien.

Pour passer son message, Sarah Glidden nous propose des dessins dans la veine réaliste, mais j’ai trouvé son travail, notamment sur les visages, assez minimaliste. Le trait manque de dynamisme et les personnages, plutôt statiques, manquent d’expressivité.
Pour les accompagner : des couleurs à l’aquarelle qui, bien que plutôt sombres, donnent un peu de vivacité à ces silhouettes figées. Elles donnent aussi au cadre un côté attrayant, tout autant que le Taglit montre de belles choses.

Le plus important vous le comprendrez, ce n’est pas le traitement graphique, mais le sujet en lui-même. Car Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) nous propose un regard différent sur le conflit. Les avis pro-israéliens ne sont pas si nombreux (et celui-ci est particulier dans le sens où le protagoniste principal n’est pas pro-israélien), il eut été dommage de passer à côté de celui-ci. C’est intéressant de voir comment le Taglit est endoctrineur en somme. À tord ou à raison… ça je vous laisse en juger. Le point de vue à le mérite d’exister.

 

Badelel

Parmi la foultitude de BD sorties sur le sujet du conflit israélo-arabe en 2011, il y a Comment Comprendre Israël en 60 jours (ou moins). L’intérêt principal de cette BD est d’offrir un point de vue différent de ce qu’on trouve par ailleurs, et de montrer l’envers du décor.

Sarah Glidden est juive, Américaine et pro-palestienne, ce qui donne un sacré mélange. Partie en Israël pour confirmer de ses yeux ce qu’elle sait déjà, la voilà bien perturbée quand elle découvre sur place que la réalité n’est pas aussi simple qu’il y paraît, et que dans le vrai monde, rien n’est tout noir ou tout blanc. Si Sarah n’excuse pas pour autant les actions des Israéliens ni ne condamne les Palestiniens, elle apprend bien malgré elle la situation de l’intérieur.

On peut, comme moi, n’apprécier que moyennement le ton très didactique ou les dessins de qualité relativement passables, mais le propos donne à cette BD tout son sens, d’autant plus que l’auteure tient un discours plutôt éloigné de ses propres convictions de départ.

Le bouquin de Sarah Glidden est le seul parmi toutes mes lectures BD sur le sujet, non pas à défendre le point de vue israélien, mais du moins à l’expliquer.

D’autres avis : David, David Fournol, Mo’, OliV’
Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) (One shot)
Scénario : Sarah Glidden
Dessin : Sarah Glidden
Édition : Steinkis 2011
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins)

  1. […] nous paraît légère et erronée. Le fameux David Ben Gourion, présenté par le Taglit (voir Comment comprendre Israël en 60 jours) comme un fondateur protecteur de l’état d’Israël (il a participé à la création de […]

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  2. […] À noter que l’album est paru en France chez l’éditeur Steinkis, celui-là même qui avait publié Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins). […]

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