Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques #2

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19 janvier 2013 par Lunch

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Lunch

Lunch

À l’heure où la France s’engage dans une guerre au Mali, voilà que nous nous replongeons ici dans une autre époque… une époque où cette même France était farouchement opposée à la guerre en Irak.
Deux combats, deux causes, deux méthodes.

Alors que le Quai d’Orsay premier du nom nous immergeait dans un environnement politique que nous ne connaissions pas, qu’il nous embarquait en quelque sorte dans de la diplomatie « courante et gentillette » (n’oublions pas le problème des anchois tout de même), le second opus nous amène plus dans le dur avec un conflit très sérieux : la crise au Lousdem !
Le Lousdem c’est ce pays un peu lointain (mais pas trop) qu’on aurait presque oublié aujourd’hui mais qui à un moment donné, selon les « rumeurs » les plus expertes, possédait des armes de destruction massives capables de causer une 3ème guerre mondiale. Évidemment, tout rapprochement avec un pays nommé Irak serait fortuit.
Le constat est simple : les États-Unis souhaitaient la guerre, la France menait une âpre bataille auprès de l’ONU pour s’opposer à une intervention militaire sans preuves irréfutables.
Oui mais voilà, les USA c’est toujours eux les plus forts, même qu’ils ont Superman (ici incarné par M. Cole, tout rapprochement avec M. Colin Powel serait là encore fortuit) !

« Alors, je vous écoute. Qu’est-ce qu’on met à la place de « conséquences graves » ? Je vous écoute.
_ On pourrait dire « graves conséquences ». C’est moins fort que « conséquences graves ».
_ Ils sont comment dans la direction Europe ?
_ Très inventifs aussi.
_ Je sais que vous êtes polyglottes, messieurs. Or, je vous rappelle que la résolution est en anglais et qu’elle sera lue en anglais. « conséquences graves » se dit : « serious consequences ». « Consequences serious » n’existe pas.
»

Bon, vous aurez bien compris que Quai d’Orsay vient une nouvelle fois nous parler de politique, et en particulier de la période où Dominique de Villepin était à la tête du Ministère des Affaires Étrangères.
Le ministre (Alexandre Taillard de Vorms dans la BD) nous y est présenté comme un visionnaire et, si on remet les faits dans leur contexte, force est de constater qu’il avait raison : aucune arme de destruction massive n’a été trouvée en Irak. Et pourtant, j’en viens encore à me demander si, sans l’intervention armée américaine, nous n’aurions pas eu droit à une guerre quand même, initiée par Saddam himself. N’oublions pas que c’était pas un rigolo le monsieur.

Je me suis relu le tome 1 quelques jours plus tôt histoire de me le remettre en tête. Eh bien je n’ai pas du tout le même ressenti que lors de ma première lecture. Mais il faut dire que j’étais sous perfusion sur un lit d’hôpital, les neurones probablement au fond des chaussettes. Ça aide pas ! Cette fois j’ai trouvé la lecture excellente, drôle et pleine de dynamisme, avec une répartie qui met plein de rythme et qui nous en met plein la vue d’un monde qu’on ne connaît pas, nous simples citoyens.

Par contre le second tome m’a moins emballé. Il faut dire qu’il n’y a plus cet aspect découverte du Ministre. Là où il nous surprenait à chaque page (Mais il est dingue ce type !), il nous paraît nettement plus rationnel. Le conflit auquel il doit faire face joue certainement sur ses nerf, ce qui le rend plus prévisible et parfois même désagréable.
Enfin je ne dis pas qu’il n’y a plus de surprise (c’est plutôt un sentiment d’ensemble) parce qu’il parvient encore parfois à nous mettre à genoux.

« Arthur. Venez, on va pisser.
Vous savez, le Président m’a dit un jour quelque chose de fondamental… avec nos vies infernales…
Quand vous avez le temps de pisser, pissez.
Quand vous avez le temps de bouffer, bouffez.
Quand vous avez le temps de baiser, baisez.
HAHAHAHAHA
»

Si je dois donner un gros point positif à cette série (chapeau bas M. Abel Lanzac… Arthur Vlaminck ou qui sais-je), c’est qu’elle retrace vraiment la situation telle qu’elle s’est produite à l’époque. Je me suis amusé à rechercher des vidéos d’archives et je suis tombé sur le discours que Dominique de Villepin a prononcé à l’ONU et qui a été applaudi par tout le monde. Eh bien c’est mot pour mot le texte repris dans la BD.
Un récit qui est donc tout à fait fidèle à l’histoire, du moins pour sa partie publique.
A contrario de L’actu en patate, on n’a pas ici l’impression de retomber dans une actualité dépassée. C’est peut-être le fait de changer les noms des états cibles et des politiciens qui veut ça… ce qui permet à celui qui n’a pas saisi de qui on parlait et de quel conflit il s’agissait de prendre quand même du plaisir à la lecture.

Bien entendu, c’est toujours un enchantement pour les yeux de voir comment Christophe Blain donne vie aux personnages avec son dessin plein de dynamisme.
Un tome 2 qui sent le (Clémence) Sapin (uhuh, mais c’est pas sa faute), plus fade au niveau des couleurs… Sérieux, quel gâchis ce papier glacé ! Il était trop bon celui utilisé dans le tome 1 ?

Allez, histoire de pas finir sur une mauvaise note, estimons-nous heureux d’avoir le droit de prendre des vacances peinards, une bonne BD dans les mains. Franchement, c’est pas une vie votre job au Ministère les gars !

 

Badelel

Badelel

L’humour de Lanzac et le trait ahurissant de Blain, on ne les a pas oubliés, y’a pas moyen. Alors quand le deuxième tome débarque en librairie, ni une ni deux, on saute dessus (mais on met 1 an à en tirer une chro ^^) et on n’est pas déçu, bien au contraire !

Poursuivant (au sens propre du terme, car ça va très très vite) les péripéties d’Arthur Vlaminck au sein du ministère des Affaires Étrangères, les auteurs parviennent toujours à nous faire vivre le quotidien déconcertant du Quai d’Orsay à coups d’affaires toutes plus susceptibles les unes que les autres de mettre la paix mondiale en péril.

Avec un dynamisme explosif, des personnages remarquables, un cynisme détonnant, un décalage truculent et des citations à mourir de rire, ils nous font dévorer cet album de la page 1 à la page 100 avec autant de régal sinon plus que pour le volume introductif.

En effet, celui-ci prend en plus toute une dimension en nous baladant de New-York à Moscou sur le thème de la crise du Lousdem, événement encore très frais dans nos mémoires puisque le retrait des troupes américaines dans ce très célèbre pays du Moyen-Orient ne date que de 2011 (tiens, c’est justement l’année de parution du bouquin, marrant ça). Comment ça, ça ne vous parle pas ??? Mais enfin si quand même : les armes de destruction massive, les inspecteurs, la guerre du Golf, tout ça… Ouais bon l’Irak si vous préférez !

Bref, en implantant son histoire dans une actualité devenue historique, Lanzac embarque ses lecteurs avec d’autant plus d’entrain dans son univers si particulier où quelques hommes enfermés dans des bureaux (ou des avions et des hôtels aussi) pèsent sur l’avenir du monde en jouant avec les mots et avec les faiblesses des diplomates étrangers.

Avec cette fabuleuse habileté, les auteurs nous surprennent et nous voilà scotchés à la page, avides de découvrir comment ces acteurs de l’avenir du monde vont tirer leur épingle du jeu.

Et en prime cette fois, les pensées d’Arthur prennent forme pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques.

Le dessin de Blain est toujours aussi savoureux, il rythme les cases, les pages, les chapitres, il appuie avec un talent incroyable la personnalité et les attitudes des protagonistes. Les pages sont construites avec un véritable savoir-faire, nous embarquant d’une page à l’autre avec la plus grande aisance. Expressivité, action, vitesse, exubérance restent les maîtres-mots… Vivement le troisième tome !!!

roaarrr

– Fauve d’or Angoulême 2013

D’autres avis : Yvan, PaKa, Snoopy
Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques #2
Scénario : Abel Lanzac & Christophe Blain
Dessin : Christophe Blain
Couleurs : Christophe Blain & Clémence Sapin
Édition : Dargaud 2011
Voir aussi : Tome 1
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Quai d’Orsay – Chroniques diplomatiques #2

  1. Lunch dit :

    Par Eric the Tiger le 20/01/2013 :

    Tout comme toi, j’attends avec impatience la parution du prochain épisode. Les deux premiers tomes m’ont fait pleurer de rire ! Au plaisir de te relire…

    Par Badelel le 20/01/2013 :

    Et comme le T.2 a déjà un an, on peut peut-être espérer un T.3 très prochainement ?

    Par jérôme le 20/01/2013 :

    Pas du tout tenté en fait. Trop de politique, trop d’actualité. Même en BD et même si c’est drôle et fort bien réalisé, ça ne m’attire pas du tout.

    Par Lunch le 20/01/2013 :

    C’est très bien amené justement. On est pas dupe sur les personnes et les conflits représentés malgré le changement de noms, mais c’est loin d’être imbuvable (ce qui pour de la politique est un gros point fort).
    C’est en effet drôle et les dessins de Blain nous mettent vraiment dans une ambiance pleine de rythme. Entre les rires et la dynamique, on a pas le temps de penser à des choses plus graves finalement.

    J'aime

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