Faire le mur

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12 janvier 2013 par Lunch

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Lunch

Le conflit israélo-palestinien fait souvent l’actualité mondiale. On en parle régulièrement, généralement quand un missile est lancé dans un sens ou dans un autre, causant à chaque fois de nombreuses et regrettables victimes.
Pourtant, il est très compliqué d’y voir clair dans ce conflit, de se faire sa propre opinion. Et même avant ça, la situation complexe ne facilite pas sa compréhension.
Curieux d’en savoir plus, de cerner un peu mieux les enjeux de cette guerre permanente, je voulais absolument lire quelques ouvrages sur le sujet.

Tout d’abord, il faut savoir que l’origine du conflit est, comme souvent, territoriale. Le monde se relevait à peine de la guerre 39-45 que l’ONU décidait de créer un état juif d’Israël en Palestine Mandataire (sous mandat britannique), c’était le 14 mai 1948 (la guerre de la Palestine a commencé le lendemain, les locaux rejetant le partage).
Je ne suis pas certain qu’il s’agissait d’une bonne réponse à la Shoah… l’idée d’installer une communauté juive sur un territoire à dominante musulmane, de cerner des frontières sur une pays qui 28 ans plus tôt était encore un Empire (Ottoman), n’a fait que lever des tensions entre deux peuples : ceux qui étaient là depuis toujours et ceux qui tentaient de se relever d’un génocide. Oui mais voilà, on ne chasse pas un peuple pour en placer un autre. Créer un « état religieux » a sûrement été la première faute.
L’Israélien a d’emblée été considéré comme l’envahisseur et le Palestinien comme l’opprimé. Un sentiment qui est aujourd’hui exacerbé par la situation actuelle…

L’état d’Israël a été créé en intégrant des frontières strictes avec la Palestine, scindée en plusieurs parties. À l’ouest la bande de Gaza longeait la mer et l’Égypte ; une grande tâche au centre-est devenait la Cisjordanie ; un dernier territoire au nord appartenait aux Palestiniens. Le reste était considéré comme territoire Israélien.
On s’aperçoit aujourd’hui que les frontières ont été allègrement bousculées : la bande de Gaza s’est réduite à une ridicule portion autour de Gaza ; la Cisjordanie s’est recroquevillée à l’est de Jérusalem, encadrée par le « mur de la honte » et parsemée de points de contrôle, de miradors et d’obstacles ; le territoire au nord à complètement disparu…

Faire le mur n’évoque pas ou très peu l’histoire du territoire, à part en nous montrant les cartes depuis la création d’Israël (mais j’avais besoin de faire cette recherche pour mieux comprendre l’origine du conflit). Cette bande dessinée se contente de nous faire vivre à la première personne le quotidien d’un Palestinien, Mahmoud Abu Srour. À ses côtés, on peut se rendre compte, un peu, de ce qui se passe sur place. On est effarés par ce fameux « mur de la honte », une masse de béton de plusieurs mètres de haut, qui nous fait cruellement penser à la seconde guerre mondiale. Je ne peux pas comprendre (qui le pourrait ?) que le peuple juif, qui a vécu de telles atrocités un peu plus d’un demi-siècle plus tôt, puisse faire des choses pareilles…
On y voit aussi combien il est difficile d’être un Palestinien, destiné à rester cloîtré d’un côté ou de l’autre du mur sans voir sa famille restée de l’autre côté. Oh bien sûr il est possible de passer clandestinement mais les représailles sont disproportionnées, et parfois même mortelles…

« T-E-R-R-O-R-I-S-T-E-
Si on me tranchait une veine, je serais prêt à parier qu’on y verrait ces dix lettres, en suspension dans ce sang qu’on m’accuse de faire couler du simple fait d’être né Palestinien.
On devrait promulguer une loi pour nommer les nouveau-nés ainsi. On gagnerait du temps !
Car c’est bien comme ça que le monde  » civilisé  » nous perçoit : une masse enturbannée, biberonnée aux bombes.
»

Ce livre nous dresse le portrait d’un Israël bourreau, qui cloître les Palestiniens dans un territoire de plus en plus restreint. Il nous dépeint les militaires comme des êtres sans cœur, insultant les familles et dégainant leur arme au moindre petit écart de conduite.
Pour Mahmoud, être Palestinien équivaut à être considéré comme un terroriste né. Pourtant ces terroristes, dont il ne nie pas l’existence, ne sont qu’une minorité en comparaison à la population. Une lutte contre le terrorisme qui sert d’alibi à Israël contre les crimes de guerre* qu’ils commettent.
Je ne peux que condamner le terrorisme, mais parquer les gens n’a jamais amélioré les relations (c’est aussi le syndrome des cités). Si en plus on les persécute, il ne faut pas s’attendre à être reçus les bras ouverts…

Si les faits sont malheureusement bien réels, n’oublions pas que l’auteur nous donne le point de vue d’un Palestinien. Néanmoins, je considère qu’il s’agit là d’un homme modéré, tant sa pensée est utopique : il rêve d’un pays unique mélangeant Israéliens et Palestiniens. Une chimère improbable étant donné que le conflit dure depuis des générations mais un rêve tellement humain !
Certes il y a des déjà des Israéliens en Cisjordanie et vice-versa. Mais ce sont des personnes qui vivent ensemble sans avoir les mêmes droits et c’est un scandale !

« Je sais, on me l’a déjà dit : la résistance française ne s’attaquait qu’à des soldats.
Mais imaginez un instant que l’Allemagne ait installé des colonies de peuplement un peu partout sur le sol français.
Les combattants se seraient-ils contentés de s’en prendre aux structures militaires ?
Je n’ai pas de réponse, mais je crois que la question mérite qu’on s’y attarde.
»

Faire le mur est un livre qui philosophe…
Mahmoud parle souvent en faisant des citations ou en mettant en parallèle sa situation avec d’autres événements dans le monde : l’Apartheid, la guerre au Vietnam, le bombardement d’Hiroshima, la résistance française…
C’est vraiment le point que je trouve le plus désagréable dans la narration. Autant j’ai aimé les pauses contemplatives du récit, autant j’aurais préféré une véritable immersion dans le quotidien d’un Palestinien de Cisjordanie, sans qu’il soit mis en image. Ce conflit n’avait pas forcément besoin de ça, même si certaines réflexions méritent d’être posées. Peut-être y en a-t-il trop à mon goût.

Maximilien Le Roy est un jeune auteur né en 1985. Il a vu des choses qu’il fallait vouloir voir. Je ne l’envie pas, mais je l’admire.
Il a réalisé un autre album sur ce conflit : Les chemins de traverse (paru chez La boîte à bulles en 2010). Il est également à l’origine du collectif Gaza, un pavé dans la mer (toujours chez La boîte à bulles, en 2009).
Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai aimé son dessin… en fait c’est bien plus compliqué que ça : il utilise plusieurs techniques au cours de l’album. J’aime bien quand il fait ces aplats au fusain qui donnent du relief à son trait, ce qui manque je trouve à ses dessins plus classiques. De même, j’adore ses séquences en couleur (le plus souvent lorsqu’il dessine ces filles qui l’obsèdent) et les scènes du passé en noir et blanc, carrément vivantes. La majorité de l’album revêt sinon un ton sépia assez terne, mais la situation ne l’est-elle pas ?

On retrouve un reportage photo à la fin de l’ouvrage, qui permet une accroche plus visuelle de ce qu’est la vie en Palestine.

J’ai appris des choses en compagnie de Mahmoud Abu Srour mais je ne fais qu’effleurer un thème que je souhaite approfondir avec d’autres lectures. La première d’une petite liste.
Je remercie au passage Chtimie pour ce livre qu’elle m’a envoyé pour le loto BD organisé par Mo’ dont j’étais l’un des heureux lauréats. J’ai mis du temps à le lire, mais sache que je suis ravi ce cette découverte.

* « Assassinat, mauvais traitements ou déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, assassinat ou mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, exécution des otages, pillages de biens publics ou privés, destruction sans motif des villes et des villages, ou dévastation que ne justifient pas les exigences militaires. »
(Charte de Londres – 1945)

Badelel

En voilà un titre qui ne parle pas… C’est un livre que Lunch a reçu dans le cadre d’un loto BD peu avant le déménagement. A l’occasion d’une pause dans les cartons, comme Lunch l’avait justement mise de côté pour qu’elle reste accessible, je l’ai lue sans avoir la moindre idée du sujet.
Et j’ai découvert un univers.
Celui de la Cisjordanie, du conflit israélo-palestienien et de la colonisation – ou disons-le franchement, de l’occupation – par les Israéliens. Franchement, c’est une BD à découvrir !

Pour ma part, je ne connaissais rien à la situation dans le Proche-Orient, je ne comprenais pas les informations, si ce n’est qu’Israël et la Palestine se mettaient régulièrement sur la tête. Les cours d’histoire concernant le conflit étaient restés pour moi un poil trop denses et tout à fait obscurs (et pourtant j’aime beaucoup l’histoire hein). Quant au mur, j’en avait vaguement entendu parler… Il devait sans doute faire quelques kilomètres de long, guère plus*…

Du coup, la production BD sur le sujet étant de plus en plus abondante, j’ai entrepris d’en lire le plus possible, diversifiant les points de vue et les façons de les aborder. Faire le mur n’est pas la plus impartiale, mais c’est justement le point de vue interne qui est intéressant. On découvre ici le quotidien d’un Palestinien. C’est sans rancune, mais ça montre une réalité et ça pose des questions sur une situation qui prend soudain un visage révoltant.

Graphiquement, je me dois de reconnaître que c’est assez particulier, mais c’est vraiment un livre qui interroge. La comparaison avec d’autres situations universellement condamnées ne peut qu’alimenter la réflexion et bousculer les consciences tranquilles. Par ailleurs, le parti pris de suivre ce Palestinien (qui existe réellement) m’a d’autant plus incitée à chercher (en vain) un point de vue opposé pour comprendre les enjeux.

* Il fait plus de 600km

D’autres avis : Chtimie, Mo’, Yaneck
Faire le mur (One shot)
Scénario : Maximilien Le Roy
Dessin : Maximilien Le Roy
Édition : Casterman 2010
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Faire le mur

  1. […] est très difficile à appréhender. Nous avions abordé un début de réflexion dans notre avis de Faire le mur. Cette fois nous nous embarquons avec Guy Delisle qui, après Shenzhen en 2001, Pyongyang en 2003 […]

    J'aime

  2. Lunch dit :

    Par Mo le 13/01/2013 :

    Vous voilà partis dans de sacrés voyages narratifs. Il y a de très beaux albums qui traitent ce sujet. Je vous l’avais dit en d’autres lieux mais cet album-ci n’est pas celui qui m’a fait la plus forte impression (mais je ne nie pas ses qualités ;))

    Par Lunch le 13/01/2013 :

    Badelel en a lu pleins d’autres depuis mais c’était sa première lecture sur le conflit, tout comme moi aujourd’hui.

    J’ai eu l’impression que c’était gentillet comme approche, parce qu’on est pas dans la guerre ou le terrorisme pur et dur, juste dans le quotidien… Je lui ai dit « Je suppose que tous les autres sont pires, dont Gaza 1956 ? ». Ce à quoi elle m’a répondu « Rien n’est pire que Gaza 1956 ! ».
    Je pense que je suis pas au bout de mes surprises. Je suis en tout cas très curieux d’approfondir le sujet.

    Par Mo le 13/01/2013 :

    On en avait parlé mais je maintiens que « Faire le mur » est de loin celui qui m’a laissé le moins de souvenir sur ce thème

    Par Lunch le 13/01/2013 :

    Tsss, mais ça compte pas tu les as TOUS lus toi 😀

    J'aime

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