Légendes d’aujourd’hui #2 : Le vaisseau de pierre

1

6 janvier 2013 par Lunch

legendes_aujourdhui02

avatar_lunch

Lunch

Hôtel de luxe, appartements de standing, thalassothérapie, centre commercial, complexe autoroutier, port de plaisance… le petit village de Tréhoët, village typique et de caractère, est en proie à un grand changement.
Un projet immobilier d’une ampleur extraordinaire qui compte faire de ce trou perdu un nouveau pôle d’attraction balnéaire, profitant d’un panorama jusque là réservé à une poignée de villageois, marins ou fermiers pour la plupart, qui risquent de se retrouver déracinés.
Et que dire du château du vieux, culminant au sommet de la colline ? On a prévu de le démanteler pierre par pierre, pour le reconstruire plus loin dans un parc et en faire une simple attraction touristique.
Une transformation qui menace bien plus que les habitudes de vie d’une petite communauté : emplois, faune, patrimoine… c’est tout un environnement qui risque d’être profondément (et immuablement) chamboulé.

Le second opus de cette trilogie des Légendes d’aujourd’hui s’inscrit toujours dans cette même veine du fantastique. Le fil qui le relie à son prédécesseur est infime, étroitement relié par ce personnage qu’on appelle l’étranger, un individu énigmatique et différent qui n’en reste pas moins un meneur d’hommes et qui véhicule à lui seul le symbole de l’opposition et de la révolte. En dehors de ce protagoniste récurrent, Le vaisseau de pierre peut être considéré comme un véritable one-shot, une histoire à part mais se tournant toujours vers la confrontation. Il est toujours question d’évasion finalement, de croisière… non plus des oubliés, mais contre les promoteurs.

Les noms des patelins (Tréhoët, Tromiliau) sont entièrement fictifs mais on pourrait quand même situer l’histoire quelque part entre Lorient et Concarneau, sur la côté sud de la Bretagne. Une localisation géographique quelque peu trahie par le nom de Manech apparaissant sur un camion de conserveries, un port qui est, quant à lui, bien réel.

« Ben…. vous savez, le château de Tréhoët, c’est pas un endroit comme les autres…
_ Pour ça non…
_ Et puis avec ce temps…
_ D’abord, s’il y a des blessés, comment ça se fait qu’ils sont pas là ?…
_ Bon ! Comme vous voudrez ! Mais j’appelle la préfecture… tout de suite…
_ La préf !? Bon, bon, on y va…
»

Le duo Pierre Christin / Enki Bilal poursuit son aventure dans un ouvrage tout de même plus mature. On pouvait reprocher à La croisière des oubliés de se découper en deux récits plus ou moins courts avec quelques séquences narratives un peu lourdes. Le vaisseau de pierre est bien mieux construit et nous emporte dans l’aventure aux côtés de générations de Bretons attachés à leur territoire.
On se retrouve confronté à l’étrange, au fantastique, avec ce vieil ermite dont on dit qu’il est là depuis des siècles. Il y a ce petit côté Lovecraft qui ressurgit un peu dans l’événement final, comme si un Grand Ancien et sa horde d’êtres venus du fond des océans habitaient en quelque sorte les fondations du château. Les légendes bretonnes s’en trouvent renforcées par son assimilation à l’Ankou (la Mort) et autour du paranormal qui émane du vieil homme.

« … incidents inadmissibles qui se sont produits à Tréhoët alors que toutes les décisions ont été prises dans le cadre légal et qu’il s’agit d’un atout majeur pour le développement de la région…
Il est heureux que ces mauvaises plaisanteries n’aient pas débouché sur des incidents graves, à l’exception de quelques travailleurs étrangers légèrement blessés en raison de leur imprudence… Mais je mets en garde les agitateurs qui s’aviseraient de récidiver… une compagnie de CRS va stationner dans la région de Tromiliau et…
»

Comme dans le premier opus, il y a vraisemblablement deux mondes. Celui des villageois et des « envahisseurs », qui vont voir des phénomènes étranges et qui vont être obligés d’y croire ; et le monde du réel, celui des extérieurs, des médias, des politiques, qui se chargent d’étouffer l’affaire et de la rationaliser. Une antinomie qui nous fait osciller entre l’incongru et la raison.

Un belle aventure qui laisse néanmoins un goût de lutte illusoire contre la fatalité : l’économie plus forte que la révolte ? 37 ans après la parution de cette bande dessinée, on est en droit de lui donner raison…
Je serai cependant très curieux de savoir si, après tout ce temps, les lointains cousins bretons de la Terre de Feu savent enfin jouer du biniou !

Et pour terminer la chronique en musique, sachez que le groupe Tri Yann à réalisé un album intitulé Le vaisseau de pierre en hommage à la bande dessinée. On y retrouve tout le contenu de celle-ci, du fantastique à la lutte, le tout sur des musiques typiquement bretonnes. C’était en 1988, déjà !

Badelel

Badelel

« C’est n’importe quoi ! »
Ce sont les premiers mots qui sont sortis de ma bouche en refermant la BD. Mais attention, pas du n’importe quoi fait n’importe comment… Du n’importe quoi très bien amené.
Tout au long de la BD, on se demande où les auteurs veulent bien nous amener et la réponse est tout simplement hallucinée.
Dans un univers tellement contemporain que le profit occulte tout, le fantastique et les croyances populaires réapparaissent pour sauver les hommes et leur patrimoine et font une incursion très inattendue dans un monde très cartésien.

Comme toujours, le duo Christin/Bilal fonctionne à merveille. Ce scénario n’a certainement pas le côté politique de Partie de Chasse, mais il montre du doigt les pratiques intéressées et insensibles des investisseurs et des décideurs. Le trait de Bilal et ses couleurs, même s’ils n’ont pas encore la personnalité bien marquée qu’on leur trouve aujourd’hui, sont déjà très modernes, surtout quand on sait que la première édition du Vaisseau de Pierre date de 1976.

Les caractères bien trempés des personnages font sourire. On s’amusera devant le vieux Joseph que le passé nazi rendrait franchement antipathique si sa monomanie pour les bombes ne le décrédibilisait pas. On rigolera franchement devant les boutades qui fusent à l’égard du jeune curé, trop moderne pour une religion à l’image si archaïque. On finit par écarquiller les yeux quand on découvre le plan pharaonique et improbable des habitants de ce petit village menacé par un projet hôtelier et touristique.

Un livre indémodable !

D’autres avis : Mo’, Champi
Légendes d’aujourd’hui #2 : Le vaisseau de pierre
Scénario : Pierre Christin
Dessin : Enki Bilal
Couleurs : Dan Brown
Édition : Humanoïdes associés 2003 (1° édition 1976)
Voir aussi : Tome 1
La présentation de l’album sur le site de Casterman.
Publicités

Une réflexion sur “Légendes d’aujourd’hui #2 : Le vaisseau de pierre

  1. Lunch dit :

    Par Mo le 06/01/2013 :

    Héhé hé ! BOUM !! ^^

    Par Badelel le 06/01/2013 :

    😀
    Ouais ouais : BAOUM !

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :