Goliath

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4 janvier 2013 par Lunch

goliath

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Lunch

6 coudées et 1 empan contre 3 pommes.

Nous sommes nombreux à avoir déjà entendu parler du combat entre David et Goliath, de ce géant haut de 3 mètres (6 coudées et 1 empan) terrassé par un enfant. Pour autant, il faudrait se replonger dans l’Ancien (ou Premier) Testament pour en connaître les détails.
David et Goliath est une histoire commune aux trois grandes religions, bien que les noms et les événements puissent être altérés par moments (Goliath est connu sous le nom de Jalout dans le Coran).

L’Ancien Testament est le berceau de grandes et belles histoires, et c’est d’une belle façon que Tom Gauld nous évoque l’épilogue de cette guerre entre les Philistins (envahisseurs venu du nord) et les Israéliens, car là où le récit original narre le haut fait de David, futur deuxième Roi d’Israël et père de Salomon, l’auteur tente ici d’explorer la (fin de) vie de Goliath de Gath.

Une autre vision de la légende.

Vous l’aurez remarqué, le titre du livre ne fait pas mention du nom de David. En fait, l’auteur a choisi d’éluder toute la partie religieuse de l’histoire pour ne garder que le récit d’un homme, trop grand pour être considéré comme un faible, trop pacifique pour aller faire la guerre.
À l’étroit dans son costume de militaire, Goliath de Gath préfère s’occuper de la paperasse que de partir en patrouille. Un tempérament calme qui contraste avec son allure de colosse et qui renforce son aspect penaud.
L’auteur le décrit comme un grand gaillard enrôlé contre son gré dans un conflit qui le dépasse.

Et dépassé, il l’est d’autant plus lorsqu’on lui attribue le rôle qui doit mettre fin à la guerre. Un rôle bâti à sa (dé)mesure, un rôle d’apparat, issu d’un stratagème ingrat et retors.

« Je suis Goliath de Gath, héros des Philistins. Je vous lance un défi… »

Le géant est utilisé à des fins tactiques. De par sa taille il doit effrayer l’ennemi, qui va abandonner la guerre et s’enfuir au loin. Scénario utopique et pathétique mais qui va donner du poids au personnage de Goliath pour lequel on éprouve forcément de l’empathie.

Réussite londonienne.

Tom Gauld est un auteur londonien. Peu connu en France, il n’avait jusqu’alors publié qu’un album – Move to the city (2005) – dans notre hexagone.
Il signe avec Goliath une œuvre forte et empreinte de poésie. Séduisante, touchante, cette histoire est qui plus est pertinente et originale dans son approche.

Le dessin s’exprime sous des formes simples : peu de détails mais des postures somme toute expressives. Le « remplissage » se fait par un amoncellement de lignes fines et régulières qui donne une fausse apparence de gravure.
L’auteur utilise une bichromie pour donner de la couleur à son récit. Une teinte glaise qui sert la narration et qui enlise son personnage dans un bourbier terne et sans avenir.
L’art séquentiel réside surtout dans le sens du cadrage et dans cette opposition entre le géant qui prend toute la hauteur d’une case et son porte-bouclier qui n’est qu’un enfant. Une différence de taille qui permet d’élargir les vues et d’apposer au récit un caractère contemplatif.

Devoir de philo ?

Tom Gauld explore les dessous de l’histoire en prenant le point de vue de Goliath. Un récit qui, amené par ce biais-là et contrairement à ce que la légende raconte, n’a rien d’héroïque. Il donne au contraire un autre visage à ce conte, il le modernise aussi, renversant la légende et inversant les rôles : L’enfant prodige qui grâce à la foi qu’il a en Dieu repousse une montagne devient ainsi le méchant garnement qui détruit une vie bienveillante.

Combien d’hommes sont tombés sur les champs de batailles ? L’ont-ils tous mérité ?

Goliath fait partie de la sélection officielle de cette année pour le festival d’Angoulême.

Badelel

Badelel

Addendum du 12/09/2015

Faire du vilain méchant de la Bible, le terrible géant Goliath, un homme humain, une victime des circonstances, voilà l’enjeu de cette BD.

Loin de l’image d’Épinal représentant un géant hargneux, invincible, quasi-cyclopéeen, Goliath de Gath est ici un bonhomme bienveillant, sensible et pataud qui n’a rien demandé à personne. Lui, ce qu’il aime, c’est faire la paperasse. Les patrouilles, les bastons, tuer… Tout ça, ça ne lui plait pas trop, d’ailleurs il est la pire lame de son peloton. Mais voilà qu’un petit capitaine avec autant de cervelle qu’une limace décide de jouer les grands stratèges et fait de Goliath la proie de l’adversaire et l’enjeu de toute une guerre.

Cette BD est faite d’attente et de résignation. Goliath n’est pas un rebelle, ce n’est pas une flèche non plus. Il obéit aux ordres : puisqu’on lui demande de rester là et de provoquer le peuple d’Israël, il reste là et provoque le peuple d’Israël, une fois par jour, en espérant que l’adversaire se rende. L’espoir ne fait même pas partie de ses considérations. Pense-t-il seulement ?

On lui attribue un porte-bouclier, un enfant volontaire qui le porte en héros et qu’il tente de protéger de la violence. Le gamin essaie même de marier ses cousines.

Entrecoupé des textes de l’ancien testament, le récit prend un aspect surréaliste et décalé tant le personnage et les événements coïncident mal avec la mythologie, mais sans être drôle. On prend ce Goliath en amitié et en pitié, on déteste d’avance la fin, que l’on connait déjà. Ce récit, on garde le souvenir d’un silence pesant, quand bien même la BD n’est pas muette.

J’en connais quelques uns que le dessin, trop simple à leurs yeux, a rebuté d’emblée. Pourtant ce trait sobre couleur sépia uni sur fond blanc participe à la pesanteur de l’ambiance et à cette impression de silence et d’attente.

D’autres avis : David Fournol ; Le podcast de La neuvième case
Goliath (One shot)
Scénario : Tom Gauld
Dessin : Tom Gauld
Édition : L’association 2013
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Goliath

  1. […] de l’image d’Épinal représentant un géant hargneux, invincible, quasi-cyclopéeen » (Badelel), aurait bien continué à gratter du papier ou aller tremper sa voûte plantaire dans la rivière. […]

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  2. […] efficace de Tom Gauld dans une aventure, d’autant plus si vous aviez aimé l’excellent Goliath. Les ocres de la Vallée des Térébinthes ont ici laissé la place au bleu de l’espace, la […]

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