Le héros #1

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1 janvier 2013 par Lunch

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Lunch

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« nom__Eurysthée
Temps restant avant la mise au
monde__03m_02s_06d

nom__Héraclès
Temps restant avant la mise au
monde__02m_03s_05d »

Le compte à rebours du temps file, irréversible.
Héra se ronge les sangs devant les panneaux de contrôle de la salle d’accouchement. Dans quelques minutes les deux garçons viendront au monde.
Fichue prédiction ! « Le premier des deux à naître commandera l’autre… Eurysthée sera un tyran avide de conquête et de pouvoir… Héraclès, un grand héros »… Maudit Zeus ! Elle ne pouvait rien contre la prophétie, mais elle ne laisserait pas ce bâtard gouverner, foi d’Héra !
Une première fois déjà, elle mettra son grain de sel dans l’engrenage du destin… Eurysthée sera roi !

Avant 2012, le mythe d’Héraclès en bande dessinée était aussi sec qu’une amphore après une orgie en l’honneur de Dionysos. Il aura fallu attendre 2012 pour que les auteurs pensent à évoquer les douze travaux du champion de la Grèce antique… autrement qu’à travers l’image d’Astérix entendons nous bien. Pourtant, Héraclès est bien un héros né ! Nous voilà rassurés, trois albums lui sont consacrés cette année, dont l’excellent Herakles et ce livre de David Rubín : Le héros (le troisième étant un énième titre du prolifique Jean-David Morvan).

Et autant vous le dire tout de suite, ce sont deux albums tout à fait surprenants (je n’ai pas eu la chance de lire le 3ème). Édouard Cour nous avait étonné avec un héros bien en chair, pataud et intellectuellement limité, bien loin de l’image qu’on a en mémoire du mythe Homérique. David Rubín va encore plus loin !
Non, rassurez-vous, cette fois il est plutôt beau gosse et sait très bien se servir de ses charmes (merci Diane, mais j’y reviendrais). Là où nous sommes déboussolés, c’est sur la forme du récit, à des années lumière de l’Antiquité ! Imaginez une transposition de la mythologie telle que vous la connaissez sur notre monde d’aujourd’hui, bercé par un brin de technologie divine (ou de science-fiction, appelez-ça comme vous voulez) et vous serez pas loin de visualiser la chose. Eh oui, tout est possible en ce bas monde ! Même croiser un héros grec en décapotable avec du bon son MP3 dans les oreilles. Ou encore des émissions radio débattant sur le merchandising autour d’Héraclès avec comme guest-star Chiron le célèbre centaure !

David Rubín nous estomaque sans cesse dans sa façon de raconter le mythe et n’hésite pas à le déformer. Car pour lui (et c’est la grande différence avec le Herakles d’Édouard Cour), Héraclès est avant tout un héros, et ce qu’il voulait c’était raconter l’histoire du premier des super-héros !

« Tu avais raison Diane ! C’est plus drôle que de chasser des loups !! Encore ! Encore !
_ Eh… eh… laisse-moi une pause… Trois fois de suite avec le fils de Zeus, c’est trop, même pour une amazone comme moi !!
_ J’ai pas envie d’arrêter ! J’adore !!
_ Par Athénée !! J’ai créé un monstre !
»

Pour les puristes évidemment, ce livre sera sûrement une ineptie. L’auteur mélange tout pour faire sa tambouille. Il mélange les noms grecs et romains (ne soyez donc pas étonnés de croiser Diane et non Artémis) et ne respecte pas franchement à la lettre leur personnalité consacrée.
Reprenons l’exemple de Diane, symbole de vertu, ici présentée en amazone pécheresse qui apprend la sexualité à Héraclès, lui offrant même son fouet en guise de cadeau (après lui en avoir montré tous les usages bien entendu).

Ce qui est je trouve intéressant dans Le héros, c’est la dimension que David Rubín apporte à la réflexion sur la société actuelle par le biais du mythe. Par exemple, et l’idée n’est pas dénuée de sens : si nous avions un héros grec dans notre monde d’aujourd’hui, n’en ferions-nous pas un pur produit mercantile ?

La psychologie du personnage est également suffisamment développée pour nous interpeler. On a certes un peu l’impression d’un « fourre-tout », avec des événements qui surviennent comme un cheveux dans la soupe et qui vont influer directement sur les épreuves en cours. Mais petit à petit elles permettent aussi d’affouiller le personnage, de lui donner plus de consistance, avec en final cette scène qui nous fait pas mal saliver pour la suite de l’aventure (eh oui, ce n’est qu’un tome 1 !).
On a envie de lui dire « Mais rebelle-toi bordel ! ». Au départ on se dit qu’il ne le fera jamais… et puis plus on avance et plus on sent poindre une certaine métamorphose psychologique.

C’est du côté graphique que je suis le moins enjoué. Forcément, n’étant pas vraiment fan des héros en collants… on peut dire que j’ai été servi ! Ce Héraclès-là a tout du super-héros américain ! Même son de cloche pour la couleur, très typée comics. On peut quand même reconnaître l’art du découpage de David Rubín qui donne vraiment du punch aux séquences, qui de surcroit révèle l’instinct dont fait preuve Héraclès pour se sortir des mauvais pas dans lesquels il s’engage.

Véritable hommage au comics sous toutes ces formes, l’auteur nous présente le premier héros de tous les temps… mais pourquoi ne serait-il pas plus fort que Superman après tout ? D’ailleurs, vous aurez un début de réponse dans le bouquin…
David Rubín est fan de comics, il nous le fait sentir dès la première planche de l’album en se mettant en scène petit, lisant des planches de Jack Kirby (l’un des pères du comics, inventeur de personnages hyper célèbres comme Captain America (avec Joe Simon), les Quatre Fantastiques, Hulk, Thor, les X-Men, les Vengeurs… (avec Stan Lee)).
Un hommage qu’il rend à merveille et je pense que tous les « addicts » de super-héros trouveront leur compte dans récit-là ! Pour moi, c’est juste un peu trop. Mon principal reproche étant finalement qu’Héraclès y soit dépeint de la même façon que Superman… c’est à dire façon comics. Mais comme je l’ai déjà précisé : c’est pas trop mon truc à moi les super-héros…

Je remercie vivement les éditions Rackham et Babelio pour l’envoi de ce livre qui me faisait déjà de l’œil. Reçu pile poil le 24 décembre, vous m’avez fait un beau cadeau de Noël et je me suis empressé de le lire au coin d’un bon feu de cheminée !

D’autres avis : PaKa, David Fournol, Fab Silver
Le héros #1
Scénario : David Rubín
Dessin : David Rubín
Couleurs : Roque Romero & Bernal Prieto
Édition : Rackham 2012
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Le héros #1

  1. Lunch dit :

    Par Yaneck le 06/01/2013 :

    Ok, tu m’as convaincu, si je croise la route de cet album, je le prendrai. Comme moi je suis un fan de comics de super-héros, ça a encore plus de chances de me parler.

    Merci m’sieur, merci babelio (tiens, je ne m’étais pas inscrit, sur celui-ci, moi j’ai reçu le superman vs Mohamed Ali)

    Par Lunch le 06/01/2013 :

    Ah oui, toi qui aime les super-héros tu devrais être heureux, comme pour les autres qui ont donné leur avis sur ce livre et dont j’ai donné le lien.

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  2. […] fois, contrairement au Héros, la véritable histoire est retranscrite et ce n’est donc pas par hasard si la traduction de […]

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