Saison brune

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14 décembre 2012 par Lunch

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Lunch

Certains pensent que la fin du monde aura lieu le 21 décembre. Soyons sérieux, le temps de cette chronique au moins : ils ont tord !
Pourtant, ce label « fin du monde » est un merveilleux filon pour notre société de consommation. Certaines sociétés se sont même spécialisées dans la vente d’abris anti-atomiques pour se protéger, au cas où… plusieurs années de nourriture incluse dans l’offre bien sûr ! Le 22 décembre, les heureux survivants se donnent déjà rendez-vous pour un apéro géant. Puis suivront les fêtes de noël et du nouvel an, histoire de dédramatiser car finalement, la fin du monde attendra…
Ce qu’il se passe pourtant en coulisse, loin des prédictions farfelues et fort rentables, devrait nous faire peur, vraiment peur ! Mais nous ne voyons rien, nous sommes aveugles, mal informés. Nous nous croyons au sommet de l’humanité, bien à l’abri de notre petit monde capitaliste… le danger est pourtant latent, il nous guette. Comment comprendre et réagir avant qu’il ne soit trop tard si l’on ne voit rien ? C’est toute l’étendue du constat dressé par Philippe Squarzoni dans Saison brune.

Vous l’aurez peut-être compris, Saison brune va nous parler de notre planète Terre, de ses ressources en danger et de nos bien mauvaises habitudes de vie. Pour cela, Philippe Squarzoni ne se place pas en donneur de leçon mais au contraire dans la situation d’un français lambda, avec ses interrogations et ses mauvais comportements.
Il l’avoue dès le départ, lui non plus n’y connaît pas grand chose en écologie. Alors qu’il terminait un livre sur le bilan de Jacques Chirac à la tête de l’état, il s’est rendu compte de ses lacunes et a commencé à se documenter. Au final, il a potassé le sujet bien au-delà de ce qu’il prévoyait et a dû y consacrer tout un livre. Celui-là même dont nous parlons aujourd’hui.
Le réchauffement climatique ça consiste en quoi ? Que sont les gaz à effet de serre ? Autant de questions (et il y en a d’autres) que l’auteur se pose et nous explique : les bases fondamentales de l’écologie ne vous échapperont plus !

Philippe Squarzoni ne nous éclaire pas seulement sur le sujet, il nous livre un rapport concis sur les multiples études du GIEC (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat). Il condense, résume et apporte son analyse de la situation, qu’il compare à la vie de tous les jours. Grâce à la pertinence de ses propos, j’oserais dire que l’écologie est enfin à notre portée : les rapports sont résumés et exempts de tout rattachement politicien.
Si nous en savons maintenant plus, nous sommes aussi particulièrement inquiets lorsqu’on referme l’ouvrage : la situation est bien plus grave qu’il n’y paraît !

« Par exemple, si je pousse cette assiette de 2 cm vers toi… plusieurs fois… À chaque fois, elle avancera seulement de 2 cm. Mais à un moment, elle va franchir un seuil… et les conséquences seront… disproportionnées !
_ Mais tu es assez malin pour t’arrêter à temps…
_ Oui, je fais bien gaffe.
_ Je te fais confiance.
_ Maintenant imagine qu’il fasse nuit… ou que j’aie les yeux fermés. Et que dans le noir… je pousse l’assiette vers toi… sans savoir quand… ça peut craquer.
»

Le constat est alarmant, nos émissions de gaz à effet de serre connaissent un véritable boom depuis la révolution industrielle et ne cessent d’augmenter chaque année. Mais comment réfréner nos habitudes pour le bien de la planète ? Même l’auteur, réaliste, reconnaît qu’il ne pourrait pas renoncer à son quotidien. Nos errements vont occasionner un désastre climatique certain dont on ne connait pas réellement l’ampleur, difficilement quantifiable et assurément dangereux. Il y a aussi cet effet de seuil qui, si on le passe, provoquerait un réchauffement exponentiel, un point de non retour. Certains spécialistes affirment qu’il est déjà trop tard, sachant qu’il faut 20 ou 30 ans pour que nos agissements d’aujourd’hui impactent l’écosystème, le temps que tous les gaz que nous rejetons montent dans l’atmosphère. En fait personne ne sait vraiment où se situe ce point de bascule, mais tout le monde s’accorde à dire qu’il existe, et qu’il est quasiment inéluctable…

« Nous vivions dans un monde de fiction. Une fable. Déconnectée de la réalité. La prospérité matérielle dont nous bénéficions depuis deux siècles repose sur une énergie abondante et bon marché… l’accumulation de biens de consommation… et la destruction de la nature.
Que nous le voulions ou non… notre mode de vie et les émissions de co2 sont liés de façon organique. Que cela nous plaise ou non, il y a des gaz à effet de serre partout… dans notre nourriture, nos maisons, nos voitures, nos loisirs.
Ce qui est en cause avec la crise climatique, c’est chacune de nos activités, chacune de nos envies… tout produit acheté en magasin… notre façon de manger, de nous déplacer, de nous chauffer.
Éradiquer le co2 de nos sociétés et de nos mentalités ne sera pas facile.
Où coupe en premier ?
»

La vision de l’auteur, qui s’appuie sur des analyse chiffrées, est très pessimiste et malheureusement bien réelle. J’aime beaucoup le ton qu’il emploie dans son récit, remettant en question son propre comportement comme nous ne faisons aussi une fois cette lecture encaissée.
C’est difficile de faire une croix sur son confort personnel. La lecture de cet album ne changera pas grand chose. On va faire attention au moindre petit trajet qui pollue, on essaiera de moins gaspiller… mais on devra quand même composer avec notre vieille voiture parce qu’on n’a pas les moyens de s’en payer une qui rejette moins de particules dans l’air et que les moyens de locomotions collectifs ne sont pas suffisamment développés pour la remplacer, ni conformes à nos besoins.
Cela fait quelques années que je suis de près la conception des voitures à air comprimé dans l’espoir de m’en payer une un jour. Leur concepteur, Guy Nègre, a un mal fou à les faire homologuer en France. Comble d’entre tous, c’est TATA, un groupe indien, qui commercialise ces véhicules… alors qu’ils sont fabriqués en France et à bas coût (un premier prix à 1800 € pour le OneFlowAir avec la prime à la casse et le bonus écologique). Le lobbying est immensément puissant et barre la route à ces voitures qui ne rejettent pas un gramme de co2 dans l’air en mono-énergie.

Sur certains points nous pourrions modifier nos comportements… mais l’état ne nous le permet pas ! J’évoquais ici les voitures mais le problème est bien plus large. Voyages en avion, transports routiers, la consommation d’essence puise les énergies fossiles bien au-delà des réserves accumulées depuis des milliers d’années. Tôt ou tard il n’y aura plus de pétrole. De même pour l’uranium des centrales nucléaires. L’énergie est un véritable problème : nous consommons trop (chauffage, transport, industrie…) et la planète ne se renouvelle plus assez vite pour nous.
Bien sûr, nous saurons nous adapter. Nous développerons probablement d’autres technologies, impactant la Terre dans d’autres aspects. Mais le réchauffement ne fera que s’accroître et c’est là que le bas blesse.
Je pense tout comme Philippe Squarzoni que ce sont les états qui doivent amorcer le mouvement, qui doivent prendre des orientations fermes pour réduire nos émissions… en dépit du capitalisme ! Il y a malheureusement fort à parier qu’il aura toujours le dernier mot : le changement, ce sera pour plus tard !
Comme dit le proverbe chinois : c’est quand on est au pied du mur qu’on voit le mieux le mur. Le mur on l’aperçoit, c’est un fait. Il suffit de regarder les statistiques et d’écouter les climatologues, quasiment tous unanimes. Mais il paraît tellement loin par rapport à notre confort quotidien… Quand le niveau de l’eau aura submergé nos centrales et provoqué plusieurs Tchernobyl, que le Bangladesh aura disparu sous les eaux… il sera trop tard pour sauver les apparences et à ce moment-là, seulement à ce moment là, des décisions, réactionnaires, seront prises… trop tard !

En dehors du caractère informatif d’utilité publique que véhicule Saison brune (tout de même l’un des incontournables de l’année), j’ai tout de même trouvé le récit très dense, trop dense !
L’album est copieux et parfois redondant. L’auteur aurait peut-être gagné à réduire ses textes, à éliminer les passages de redites. J’ai trouvé la lecture ardue, ce qui m’a obligé à la morceler pour rester dedans et, soyons francs, rester éveillé.
L’auteur alterne entre les interview de spécialistes et son quotidien. Deux univers graphiquement opposés. On a d’un côté ces « portraits qui parlent » avec lesquels j’ai eu beaucoup de mal, accentuant pour moi une lourdeur narrative ambiante, ces passages-là nous donnant toujours beaucoup d’informations et de chiffres. De l’autre côté on a ces passages plus contemplatifs, des pauses marquant les réflexions de Philippe Squarzoni au jour le jour et qui nous permettent de souffler un peu.

Depuis le départ l’auteur évoque les débuts et fins des grands films ou livres qui ont marqué son expérience. Il évoque ses difficultés à commencer l’album, ne sachant pas trop par quel point l’aborder tellement le sujet est vaste. En ce sens je trouve effectivement le début bien plus laborieux que la fin.
En dépit de ce qui nous attend, j’ai beaucoup aimé la conclusion.

Une petite chanson d’Alexis HK pour méditer ce pavé.
D’autres avis : Mo’, Yvan, David Fournol, Yaneck
Saison brune (One shot)
Scénario : Philippe Squarzoni
Dessin : Philippe Squarzoni
Édition : Delcourt 2012
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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2 réflexions sur “Saison brune

  1. Lunch dit :

    Par Elouarn le 14/12/2012 :

    Je l’ai acheté, parce que j’adore Squarzoni. Et qui plus est (en plus d’être un sale gauchiste) je suis écolo à 100%. Mais j’ai abandonné très vite la lecture ! Comme tu dis : redondant. Et lent et peu intéressant (pour çui qui s’intéresse un peu au monde et qui lit un peu les journaux). Ces photos dessinées d’interview, qui passent bien dans Dol, sont à la limite de l’écœurement ici.
    Ah oui ! déçu déçu déçu !! Bon, je l’ai l’ai djà prété 2 fois à des gens curieux du sujet, qui ont appris des trucs (tant mieux pour eux).

    C’est chouette de mettre les autres avis des kbd (c’est le thème d’une chronique commune ?) mais c’est pas pour dire du mal, et je sais que tu l’aime bien, mais David ne fait pas de critique ! il met des « merveilleux » dans toutes ses phrases (le Drucker de la critique)

    Par Lunch le 14/12/2012 :

    C’est pas faux pour David, mais en même temps il fait ce qu’il a toujours fait : donner envie de lire !
    Moi franchement je suis sous le charme quand je l’écoute. Alors oui il en fait peut-être un peu trop parfois, mais ça donne toujours envie et c’est bien ça qui compte au final : son enthousiasme 🙂
    Ceci dit je pense qu’il ne chronique pas ce qu’il n’aime pas.

    Pour en revenir à Saison Brune oui, j’ai eu du mal avec ces interview et ces redondances. Mais comme tu le dit, j’ai appris des choses en lisant ce pavé. Son impact informatif est indéniable. Je n’en fais pas le livre de l’année par contre, c’est clair.
    À la fois intéressant et chiant (dans le sens ardu) à lire.

    Par Lunch le 14/12/2012 :

    Sinon bien vu : on en parle bientôt sur k.bd… une histoire de fin du monde, tout ça ^^

    Par Mo le 16/12/2012 :

    Les éléments redondants ne m’ont pas gené ou plutot, ce qui m’a gené, c’est le fait qu’on se rend vite compte que Squarzo a un mal fou à savoir quand mettre le point final de son album. Je trouve qu’il tourne en rond, qu’il se coince tout seul avec son « besoin » de ne pas laisser son lecteur seul face à tout ce qu’il lui a confié, je trouve qu’il s’encombre de cette illusion de clore sur une note optimiste alors que … ahem… c’est impossible !! ^^ Il finit par se plier à l’évidence mais tu sens que ça lui coûte énormément. De on coté, c’est le mécanisme ! réchauffement -> fonte des glaces -> augmentation des surfaces absorbantes de chaleur -> réchauffement… qui m’a mis un pet au casque. On est déjà pris par l’engrenage. Comme le dit sa femme : « On ne savait pas que la situation était aussi grave ».
    Depuis cette lecture, j’ai une oreille très attentive à ce qui se dit aux info sur ce sujet. Ca m’énerve d’entendre et de constater tous les jours que les Gouvernements sont lâches et frileux

    Par Lunch le 16/12/2012 :

    Ah mais ça c’est sûr, quand on referme le livre (et même avant parce que la lecture prend quand même plusieurs jours) on n’a plus la même vision des choses : on essaie de faire attention à son quotidien, on réfléchit à ce qu’on fait, on en discute avec les autres… je ne sais pas si ça perdure dans le temps mais en tout cas c’est ce qui se passe pour moi en ce moment ^^

    La narration m’a parue lourde et le fait de casser ma lecture en plusieurs parties a aussi cassé mon rythme et participe à mon ressenti général.
    Sur le fond du livre j’ai rien à dire, je dirais même que le sujet est essentiel et à ce titre j’engage tout le monde à le lire.

    Par Mo le 16/12/2012 :

    Si si, ça perdure dans le temps ^^ C’est le constat que l’on fait ici en tout cas ^^
    Ce qui est terrible, c’est que personne n’a envie de se sensibiliser au sujet. Et nous juste avec la lecture d’un ouvrage (une bédé qui plus est !! mouarfff), on a l’impression d’en connaitre un rayon. Ça rend fou ça !!

    Par Lunch le 16/12/2012 :

    Ouais enfin c’est pas un 46 pages non plus hein ^^
    Ça vaut pas le rapport de 800 pages du GIEC mais on en a quand même 477 et avec de jolis pavés de texte ^^

    Par Mo le 16/12/2012 :

    T’inquiètes… c’est pas le nombre de pages dont on parle en premier ^^ 😛

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  2. […] prétendre aujourd’hui que le risque 0 existe vraiment ? Le livre de Philippe Squarzoni, Saison Brune, nous dresse un bilan alarmant de l’évolution climatique… que deviendrait le parc […]

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