Blast #3 : La tête la première

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6 décembre 2012 par Lunch

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Lunch

Après l’apocalypse, on avait bien du mal à s’imaginer ce que serait la vie de Polza Mancini. Il avait quelques options, quelque part entre assistant trafiquant et future victime d’un psychopathe. Finalement, il choisi de reprendre sa vie d’errance… comme au bon vieux temps d’avant Saint Jacky !

« Au vu de mes récentes mésaventures, je décidai de rester mobile.
Pour ce faire, j’établis une sorte de « code de sécurité »…
Ne jamais passer plus de deux nuits au même endroit.
Prendre tout ce qui peut servir immédiatement : argent, médicaments, outils, vêtements…
Ne jamais allumer la lumière ni dormi à l’étage. Ne jamais défaire son sac.
Toujours laisser une issue déverrouillée et facile d’accès, en cas de retour des occupants légitimes ou d’arrivée de la police. »

Les enquêteurs approfondissent l’enquête, soucieux de recouper toutes les informations qu’ils ont en leur possession avec l’histoire racontée par Polza. Celui-ci poursuit son récit, l’édulcorant toujours à son rythme, lent, précautionneux du moindre détail. On est promenés dans ses pérégrinations verbales, accrochés à ses dires sans savoir s’ils sont véridiques… vu le bonhomme, qui lui-même se qualifiait il y a peu de menteur, on a du mal à le croire… mais il y met tellement d’embellissement et de détails qu’on ne peut que vouloir y croire… d’autant plus que les sources des policiers corroborent son argumentation.
Il n’y a pas à dire : s’il ment, il le fait merveilleusement bien, avec une méticulosité d’une incroyable finesse !

Cette fois Polza nous raconte l’après Saint Jacky, son séjour à l’hôpital et sa rencontre avec cette mystérieuse Carole Oudinot. Ça y est, on va enfin savoir qui est cette fille dont on sait d’emblée qu’elle va mourir… mais n’allons pas trop vite, ce serait sauter bien des étapes !

Le cantonnier est mort. Il s’est pendu dans sa maison, mise sous scellé par la police le temps de l’enquête. C’est en substance ce qu’apprend Polza au détour d’une supérette de village, dans laquelle il refaisait son stock d’alcool (on se refait pas). En bon gentleman squatteur, c’était là une belle occasion de passer la nuit au chaud dans la chaumière désormais sans vie dudit cantonnier… et de découvrir une série de peintures…

« Uniquement des portraits. Des dizaines de portraits grimaçants, douloureux, magnifiques.
J’étais parmi eux comme en famille. S’il y a une universalité de la souffrance, le cantonnier qui les a peints a su la cerner puis la révéler.
Cette prouesse ne semblait malheureusement pas lui avoir apporté le repos de l’âme… »

La découverte de ces œuvres marque un tournant dans la vie de baroudeur de Polza : il va ainsi prendre conscience de son but refoulé, ou tout du moins donner une nouvelle dimension à son errance. Ce faisant, il réalise sa propre thérapie intérieure.
Il pense se rendre compte que sa fuite en avant n’a finalement comme seul but que de mourir plus vite, et ainsi mettre un terme à sa douloureuse expérience sur terre. Changement de mentalité et de conduite : il fait maintenant face à la mort, il la nargue… mais elle refuse de le cueillir… il se dit alors qu’il est peut-être en quelque sorte immortel.
La folie de l’homme marque encore un point.
On peut d’ailleurs opposer cette réflexion intérieure à son séjour en hôpital psychiatrique. Il est forcé de rester le temps de se refaire une santé (une scarification qui a mal tournée, une de plus). Refus de se livrer aux analyses médicales, déni de mal-être : il refuse l’aide des médecins (on n’est jamais mieux servi que par soi-même après tout).

L’empathie qu’on pourrait encore avoir pour le bonhomme aurait dû être largement entachée, depuis le temps. Pourtant Manu Larcenet fait souffler sur nos jugements le chaud et le froid… D’un côté il y a les preuves accablantes l’affublant de criminel, et de l’autre sa version de l’histoire dans laquelle il n’est pas forcément l’auteur des crimes qu’on lui attribue. Il y assiste à chaque fois, mais il s’en dédouane. Les explications sont tellement bien présentées qu’on a presque envie de le croire. Ne restent alors que des troubles du comportement et des délits mineurs : vol, prise de stupéfiants, squat, incendie…
Comble d’un attachement, Polza se fait salement amocher dans ce volume, victime d’un viol (oui oui, ça n’arrive pas qu’aux filles, il y a des salauds partout…) avec violence des plus horribles qui soit. Là, on le plaint carrément, on fermerait presque les yeux tellement c’est moche mais on a aussi envie de tourner les pages pour savoir la suite…
On reste donc toujours partagé entre le dégout de l’être qu’il inspire (et les faits qui l’accablent, même si c’est toujours un peu informel pour l’instant, mais je suis sûr qu’on y reviendra en détail dans le(s) prochain(s) tome(s) ; d’aucuns disent que le 4ème sera le dernier mais rien n’est moins sûr) et l’attachement au récit qu’il raconte.
Polza aurait-il pioché dans son entourage la carte du trouble dissociatif de l’identité ?

Heureusement, il y a ce tableau verdoyant dans l’œuvre du cantonnier (et en couleur s’il vous plaît)… et cette petite vie nouvelle et paisible à la campagne entre un schizophrène sympa et une pure beauté.
La vie ne vaut d’être vécue sans amou(ouh ouh ouh)r !

D’autres avis : PaKa, Yvan, David Fournol, Yaneck, Mo’
Blast #3 : La tête la première
Scénario : Manu Larcenet
Dessin : Manu Larcenet
Édition : Dargaud 2012
Voir aussi : Tome 1, Tome 2
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Blast #3 : La tête la première

  1. Lunch dit :

    Par Mo le 07/12/2012 :

    Superbe chro Mister !!
    De mon côté, j’ai fait le deuil de pas mal de choses concernant Polza. Il me touche, je n’ai plus envie de croire qu’il manipule. En somme, j’ai baissé la garde et je suis suspendue à ses lèvres ! ^^

    Par Lunch le 07/12/2012 :

    Ahah, tu devrais pas, tu vas te faire rouler 😀
    Ce type n’est peut-être pas l’auteur de tous les actes dont on l’accuse mais c’est un malade mental, c’est certain ! Et je n’écarte pas l’hypothèse d’une manipulation aussi intelligente que machiavélique ^^

    Merci pour le compliment !

    Par jerome le 07/12/2012 :

    Est-ce que Larcenet va réussir à clôturer son récit en beauté (si je puis dire) ?
    C’est tout l’enjeu et la difficulté du dernier tome.

    Par Lunch le 07/12/2012 :

    Je fais confiance à Manu Larcenet pour ça. Il arrive tellement à nous tenir en haleine avec l’histoire de Polza, et encore à nous surprendre dans son récit mais aussi dans son comportement et dans le jugement qu’on peut avoir sur lui… j’espère ne pas être déçu. Je pense ne pas être déçu.

    Par Mo le 12/12/2012 :

    Je sais que je ne devrais pas mais c’est plus fort que moi ^^ Je n’aurais pas fait un bon flic ^^
    Sinon, Carole n’a pas l’air d’être toute seule dans sa tête non plus. Qui manipule qui en fait ??

    Par Lunch le 12/12/2012 :

    En posant cette question tu imagines aussi un peu les difficultés d’un inspecteur de police en charge d’un tel dossier, qui doit parvenir à faire la part des choses entre les mensonges et les vérités. J’aimerai pas être à leur place non plus.
    Il n’y a pas de réponses ou il y en a plusieurs ^^ Ce récit reste LA version de Polza Mancini et rien d’autre. Le tri, il va falloir le faire nous même, comme les flics dans le bouquin 🙂

    Par Mo le 12/12/2012 :

    Qu’on ait déjà une vision d’ensemble !! On fera le tri ensuite 😛

    Par Eric the Tiger le 31/12/2012 :

    Cette série est incontestablement un monument du neuvième art. La découverte de chaque nouvelle parution est un moment intense qui ne laisse pas indemne. Au plaisir de te relire…

    Par Lunch le 31/12/2012 :

    Ça me fait exactement le même effet !
    J’ai quand même l’impression qu’on adore ou qu’on déteste, sans demi-mesure. Badelel par exemple n’a pas du tout accroché ici.

    Et puis bienvenue sur BenDis Eric the tiger 🙂

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