Blast #2 : L’apocalypse selon Saint Jacky

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1 décembre 2012 par Lunch

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Lunch

Polza Mancini est obèse. Ça c’est pour la partie visible du bonhomme, l’apparence, ce qu’on remarque en premier, ce qui frappe d’emblée, qui écœure…
Polza Mancini a aussi fait beaucoup de mal à Carole Oudinot. C’est un fait, on le sait, la pauvre fille est dans le coma et même pire puisqu’elle vient de mourir des suites de ses blessures…
Le reste est bien difficile à déterminer. On aurait bien aimé interroger la victime mais bon… la police ne faisant pas dans les discussions nécromantiques il faudra se contenter de Polza, de son témoignage…
Les enquêteurs devront s’armer de patience et faire preuve de discernement pour faire le tri entre mensonges et vérités, pour traduire les non-dits.
Polza Mancini raconte sa version de l’histoire, ses errements. Il prend tout son temps, il s’en délecte même ! L’individu est dangereux, ça on le sait. Menteur aussi à ses heures… et terriblement marqué par un passé douloureux… Il faut dire que le personnage n’est pas gâté : renfermement, obésité, scarification, drogue, alcool, troubles psychotiques, peur de la mort mais aussi refoulement de la mort d’autrui (comme celle de son frère, qu’il a tué dans un accident de voiture), mensonges… quelle belle panoplie !

Dans ce deuxième opus, on commence à cerner un peu mieux son passé, on apprivoise son comportement. Sans le comprendre pourtant, qui pourrait comprendre ça ? Il totalise à lui seul plus de tares que plusieurs individus même pas lambdas !
On assiste ici, au travers du récit de Polza, à sa transformation ! D’homme prisonnier du carcan de son obésité, il devient petit à petit libre et autonome. Finalement, les géants de Rapa Nui et Polza Mancini sont une seule et même personne : elles sont ce qu’il voudrait être, il sait comment les façonner dans le premier opus, il a amorcé sa transformation dans le second. Il trouve dans ces statues une personnification de lui-même !

Manu Larcenet nous livre ici un second tome très alléchant. On a l’impression d’être en quelque sorte des voyeurs, on viole l’intimité du personnage de Polza, on découvre petit à petit toutes ses facettes… des plus attachantes aux plus sordides.
Si Blast possède une telle force, c’est aussi parce que cette série est une œuvre très personnelle de Manu Larcenet. Cette façon de s’échapper de Polza, de vouloir vivre la vie à fond, d’esquiver la réalité des choses, je pense que tous ces sentiments, ces petites frustrations, dominent en quelque sorte chez l’auteur. Et il en parle très librement ! Il y a d’autres bricoles qui me font penser ça : l’attachement aux livres, la bonne ambiance des concerts…
Je me souviens d’ailleurs d’une interview à ce sujet… je n’ai pas réussi à remettre la main dessus (il y parlait de drogue et de la condition de clochard, c’était très intéressant) mais j’en ai trouvée une autre qui exprime tout de même cet aspect autobiographique (sans l’être évidemment) et l’engouement qu’il parvient à nous transmettre à chaque page.

Le sujet est dur, il ne nous épargne pas.
Manu Larcenet en profite aussi pour évoquer un fait de société qu’il avait déjà en partie abordé dans Le combat ordinaire : les médicaments, l’anxiété. N’oublions pas que la France est n°1 des antidépresseurs ^^

« L’armoire à pharmacie de la première maison vide que j’ai occupée regorgeait de merveilles…
… anxiolytiques, antidépresseurs, barbituriques, hypnotiques… et bien d’autres dont j’ignorais la fonction mais qui étaient si appétissants.
Dans presque toutes les maisons que j’ai habitées sans y être invité, j’ai pu vérifier l’omniprésence de ces médicaments du mal-être…
C’est étrange qu’ils soient l’apanage des sociétés dont la priorité n’est plus la survie.
À croire que l’angoisse naît du confort.
Bref, je me suis fait ma fête ! »

Et puis Blast ne serait pas aussi puissant sans un dessin qui l’est tout autant. Graphiquement, Manu Larcenet se fait plaisir et nous fait plaisir. C’est grandiose, sûrement ce qu’il a fait de plus abouti de toute sa carrière d’artiste, avec un noir et blanc à la fois sombre et contemplatif… et quelques touches de couleur apparaissent par moments. Pas seulement les blasts non : ces dessins de ses enfants qui deviennent dans ses mains de véritables œuvres d’Art, en surépaisseur de ses traits, laissant entrevoir une petite lueur d’espoir dans un monde (celui de Polza) qui n’en a plus vraiment.
La couleur apparaît aussi ailleurs, sur ces quelques planches ressassant le passé, douloureux… un passé en couleurs alors que la vie est terne ? On utilise habituellement le procédé inverse… peut-être est-ce là nécessaire de rappeler que l’enfance de Polza avait encore un parfum d’innocence et une certaine chaleur… c’était il y a tellement longtemps !

D’autres avis : Yvan, PaKa, David Fournol, Choco, Mo’, Yaneck
Blast #2 : L’apocalypse selon Saint Jacky
Scénario : Manu Larcenet
Dessin : Manu Larcenet
Édition : Dargaud 2011
Voir aussi : Tome 1
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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Une réflexion sur “Blast #2 : L’apocalypse selon Saint Jacky

  1. Lunch dit :

    Par jerome le 02/12/2012 :

    Je me dis que je lirai tout d’un seul coup quand le 4ème sera paru. Peut-être une erreur mais j’aime bien fonctionner comme cela quand je connais exactement le nombre de tomes prévus.

    Par Lunch le 02/12/2012 :

    Au départ Manu Larcenet parlait de 5 albums.
    Là j’ai entendu des gens qui disaient que le 3ème était le dernier… bon je l’ai pas encore lu mais ça ne saurait tarder. Mais du tout je saurai pas dire combien d’albums il y aura de Blast.

    Ceci étant dit j’ai relu le premier, il était toujours étonnement frais dans ma mémoire. Je m’en souvenais très bien. Et c’était quand même un véritable plaisir que de le revisiter.

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