Rork (Format intégrale #1)

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3 novembre 2012 par Lunch

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Lunch

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Rork est un nom qui revient souvent dans la bouche des bédéphiles et pour cause : plus qu’une série haletante, c’est tout un mythe des années 80, un véritable phénomène qui a su conquérir de nombreux fans.
Ce ne fut pourtant pas chose aisée. Publié au départ sous forme de récits courts dans Le journal de Tintin, on ne peut pas dire que Rork ait été la vedette de l’hebdomadaire. Bien au contraire, ces histoires d’un enquêteur du surnaturel sont plutôt effacées par rapport au succès d’autres séries comme Ric Hochet, Yakari, Bob Morane ou Thorgal
Après une première mise au placard, le rédacteur en chef du Journal de Tintin décide de redonner une chance à Rork pour un numéro spécial. Andreas dessine alors Les Oubliés, une histoire flirtant avec le fantastique d’horreur d’un Howard Phillips Lovecraft et qui faisait bien plus que de mettre en scène le héros aux cheveux blancs : il annonçait aussi le malaise de son géniteur, et son envie de refaire surface.
En 1984, Le Lombard propose à Andreas de publier Rork sous la forme d’albums. Fragments regroupe donc plusieurs histoires courtes, suivi de Passages. 10000 exemplaires se sont vendus en 15 jours, la série était lancée !

Quelques années plus tard, Rork et Le journal de Tintin disparaissent en même temps, en 1993.
Andreas laissait derrière lui 7 albums et des milliers de fans, attendant fermement le retour de l’homme au manteau noir. Un retour qui n’arrivera qu’en 2012 avec le tome 0 : Les Fantômes !

Quant à ceux qui auraient loupé le coche, ceux qui ont entendu parler de Rork mais qui n’ont jamais pu trouver un tome dans une librairie les stocks étant épuisés depuis longtemps, qu’ils se rassurent : pour les 20 ans depuis la fin de la série, Le Lombard édite une version intégrale, deux tomes prévus, qui regroupera l’ensemble publications de Rork.

Pour moi, cette intégrale c’est surtout 3 histoires fascinantes, évocatrices de l’œuvre d’Andreas, que sont Les Fantômes, Passages et Le Cimetière des cathédrales.

Parlons du tome 0 pour commencer : Les Fantômes.
Rappelons tout d’abord que les inconditionnels de Rork pourront le trouver dans le commerce en couleur (d’Isabelle Cochet, aussi coloriste sur la série Capricorne aux côtés d’Andreas), sous la forme d’un album de format classique. Un préquelle qui retrace une enquête de Rork sur les traces de fantômes dont son commanditaire médium avait perdu la trace. Il n’est pas ici question de reprendre les aventures laissées à la fin du tome 7, il n’est pas non plus question de faire apparaître des personnages clefs de la série ni de répondre à des questions laissées volontairement ouvertes.
Mais les inconditionnels de Rork voudront certainement aussi je suppose mettre la main sur l’intégrale, car ce tome 0 est ici présenté en noir et blanc. L’Art du noir et blanc dans toute sa splendeur ajouterais-je même ! Le travail d’Andreas est ici magnifié, d’une beauté extrême.
Le trait est fin et d’une effroyable justesse, le dessin fourmille de détails, les décors sont somptueux, le jeu d’ombre et de lumière est donné par des hachures minutieusement cadencées dans un rythme régulier.

Vient ensuite Fragments (Tome 1), les fameuses premiers histoires publiées dans Le journal de Tintin. On ressent bien l’effet du découpage dû au périodique du fait que les récits sont courts, mais ils demeurent entiers, ce qui aide à nous immerger dans l’ambiance. Une ambiance qui nous rappelle les univers fantastiques de séries comme Au-delà du réel.

Dans Passages (Tome 2) déjà, Andreas cherche à donner de la cohérence à son univers. Il parvient à lier toutes les histoires et à leur donner un fil conducteur. Ce qui nous paraît au départ alambiqué ou improbable devient au final incroyable et cohérent. Et comme le dit si bien Andreas : « L’important, ce n’est pas de tout prévoir, c’est de ne rien oublier. »

L’histoire courte Les Oubliés nous offre des retrouvailles avec Rork. Et c’est en effet un homme profondément marqué par les événements antérieurs qui nous réapparait. Muet sur ce récit, Rork doit faire face à un danger monstrueux, finalement proche de l’univers horrifique de Lovecraft.

Le Cimetière des cathédrales (Tome 3) est ensuite un album mythique et magique.
Parfois en lisant une BD, on se demande si elle n’aurait pas été mieux en noir et blanc. Sur cette histoire j’ai vraiment la sensation que les couleurs sont indiscutables et prennent part intégrante au récit.

Pour finir, Le Sauveur du crétacé voir Rork s’affranchir d’une dernière péripétie dans une histoire très courte (2 pages).

Au fil des albums (hormis ce tome 0 qui est d’une maturité graphique évidente) on peut constater l’évolution artistique de l’auteur : les traits gagnent en spontanéité, les couleurs sont de moins en moins fades (signées par Anne Delobel sur Fragments et par Isabelle Cochet pour Les Oubliés, le reste des histoires étant le fait d’Andreas lui-même), délaissant le petit côté vieillot qu’ont celles des premières histoires. Dès le début on ressent cette passion pour l’architecture avec de grands bâtiments aux formes complexes et travaillées, l’apothéose venant avec les cathédrales pour ce premier tome intégrale. Si Andreas a toujours été à l’aise avec le découpage des cases, on ressent au fil de la lecture de plus en plus son besoin de s’affranchir des conventions usuelles avec des cases dans des cases ou des cases à la fois hautes et étroites. Là encore, ces dernières prennent toute leur dimension avec Le Cimetière des cathédrales, servant des plans de toute beauté.

J’ai vraiment adoré me plonger dans cette lecture… patrimoniale je dirais. Andreas est un grand auteur que tout le monde devrait lire au moins une fois.
L’occasion est donnée avec cette belle intégrale. Notez également qu’une exposition Andreas sera mise en place dans le cadre du 40ème festival d’Angoulême, fin janvier 2013. J’en serais, évidemment !

Un autre avis : Yvan
Rork (Format intégrale #1)
Scénario : Andreas
Dessin : Andreas
Couleurs : Andreas, Anne Delobel (T1), Isabelle Cochet (Les Oubliés)
Édition : Le lombard 2012 (T0 : 2012 / T1 : 1984 / T2 : 1984 / Les Oubliés : 1982 / T3 : 1988 / Le Sauveur du crétacé : 1982)
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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