Ida #3 : Stupeur et révélation

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28 octobre 2012 par Lunch

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Lunch

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« Fortunée…
… Je pense qu’il est temps pour nous de rentrer. »

Eh oui, cela devait arriver un jour (et j’ajouterai même que c’est prévu depuis le départ) : le troisième tome d’Ida clôt, et de quelle manière, cet excellent triptyque !
Après les atrocités vécues au royaume de Dahomey, nos deux exploratrices décident de passer l’équateur, toujours plus vers le sud. Ida est toujours très impactée mentalement par ce qu’il s’est passé sur la côte des esclaves. Elle peut heureusement compter sur des bonnes sœurs missionnaires pour veiller sur son moral et sa santé.

J’avais un peu d’appréhension au début de ma lecture. Je me demandais si j’aimerais toujours autant cet univers là, si je ne m’en lasserais pas… si tous les opus auraient la même saveur ?
Quelques pages suffiront à me remettre mes idées en places : oui, Ida c’est toujours aussi bon !

« Moi, ce que j’aime avec la nourriture épicée, c’est qu’elle me rappelle que j’ai un ventre.
C’est vrai, comme il n’est pas dans notre champ de vision, on a tendance à l’oublier…
Jamais en Europe je n’avais eu autant conscience du chemin qui relie ma langue à mon anus. »

Si vous doutiez jusqu’à présent qu’en plus d’être exotique et complet, Ida était aussi très drôle et très frais, vous voilà rassurés.

Dernier épisode donc de l’extraordinaire voyage d’Ida et Fortunée dans les colonies africaines. La dénonciation du colonialisme est toujours aussi présente, incarnée par l’héroïne elle-même qui se rend compte que tout ça manque cruellement d’éthique. Des pratiques dont elle se rend compte très naïvement, mais qu’elle ne tarde pas de dénoncer au final.
De même, elle est vite apte à juger que tous ces clichés sur l’Afrique qu’elle lit ou entend sont complètement faux. Le tome 3 ouvre par exemple sur une illustration des « monstre de l’équateur » :

« Le pannote
Cette créature se sert de ses attributs surtout la nuit. Une oreille comme couverture, l’autre comme matelas. »

(Le tout illustré par un humanoïde avec les oreilles de Dumbo.)

« Le monopode
Aussi rapide qu’un tigre, il se déplace en sautillant et se sert de son pied comme parasol. »

Inutile de vous préciser que ces aberrations de la nature, aussi ridicules qu’effrayantes, n’existent pas (Vous en doutiez ? Mince, désolé d’avoir spoilé) !

Mais ce qui fait selon moi la force de cette série, c’est vraiment le personnage central d’Ida. Elle se métamorphose littéralement au cours des trois albums, avec comme point de basculement le carnage de Dahomey.
Lorsqu’elle quitte sa Suisse natale, Ida est juste une jeune fille au teint pâle qui n’a rien vu du monde à part une exposition universelle, son seul petit plaisir mémoriel. Gosse de riche, elle est élevée dans un cocon familial qui fait que le moindre geste est une épreuve extrême. Alors partir en voyage, en Afrique ou le climat est difficile, c’est tout une aventure. Très sincèrement, on aurait peine à croire qu’elle ait tenu si longtemps, si elle n’avait pas ce caractère de cochon et cette ténacité qui lui colle au corps comme une sangsue.
Ce voyage dans le sud lui a fait le plus grand bien. La chaleur et l’exotisme aidant, mais aussi son incommensurable orgueil, ont fait d’elle quelqu’un de débrouillard. Bien sûr, elle a rencontré des dangers autrement plus mortels que le simple problème pécuniaire. Et c’est ce genre de dangers qui ont forgé ce qu’elle est devenue, en très peu de temps finalement, à savoir une femme mure et réfléchie, culottée, imprévisible et sûre d’elle. Une aventure qui l’a profondément changée et qui lui a montré que la vie c’était pas seulement boire du thé dans un salon mondain.
Les colonies sont des affaires d’hommes. Les explorations sont des affaires d’hommes. Ida a su prouver à tous qu’elle était à la hauteur et qu’elle valait autant qu’eux, percutant tous les préjugés.

Graphiquement, j’adore les tronches que dépeint Chloé Cruchaudet. D’une expressivité presque caricaturale, elles sont un incroyable vecteur d’émotion. Le visage de la mère supérieure, avec son long cou fripé et son air dur, prête vraiment à sourire.
Mais je crois que ce qui me plaît le plus chez l’auteure est son sens de la couleur. Cette harmonie dans les cases osant mêler des tonalités de rouge, de vert ou de bleu. Où le moindre feu d’artifice égaye une case et des visages déjà souriants.

J’ai vraiment beaucoup ri durant la lecture. Ceci dès l’entame et jusqu’à la conclusion. Une conclusion qui est en plus de ça un réel ravissement. C’est divertissant, frais et servi avec beaucoup d’humour.
Non vraiment, cette conclusion vaut la peine d’un triptyque.

Ida #3 : Stupeur et révélation
Scénario : Chloé Cruchaudet
Dessin : Chloé Cruchaudet
Édition : Delcourt 2012
Voir aussi : Tome 1, Tome 2
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.
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