Le voyage extraordinaire #1

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13 octobre 2012 par Lunch

Lunch

Lunch

Je me souviens encore de ces lectures extraordinaires qui ont fait vibrer mon enfance. Le Nautilus et son Capitaine Nemo ; l’irréaliste Voyage au centre de la Terre ; le fabuleux Tour du monde du flegmatique Phileas Fogg ; ces épopées fantastiques en ballon ou Autour de la Lune
Jules Verne était un précurseur, ses créations littéraires ont poussé la science à dépasser la fiction.
Le Voyage extraordinaire de Denis-Pierre Filippi (Les Corsaires d’Alcibiade) ne s’en cache pas : il est directement inspiré de cet univers là. Sa couverture rouge fleure bon avec les romans de l’époque, le titre même évoque l’œuvre fleuve de ce grand visionnaire du 19ème siècle. à l’intérieur, le récit steampunk reprend allègrement cet attirail tout en technologie et en métal qui donne à ce genre toute sa noblesse.

Dans cette Grande-Bretagne de 1927, on fait la connaissance de Noémie et d’Émilien. Ces deux cousins adolescents ont toujours vécu ensemble. Leurs parents étant toujours en vadrouille de part le vaste monde, ils ont été élevés loin du cocon familial. Pour eux, la famille est une notion un peu abstraite et ils se sont constitués leur cabane à eux : un grand arbre qu’ils ont « domestiqué » et qui est le berceau de toute leur ingéniosité.
Car Émilien, fils d’ingénieur, a toujours grandi dans le fantasme des prototypes en tout genre, un rêve de machines et d’inventions qui l’a poussé, en l’absence de son père, à suivre ses pas de génie. Un virus qu’il a évidemment communiqué à sa cousine Noémie, avec qui il partage le quotidien.

« À l’occasion, tu pourrais peut-être m’aider, d’ailleurs ? Je te rappelle que c’est ton ascenseur que je répare !
_ Oui, mais c’est ton moteur que j’y ai installé. Et il fonctionnait très bien avant que tu ne veuilles l’améliorer…
_ Bon, tu m’aides ou tu ergotes ?
_ Je vais t’aider, mais tu ferais mieux de remettre ton uniforme.
_ Depuis quand ma tenue te gène ?!
_ Depuis que je n’ai plus un seul débardeur à me mettre ! »

Un jour, les parents de Noémie, absents depuis près de 7 ans, reviennent les chercher… Quant au père d’Émilien, nul ne sait où il est.
Le début d’une nouvelle vie toute en aventures et en péripéties.

Ces aventures, elles vont mener les jeunes adolescents à la recherche du père d’Émilien, mais aussi à la poursuite de son rêve : un sous-marin avec un moteur à résonance électromagnétique.
Un prototype qui devait être présenté pour le fameux concours Jules Verne avant qu’il n’arrive un pépin aux inventeurs… et la capture de ces derniers.

« Étrange, tout de même, que vous ayez été la seule à répondre à notre annonce.
_ En fait, la sonnette est en panne, les autres attendent dehors. Je me suis permis d’emprunter la porte de service, que je connaissais. »

Le propos de Denis-Pierre Filippi est très bien amené. Oh bien sûr on se doute un peu qu’il y a anguille sous roche : les parents qui rentrent après autant d’absence et qui prétendent vouloir passer du temps avec les enfants alors qu’ils n’y ont jamais prêté attention ; cette préceptrice qui débarque comme un cheveux dans la soupe pour s’occuper d’eux et qui a étrangement fait partie de l’équipe de conception du moteur électromagnétique ; jusqu’à ces caisses de matériel livrées comme par hasard et qui vont permettre de terminer la conception… des éléments qui me font penser que la préceptrice est peut-être une espionne… ou peut-être est-ce une piste pour en brouiller une autre ^^

Et puis il y a aussi de l’humour dans cet album.
Deux gamins qui arrivent en âge d’avoir des relations amoureuses, voilà qui amène quelques scènes cocasses et son lot de répliques rigolotes :

« Vous comptez réellement me faire porter ça ?!
_ à votre guise, mademoiselle. Vous pouvez imiter vos parents. Ils dorment nus depuis leur passage chez les Ndébélés. »

« Oui ! En tout cas il te va très bien, ce kimono !
_ Bien sûr, même avec tes débardeurs, je suis sexy ! »

« Oui, alors profites-en pour rester tourné pendant que je me change.
_ Tu es pudique quand ça t’arrange, toi ?
_ Que veux-tu, l’inconstance des femmes !
_ Qu’est-ce que ce sera quand tu seras une femme, alors ! »

Un scénario brillamment mis en évidence par un dessin riche en décors de Silvio Camboni (qui a déjà travaillé avec Denis-Pierre Filippi sur Gargouilles et Néfésis), très à l’aise lorsqu’il s’agit de dessiner des machines ou des décors steampunk. Il n’y a qu’a voir la force de ces cases dans le souterrain menant au laboratoire secret ou encore le jardin sous la coupole pour en juger.
Mon petit regret graphique se joue sur les personnages : leur stature est parfois un peu raide ; et surtout ces visages gros yeux / gros nez qui atrophient le côté réaliste qu’aurait pu avoir cette bande dessinée, mais qui d’un autre côté assoient son caractère jeunesse. Car c’est bel et bien une BD jeunesse que nous avons ici !
La mise en couleur de Gaspard Yvan, bien qu’informatique, est très douce et maîtrisée. Les reflets du soleil qui percent les feuillages dans la cabane sont justes et agréables. Une colorisation qui aide à nous plonger dans l’ambiance et d’autant plus lorsqu’elle part dans ces tons ocres/turquoises du laboratoire sous-marin.

Ce voyage extraordinaire amorce quelques pistes sympathiques. Comment retrouver le père d’Émilien ? Par qui est-il tenu prisonnier et surtout : comment le libérer ? Quel secret cache réellement les parents de Noémie ? Que sont ces robots qui surgissent des fonds marins pour assaillir les avions volant trop près des cotes normandes, quel que soit leur camp ?
Des questions que le tome suivant devrait en partie élucider…

Le voyage extraordinaire #1
Scénario : Denis-Pierre Filippi
Dessin : Silvio Camboni
Couleurs : Gaspard Yvan
Édition : Vents d’ouest 2012
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

2 réflexions sur “Le voyage extraordinaire #1

  1. Lunch dit :

    Par jerome, le 13/10/2012 :

    J’avais beaucoup aimé Gargouilles des mêmes auteurs. Je pense attendre la sortie de la suite pour tout lire d’un cup mais une chose est sûre, je ne raterais pas la découverte de cette série.

    Par Lunch, le 13/10/2012 :

    J’ai été très déçu des visages des personnages qui campent vraiment l’ambiance « jeune » alors que je pensais déjà me retrouver embarqué dans un récit steampunk plus adulte. Mais bon, passé le cap de ce méchant a priori (que je n’aurais pas dû avoir étant donné que la couverture est ce qu’elle est, sans tromperie aucune), c’est une excellente découverte pour un titre jeunesse qui part sur de bonnes bases 🙂

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