Les aventures de Tintin #2 : Tintin au Congo

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24 septembre 2012 par Lunch

Lunch

Lunch

Après une étape chez les Soviets, Les Aventures de Tintin au Congo emmènent le célèbre reporter en Afrique, dans les colonies Belges.
Comme à l’accoutumée, quelqu’un aura tôt fait de vouloir lui mettre des bâtons dans les roues. Et c’est au dénommé Al Capone que nous le devons cette fois, le bandit américain voulant s’installer dans le coin pour exploiter la production de diamants. Heureusement, Tintin a plus d’un tour dans sa besace et un chien hors normes pour le tirer des plus mauvais pas… et il faut le dire aussi, une bonne dose de chance !

Tintin au Congo est le deuxième album de la série.
Pré-publié en noir et blanc du 5 juin 1930 au 18 juin 1931, il fait les grandes heures du Petit Vingtième, supplément du journal Belge Le Vingtième Siècle.
Il faut savoir que les 9 premiers albums de Tintin sont nés en noir et blanc. La colorisation n’a été apportée qu’après guerre, à l’exception du premier album, Tintin au pays des Soviets, le seul resté en noir et blanc uniquement.
Des dessin ligne claire par excellence, avec ces traits uniformes et ces aplats de couleurs bien caractéristiques du style Hergé.

Lecteur de Tintin dès mon plus jeune âge, j’ai toujours côtoyé les versions couleur moches que tout le monde connait. Heureusement, Casterman a eu l’excellente idée de ressortir ces fac-similés couleur d’après guerre que je me suis empressé de me procurer pour ma collection personnelle.
La version couleur de Tintin au Congo date de 1946. Hergé a profité de cette réédition pour retravailler ses dessins et revisiter ses textes. Si vous avez un jour dans les mains les fac-similés noirs et blancs, trouvables de la même façon, vous pourrez jouer au jeu des différences.

Bref, si Tintin fait partie de mes premières lectures, je gardais volontiers une plus grande sympathie pour les ouvrages d’aventures comme Le secret de la licorne ou Le trésor de Rackham le Rouge.
Une attitude normale, finalement… Car il me manquait pas mal de recul pour pouvoir apprécier ces œuvres de jeunesse à leur juste valeur, et ce pour plusieurs raisons :

(Pygmée) « Bonjour, Tintin ! … Toi y’en a bienvenu chez nous ! »
(Tintin) « _ Vous… vous me connaissez ? … »
(Pygmée) « _ Bien sûr ! … Tout li monde ti connait, ici… Toi y’en a venir avec nous… Ça y en avoir une bonne surprise pour toi… »
(Tintin) « _ Une surprise ? … »
(Pygmée) « _ Regarde… »
(Milou) « _ Approche, ô féal sujet… »

Tout d’abord, Tintin au Congo n’est pas à mettre entre toutes les mains !
Certains disent qu’Hergé est raciste et tient des propos tout à fait aberrants, et d’autant plus dans cet album.
Il faut dire qu’il ne ménage pas les âmes sensibles et compose avec les clichés. Les animaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques, s’expriment dans un excellent français, ce qui n’est pas le cas des africains eux-mêmes ! Clichés ? Oui, mais aussi maladresse.
Des maladresses, Hergé en fera d’autres dans cet album. Par exemple, Tintin profitera de ses nombreux safaris pour s’adonner à la chasse d’animaux protégés : Il tuera ici un éléphant (sans oublier de ramener ses défenses en ivoire bien entendu), anéantira un rhinocéros à la dynamite, endossera une peau de singe fraîchement dépecée, décimera un troupeau d’antilopes…

Remettons les choses à leur juste place : le contexte de l’époque était différent. La société a évolué mais l’album reste ce qu’il est, bien ancré dans une Europe colonialiste d’avant guerre.
À une époque où la télévision n’existait pas (nous en étions au tout début et les postes n’étaient pour la plupart disponibles que dans les services publics) il n’y avait guère que le cinéma pour relater les voyages dans les colonies. La bande dessinée était un excellent vecteur d’images et permettait de dresser un inventaire non exhaustif des espèces peuplant le Congo, pour tenir informé le français moyen resté bien sagement chez lui.
Qui plus est, Hergé pouvait en plus de ça s’éloigner du documentaire pur et dur en racontant une histoire comme il les appréciait : avec une succession de drôleries.

Et c’est là que je reviens sur une autre raison qui fait que cet album n’a pas créé en moi de souvenir particulier. Car sa construction ne rend pas l’histoire attrayante.
Il faut dire que les albums d’Hergé, jusqu’aux Cigares du Pharaon, n’ont pas vraiment de trame scénaristique et ne sont qu’un assemblage de péripéties qui se succèdent sans laisser au reporter et à son fidèle fox-terrier Milou le temps de reprendre leur souffle.
C’est la parution dans le journal qui voulait ça. Le fait de devoir capter le lectorat, il fallait de l’action à chaque nouveau périodique. Hergé ne réfléchissait pas encore sous la forme d’un album tenu de bout en bout à l’époque.

Ce n’est qu’aujourd’hui que je peux vraiment apprécier ce qu’est réellement Tintin au Congo. Et je pourrais même ajouter que de par sa forme et sa construction, de par sa dimension historique si on replace l’album dans son contexte d’origine, Tintin au Congo revêt alors une importance particulière. Et peut-être même devrais-je considérer que cet album est le plus intéressant, finalement, parmi tous les autres de la série.

À lire : Un article très intéressant écrit par Mitchul

À titre de comparaison, et pour ceux qui seraient intéressés par les vieilleries, je laisse en suivant mon ancienne chronique du 9 janvier 2007 (j’ai du mal à jeter les choses) :

La seconde aventure de Tintin nous amène en Afrique. Il n’y a pas réellement d’histoire à proprement parler, si ce n’est une bande de gangsters voulant contrôler la production de diamants du pays, mais c’est plutôt une succession de gags plus ou moins drôles. On y retrouve entre autre comment braconner légalement en tuant un éléphant et en récupérant l’ivoire, dépecer un singe pour se faire un déguisement, et divers massacres tels que tuer 15 antilopes pour se faire à manger (une seule aurait suffit), ou exploser un rhinocéros à la dynamite. De plus vous pourrez apprécier que les Congolais s’expriment dans une langue approximative, à l’inverse des animaux, qui parlent, eux, un excellent français.
Bref, cette mentalité ne correspond pas du tout à l’époque actuelle, mais rappelez-vous tout de même que nous sommes au moment de l’écriture de cet ouvrage, en 1930-1931, en pleine période de colonisation, le Congo étant une vaste colonie Belge.
On remarque aisément le découpage des scènes dû à la parution de l’époque dans le journal « Le petit vingtième« , auquel il livrait chaque semaine deux nouvelles planches.\

À noter que la collection en question est celle des fac-similés couleurs selon la version originale redessinée de 1946.

Badelel

Badelel

Chronique du 09/01/2007 :
Ça alors… un Tintiiiiin… Incroyable.
Enfin, le plus incroyable, c’est que mon mec devienne fan de la BD la plus standard qui soit. Quoique. Standard ? Tintin au Congo ? Autant pour moi, c’est la bande dessinée raciste et colonialiste la plus vendue au monde. Ça me débecte !

Ma note » 0/20

Cet article a suscité quelques réactions, Yaneck a voulu des explications (ma première interview, la classe !)

Badelel, justement, pourquoi est-elle allée jusqu’au zéro pour Tintin au Congo ?

Alors en fait j’assume pas complètement ! Les éléments qui ont justifiés ce 0 à l’époque ne le justifient pas forcément aujourd’hui. Disons qu’actuellement, sans arriver à la moyenne, je ne serais sans doute pas aussi sévère.
À ce moment là, j’étais vraiment en quête de choses nouvelles, alors Lunch qui me ressort les Tintin et les Astérix, tu comprends…. Et comme monsieur me demandait à l’époque assidûment d’envoyer mes remarques, ben je les envoyais vraiment selon l’humeur du moment. Et puis là, ça m’a énervé de voir l’enthousiasme de Lunch sur ce Tintin là précisément. Tu connais les débats à propos du soit-disant racisme de Tintin au Congo. Je trouve ce débat nul et non avenu. Par contre, cette BD n’est plus d’actualité depuis plus d’un demi-siècle, son contexte est franchement archaïque, et on le donne à lire à tous nos enfants sans même en regarder le contenu (c’est comme le Club des 5 par exemple : je défie les parents d’aujourd’hui de le relire avant d’en refourguer à tout va à leurs gamins). C’est-à-dire que si cette BD était généralement lue dans son contexte avec un regard d’adulte, elle mériterait sans doute plus d’attention. Sauf que : qui n’a pas lu Tintin au Congo dans ses 8 premières années ? Et sur ce total, combien d’enfants l’ont lu accompagné d’un adulte pour en expliquer le contenu ? Bref, concernant Tintin au Congo, ce n’est pas la BD en elle-même que j’ai noté, même si je ne la trouve pas transcendante. Ce que j’ai noté, c’est la façon dont on popularise une BD colonialiste sans aucun recul. Mais tu vois, tout en sachant que Tintin chez les Soviet est au moins aussi engagé, je prendrais plaisir à le découvrir (non je n’ai pas encore eu l’occasion de l’avoir entre les mains), parce que cet album n’est pas jeté entre toutes les mains sans distinction et que j’aurai fait la démarche de le lire en connaissance de cause.
Vala, du coup tu as droit à pavé. J’espère que j’ai été claire quand même 🙂

Les aventures de Tintin #2 : Tintin au Congo (Fac-similé couleur)
Scénario : Hergé
Dessin : Hergé
Édition : Casterman 2004 (1° édition 1946)
La présentation de l’album sur le site de l’éditeur.

9 réflexions sur “Les aventures de Tintin #2 : Tintin au Congo

  1. Lunch dit :

    Par Lunch le 10/08/2007 :

    Fan, oui et non. J’aime bien Tintin, mais les premiers tomes sont loin d’être au niveau des suivants. De plus, Tintin au Congo n’a que le dessin et l’excellent travail de colorisation des fac-similés pour relever le niveau de l’histoire plate, inexistante, et de pensée archaïque (déplacée et raciste pour notre époque).

    Par Alan le 04/01/2008 :

    Alors là n’importe quoi.
    Et bien oui, soyons politiquement correct, adoptons le consensus mou… alors oui, c’est une BD raciste. Mais quoi ! C’est une BD de son temps, ni plus, ni moins raciste qu’une autre (lire le beaux arts hors série de ce mois et l’histoire de St Ogan le grand). Surtout, c’est une BD reflet de son temps, qui ne critique pas cet état de fait, c’est sûr ! Mais c’est une commande, une œuvre de jeunesse.
    Moi je ne l’aime pas parce que le récit est délayé, le héros creux, pas attachant…

    Par Lunch le 05/01/2008 :

    Bah oui, c’est ce que je disais : la BD reflète la période de colonisation Belge du Congo !
    Après, si on ne le découvre que maintenant, on ne peut pas ne pas trouver ce titre raciste. Heureusement, certains le remettront dans son contexte !

    Par Badelel le 05/01/2008 :

    Ce n’est pas parce que c’est une BD en accord avec son temps qu’elle n’est pas colonialiste. Justement. c’est une BD qui a eu sa place à une époque et qui ne l’a plus aujourd’hui. Tout le tapage qu’on peut faire sur cette BD m’énerve d’autant plus. Puisqu’elle est obsolète, qu’on la laisse là elle est. Personnellement, je n’aime pas cette BD, et ce n’est pas parce que le colonialisme et le paternalisme était de mise à l’époque que je devrais changer d’avis.
    Le pire c’est que c’est l’une des BD les moins intéressantes de cette bibliothèque et que c’est celle qui a le plus de commentaires.

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